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Periberry

Ethnologie, Berry, Périgord, Auvergne, Bergerac, Dordogne, Loire, tradition orale, mémoire paysanne, recherche sur le paysage, randonnées pédestres en Auvergne et Pyrénées, contes et légendes, Histoire.

Les louées d'antan, expression d'une domination sociale autour des domaines ruraux.

 

Les louées d'autrefois et la condition des domestiques.- (actualisé en mai 2015) Les anciennes louées paysannes traduisent des rapports sociaux de domination et de très forte subordination. On sait qu’il y avait chaque année deux louées saisonnières des journaliers, domestiques saisonniers, femmes de maisons, femmes de fermes. La première louée réclamant davantage de technicité et de force intervenait à la saint-Jean (24 juin). On louait alors les bras d’été pour la saison qui mènerait jusqu’à la Saint-Martin. (On signale même des louées des femmes en Berry réunissant les filles et femmes de maison). La seconde louée de la Saint-Martin recrutait le personnel pour l’hiver et le printemps. Cette tradition d’échange des forces de travail ; va perdurer au-delà de la guerre de 1939-1945. Un témoin du Berry m’a confirmé que la louée existe à Issoudun jusqu’à la fin de la décennie 1950. On y recrute alors encore les laboureurs et les fameux bricolins qui soignent les bêtes dans les grandes fermes de la Champagne berrichonne. On se loue tant qu’on n’a pas la propriété de la terre.


Etait-ce une louée des femmes de maison ainsi représentée sur un tableau de Fernand Maillaud montrant ces jeunes femmes portant la coiffe du dimanche, sur la place de Nohan-Vicq (Indre), le village de George Sand, au début du XXè siècle ?...

A l’instar de cette cohorte de petits métayers du Boischaut, du pays Fort, du bas-Berry, de la Marche mais aussi plus au sud du plateau du Périgord qui envoie ses filles et fils aux louées. Le système du métayage va résister en Périgord jusque dans l’Entre-deux-Guerres et jusqu’au lendemain de la seconde guerre mondiale dans le Berry. Une première grande crise agricole à l'origine d'importante migrations a lieu en 1847 et 1848, consécutive des mauvaises récoltes, de très fortes pluie, des ravages du mildiou et de la cherté des produts de base. On constate par ailleurs que tous les terroirs viticoles vont grandement souffrir du phylloxéra et de ses conséquences à la fin du XIXè siècle, ce qui entraîne un chômage de masse chez les journaliers et commis, des migrations, notamment vers Orléans et Paris depuis le Berry, vers le pays bas du Bordelais depuis le Périgord, mais aussi vers le Nouveau Monde. Une idéologie dominante avait instauré un ordre rural d’accueil des enfants des métayers et des premiers commis ou bricolins comme bras loués  chez le maître et dans les domaines du maître. On ne rencontre pas d’ailleurs ou que tardivement une conscience des luttes sauf dans le milieu particulier des bûcherons et des travailleurs des forêts. Dans le courant du XIXè siècle les travailleurs des forêts deviennent un groupe actif des campagnes et sont à l’origine de la première conscience de classes dans la paysannerie du Berry. On voit naître le syndicat des bûcherons des grandes forêts Berrichonnes avec les premières grèves dans les coupes. Mais on est loin des louées et des journaliers des fermes pas ou peu sensibles à cette prise de conscience.

Du côté des journaliers et petites mains des domaines, la prise de conscience est tardive et timide. Le lien de fait entre les familles de métayers et les maîtres par l’embauche des enfants aux louées a créé une situation de dépendance exprimée par une véritable domination du notable sur « ses gens ». Les premiers laboureurs, les premiers vachers ou les régisseurs n’étant que les relais de ce système. Et pour en assurer la pérénité et la transmission, les jeunes gens et jeunes filles qui se louaient la première fois étaient parrainée sur le champ de foire de la louée par leur père ou mère. Garçons et filles portaient un fleur ou un épis de blé au chapeau ou au corsage pour bien indiquer leur disponibilité.

Il est clair que les journaliers agricoles, souvent sans travail, sont les premiers à fournir les bras de l’industrie naissante du Berry dans les bassins de La Guerche, d’Ivoy, de Vierzon, de Lunery et là  va émerger une forte conscience des luttes née probablement de ce passé. C’est vrai dans le Périgord avec les moulins à papier de Couze, les usines de Couze et celles du bassin du Lardin.

Ces louées ou « foires aux domestiques » entretenaient un lien de dépendance tel qu’elles vérouillaient tout système revendicatif. On ne sait pas en revanche s’il y avait un accord du niveau de rémunération entre les employeurs... Et si les domestiques ont à un moment ou à un autre  revendiqué.

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