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Periberry

Ethnologie, Berry, Périgord, Auvergne, Bergerac, Dordogne, Loire, tradition orale, mémoire paysanne, recherche sur le paysage, randonnées pédestres en Auvergne et Pyrénées, contes et légendes, Histoire.


Traces de vignes en Périgord

Publié par Bernard Stéphan sur 13 Janvier 2026, 17:29pm

Catégories : #recherches sur le paysage

En pays Lindois sur la Dordogne au sud du Périgord... C’était aussi le pays des vignes. Il en reste des traces au sol et dans quelques fermes, murets de pierres sèches, vignes folles, cabanes, barriques, pentes en terrasses et même des tines, grands cuviers dans lesquels se foulait le raisin.

Sur les coteaux au-dessus de Lalinde, elles sont encore partout les traces de vignes. Pas à pas dans le paysage des tertres au-dessus des cingles, sur les pechs, sur les picadis ; là où les jarissades se sont installées, la vigne dit encore son passé. La première image est à chercher au nord de la bastide de Lalinde, sur le versant sud des coteaux des Justices, sur la pente au-dessus de Lamaroutine. Une succession d’étroites terrasses appuyées sur des murets de pierres sèches. Une partie de ces terrasses étaient en vigne, les fameuses « vignotes », petites parcelles que possédaient les lindois qui faisaient ainsi leur vin de soif, témoins de l’appropriation progressive des pentes exposées plein sud.

Vestige d'une vigne aujourd'hui ensauvagé et conquérante en lisière d'un taillis. (Ph.BS)

Ancien paysage quadrillé

Sur les plateaux, au-delà des cingles, la vigne offrait un parcellaire qui quadrillait le paysage pierreux. Il n’est aujourd’hui que d’arpenter les sous-bois des taillis au-dessus de Badefols, sur les pentes en allant vers Saint-Colombe au-dessus de Lalinde, sur le plateau de Bourniquel, au plus près de la bastide de Molières, sur les hauteurs de Bayac, pour trouver ce quadrillage de murs de vigne, longues veines de pierres souvent effondrées, quelquefois subsistant avec vigueur, résistant au temps comme vers La Vergne Basse sur le plateau entre la Vallée de la Couze et Beaumont-du-Perigord. Tous les murs ont été construits au fur et à mesure du temps avec la « récolte » des pierres quand l’araire les remontait à la surface. A charge ensuite de rapporter des tombereaux de terre pour consolider les ceps. Ainsi au fil des ans, sur les talwegs les murs grossissaient, prenaient de la hauteur et de l’épaisseur.

Tous ces murs de vigne sont édifiés en pierres sèches de récolte remontant sous le soc de la charrue, ils sont construits sans aucun liant par un système ingénieux d’empilement, de même pour les cabanes. Des abris peuvent même être aménagés dans l’épaisseur des murs, lorsque ceux-ci sont très larges, c’est le cas vers Lavergne-Basse près du château de Bannes.

Dans l'épaisseur du muret un simple abri rustique. (Ph BS)

La vigne n’était pas l’apanage des pentes et des coteaux, il y avait aussi plus rarement des vignes de plaine. C’est ainsi que plusieurs parcelles ont été vendangées jusqu’à la fin des années 1960 au plus près de Pontours dans la vallée. Mais là, plus une seule trace aujourd’hui.

Les cabanes de vignes

Autre témoin majeur des anciens vignobles ; les cabanes de vignes. En l’état elles ont rarement subsisté. Il y avait dans ces vignes, surtout lorsqu’elles étaient loin de la ferme ou de la maison, des cabanes comme autant de refuges, abris, replis pour casser la croûte ou remise pour les outils, les fils de fer, le pulvérisateur, les carasonnes, etc. Pour les plus grandes cabanes, souvent en pierre et rectangulaire, il en existe en ruine sur les pentes des tertres de Badefols, il y avait même une cheminée pour y faire une flambée de sarments en hiver, ou à la saison de la taille et s’y réchauffer.  Ce n’est pas typique au Périgord méridional, c’est universel, tous les pays viticoles ont leur cabane de vignes qui ont des noms propres à chaque terroir : on les appelle caselle en Quercy, cul d’ours dans la Marche limousine, cabinet de vigne ou loge dans le Berry, lubite en Touraine, chibotte dans le Velay, caborde en Bourgogne,  tonne en Auvergne, gaboureau en Poitou, maset à Nîmes, etc.

Un type de cabane en pierre sèche. On les appelait les huttes. Les offices de tourisme ont inventé la gariotte. Elles étaient construites souvent en bout de vigne pour servir de refuge. (Ph..BS)

Chez nous en Dordogne la cabane de vigne a eu plusieurs formes. Lorsqu’elle était située sur des causses très pierreux elle a pris vite la forme d’une cabane en pierre sèche, cabane ronde dont certaines ont subsisté dans les taillis de chênes, les jarissades qui ont reconquis les parcelles viticoles, sur les mêmes terres pierreuses elles ont pu être cabanes rectangulaires. Il reste les murets, souvent affalés et les rares cabanes en pierres rondes, celles qu’enfant nous appelions les huttes et que les offices de tourisme baptisent bories.

La cabane pouvait être un simple refuge aménagé dans l’épaisseur de la muraille de pierre sèche. Mais il y avait aussi notamment en pays Lindois, sur les coteaux de Pontours, de Molières ou du Beaumontois, les cabanes en brande.  Un muret de pierres sèches rectangulaire en assises et deux grands pans de toits recouverts de bouquets de brande séchée et biens tassées les uns contre les autres ou de bouquets de genêts, ni pluie ni vent ne passaient au travers. Ces cabanes de brandes eurent la variante avec de vaste abris au plus près des fermes, les hangars en brande,  pour y garer charrettes, y entreposer outillages, bois de chauffage et même en faire des séchoirs à tabac. (On trouve ces constructions types d’une architecture vernaculaire, similaires de ces cabanes aux toits de brande du Périgord, en Espagne dans les Monts Cantabriques). J’ai connu les dernières cabanes en brande au début des années 1970. (Pour la pédagogie, l’une d’elle a été reconstruite près du village des Bories de Saint-Antoine-de-Breuilh en sarladais où elle est visible).

Les traces, elles sont aussi sur les cartes. A l’instar des Cartes de Cassini et de Belleyme.

Les caves pour mémoire

Autres empreintes de cette mémoire, ce qui reste des caves dans les fermes souvent transformées en gîtes ou résidences secondaires.

Une tine, cuve de collectage du raisin, aujourd'hui oubliée. (Ph.BS)

On y trouve encore les barriques qui sont là, souvent abandonnées depuis la dernière vendange qui remonte aux années 1980, posées sur les traînes qui sont des isolants contre l’humidité, des tines (grands cuviers) dans lesquelles était foulée le raisin, des pressoirs dont les usages étaient multiples, mais en l’espèce pour extraire le dernier jus de la râpe quand le vin nouveau était écoulé et donner ce qu’on appelait la piquette. Et des comportes, ce récipient soutenu par deux manches que portaient deux costauds entre les rangs de vigne pour y collecter le contenu des paniers avant d’aller le vider dans une cuve sur la charrette en bout de parcelle.

Ainsi est notre mémoire des vignes.

Bernard Stéphan

 

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