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Periberry

Ethnologie, Berry, Périgord, Auvergne, Bergerac, Dordogne, Loire, tradition orale, mémoire paysanne, recherche sur le paysage, randonnées pédestres en Auvergne et Pyrénées, contes et légendes, Histoire.

Cabanes en toits de genêts en Périgord et en Auvergne

Type de bâtiment vernaculaire dans le Velay en Auvergne avec couverture en genêts. Pratique mise en oeuvre par les piqueurs de genêts.
Type de bâtiment vernaculaire dans le Velay en Auvergne avec couverture en genêts. Pratique mise en oeuvre par les piqueurs de genêts.

Type de bâtiment vernaculaire dans le Velay en Auvergne avec couverture en genêts. Pratique mise en oeuvre par les piqueurs de genêts.

La couverture végétale.- Le retour en grâce de la couverture végétale dans certains terroirs du centre de la France, même si son usage est cher, renvoie aux vieux usages de la couverture végétale tel qu'on a pu les connaître dans de nombreux terrroirs. J'ai déjà écrit sur ce blog dans un article, qu'il a existé jusque vers 1965, dans le sud du Périgord, dans les hameaux de la forêt de la Bessède et des lisières, de vastes cabanes à usage agricoles abritées sous couverture végétale.
Une étude conduite en 1992 par la Revue d'Auvergne (société des amis des universités de Clermont) et portant sur le grand centre de la France a montré que " la forme des maisons couvertes de tuiles plates, d'ardoises, de lauzes ou même quelquefois de tuiles rondes, doivent leur aspect général, la forme de leur toiture, les rapports de la toiture et de la façade à la manière dont étaient conçues et construites les chaumières au XVIIIè et XIXè siècle."
L'architecture des maisons paysannes et plus généralement de tous les bâtiments paysans de ce coin du Périgord de part et d'autre de la vallée de la Dordogne autour de Lalinde, Beaumont-du-Périgord, Le Buisson, Belvès, notamment, est la démonstration de cette conclusion de la revue d'Auvergne. C'est ainsi qu'on connait bien de nos jours les longs bâtiments à toits très pentus qui sont la transposition en matériaux durs des anciennes toitures végétales des cabanes à usage agricole.  Le modèle des longues bâtisses avec maison dans le prolongement des granges bouvières, les fameuses fermes longères, est le type même de la transposition en dur des anciennes bâtisses végétales de type linéaire.

Les cabanes à toitures végétales associaient au moins un élément minéral. Il s'agit du muret de base qui délimitait la surface du bâtiment sur un plan rectangulaire et assurait son assise et son dessin au sol. C'est un muret de pierres sèches qui ne dépassait jamais un mètre de haut et  sur lequel venait en appui la structure à perches de bois sur laquelle était montée la toiture végétale. Des cabanes assez sembables ont été inventoriées à l'extrême sud du Périgord et au nord de l'Agenais, construites avec les mêmes matériaux végétaux, à deux grands pans de toitures descendant jusqu' au sol, sans muret de pierre ni marquage de pierre au sol.
Les vastes cabanes du Périgord méridional ont subsisté jusque vers 1970. Elles ont eu également une réplique plus modeste, celle de loges de vignes ou loges de talwegs à usage de cabanes des champs, abris d'outillage , abris pour la pause des  travaux loin des fermes quand il n'y avait pas de bories de pierres sèches, abris de chasse. Construites rigoureusement avec la même technique que les vastes cabanes agraires, ces loges ou cabana ont subsisté jusqu'au milieu des années 1970.

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La couverture végétale de ces cabanes faisait appel à deux types de plantes, les genets et la brande (lo brugo).  Les premiers étaient les mêmes que le genêt à balaie. La brande est une variante de bruyère typique des sols calcaires dégradées et incultes. Les deux matériaux étaient souvent utilisés en association. Pour la brande la technique de mise en oeuvre était la botte de petite dimension, qui une fois serrée, tient dans la main. "Elément facilement manipulable, écrit la Revue d'Auvergne, que les familles ou les groupes de villageois préparaient à l'avance, en période de morte saison." Les liens d'assemblage étaient des liens végétaux, avec notamment l'osier (appelé vime localement) ou les tiges de saule ou de bouleau. J'ai connu les bouquets de brande liés avec un fin fil de fer. Quand au genêt il était assemblé soit en botte tenant dans la main ou piqué tige par tige. C'est le principe des piqueurs de genêts, ce vieux savoir-faire qui subsiste encore dans une partie de l'Auvergne, en Velay, dans le massif du Mézenc où quelques artisans construisent toujours des toits en genêts.
L'entretien de  ces bâtiments, qu'il s'agisse des cabanes vastes comme des halles pour y abriter les machines agricoles ou des loges de champs ou de vigne a été progressivement délaissé au lendemain de la seconde guerre mondiale. Pour aller vers un abandon quasi total de cet usage avec la mécanisation, l'exode rural de l'après-guerre, les effets des remembrements, l'abandon des vignes familiales et du délitement des vieilles communautés villageoises. C'est au début de la décennies de 1970 que les dernières cabanes et loges ont disparu.
Le modèle de l'habitat qui a copié la vaste  cabane au toit de brande ou de genêt (ou mixant les deux plantes) est la ferme en longère avec maison à rez-de-chaussée, combles à fonctions agricoles (séchage du tabac ou stockage des grains ou stockage du foin notamment). Dans la continuité du bâtiment  de vie des hommes, on trouve la grange étable qui est définie ainsi par le CAUE de la Dordogne:  "Bâtiment polyvalent d’élevage et de stockage, la grange étable est l’élément maître de chaque ferme.  Soigneusement construite avec des matériaux locaux, elle ouvre sa façade principale, toujours bien orientée, sur la cour. La grange étable est dotée d’une aire centrale et d’étables mitoyennes. L’aire centrale est multifonctionnelle, servant à l’alimentation des crèches, permettant l’accès aux étages de stockage, servant de remise aux engins agricoles et quelques fois d’aires de battage. On a le principe d’étables, de part et d’autre de l’aire centrale, dans la profondeur du bâtiment, mais n’accueillant que quelques bêtes, pas plus de 7 en général (système agraire de polyculture élevage). La construction s’organise sur un plan simple de forme rectangulaire, de 6 à 12 mètres de profondeur, variant selon l’importance de l’exploitation et la date de construction du bâtiment. La longueur minimale d’un bâtiment type composé de deux étables est de 12 mètres. Les ouvertures sont uniquement sur la façade principale, dans la longueur du bâtiment, côté cour et toujours bien orientées au sud ou à l’est, ce choix privilégiant donc la grange aux dépens de l’habitation pour la construction. Enfin, on a une couverture avec un faîtage dans le sens de la longueur du bâtiment." La grange étable peut être comme dans les fermes de Bousserand (Périgord méridional), à rez-de-chaussé, possédant un volume de stockage pour le foin sous les combles. Le volume de celles-ci est valorisé en raison de la très forte pente de la toiture. Cette vate zone de stockage est désignée du mot occitan "jouqua" que l'on francise dans le Périgord méridional du mot jouque.
On trouve des constructions vernaculaires à toits de genêts dans les monts Cantabriques, au nord-est de l'Espagne, dans le parc naturel de Somiedo.


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