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Periberry

Ethnologie, Berry, Périgord, Auvergne, Bergerac, Dordogne, Loire, tradition orale, mémoire paysanne, recherche sur le paysage, randonnées pédestres en Auvergne et Pyrénées, contes et légendes, Histoire.

Le briolage

 

Retrouvez le briolage.-  réactualisé en juin 2012 C'est en  juillet 2010 que s'est déroulé au château d'Ars (Indre) une démonstration de briolage conduite notamment par Mic Baudimant, pillier des Thiaulins de Lignières-en-Berry (société de maintenance, de recherche et de sauvegarde du patrimoine). Cette démonstration clôturait le 35è festival des luthiers et Maîtres Sonneurs qui se déroule désormais au château d'Ars et non pas à Saint-Chartier comme jadis.

Le briolage (verbe brioler) désigne dit-on un chant de laboureur ou le chant des labours qui avait la vertu d'encourager les animaux au travail et peut-être aussi le bonhomme. Ou plutôt un chant pour guider les attelages de boeufs et ces fameuses grandes attelées typiques des grands domaines du Berry et notamment de la Champagne Berrichonne qui ont marqué ces zones agricoles jusqu’au milieu des années 1940. Son caractère particulier c'est son vibrato qui appuie sur certaines notes. Dans le Berry ne dit-on pas que "la voix est dardelante" ? C'est-à-dire qu'on la fait porter loin. En tous les cas elle est rythmée sur le pas lent des attelages au travail et en général au labour. On disait "oualer" pour "brioler" dans le nord du Berry en Pays Fort. Et ne disait-on pas que les paysans du bocage, celui du Boischaut et celui du Bourbonnais "triolaient ou thiaulaient après leurs boeufs "?...
Selon l'association des Thiaulins de Lignières, le briolage  « renvoie au blues ou au chant arabe pour sa forme d’interprétation et l’émotion qu’il transmet ». Si on était dans les champs de coton du Mississipi peut-être le briolage aurait-il donné naissance au blues...
 Mais évidemment c’est George Sand, première collecteuse des usages et rituels qui en parle particulièrement bien. George Sand écrit ceci dans La Mare au diable : « Ce chant si doux et si puissant monte comme une voix de la brise, à laquelle sa tonalité particulière donne une certaine ressemblance. La note finale de chaque phrase, tenue et tremblée avec une tenue et une puissance d’haleine incroyable, monte d’un quart de ton en faussant systématiquement. Cela est sauvage, mais le charme en est indicible et quand on s’est habitué à l’entendre, on ne conçoit pas qu’un autre chant pût s’élever à ces heures et dans ces lieux-là, sans en déranger l’harmonie. » 

A noter un caractère important de ces chants, ils présentent des effets que la notation ordinaire n'est pas capable de rendre." Les notes indécises, difficiles à placer, des intervalles qu'on serai tenté de juger faux parce qu'ils ne correspondent à rien  de ce quon a l'habitude d'écrire sur les portées. On retrouve ce caractère surtout dans les briolages, mais cela contribue énormément à la beauté du chant", écrit une spécialiste aux éditions Bonneton dans le gros bouquin Berry (1994).

Ce sont bien entendu des chants a capella, transmis quasiment uniquement oralement, et qui étaient rarement accompagnés dans les veillées d’un instrument (vielle, accordéon, cornemuse, violon). L’amie de George Sand, la cantatrice Pauline Viardot, dans une lettre, évoque son séjour à Nohant, maison de Sand en bas-Berry, qui, au petit matin, de sa chambre, était « bercée » par les chants des labours. Elle a elle-même participé à un collectage et annoté une partition d'un briolage.

Alain-Fournier lui-même dans Les lettres au Petit B. évoque le briolage qu'il perçoit un jour où il se déplace aux lisières de la Sologne et de clairières emblavées.

Claude Longre, présidente de l’association Amis du Francoprovençal en Pays Lyonnais dans un entretien, a ainsi défini les chants des labours : « C’est une échelle mélodique typique pour ces genres de chants, on pouvait les chanter en travaillant. Mais les gestes de la vie agricole ont disparu depuis belle lurette comme par exemple battre au fléau, et tous ces chants se sont perdus, ils n’ont pas été notés enfin pas à ma connaissance. Les gens se souviennent qu’il y en a eu, mais sans doute  ne les ont-ils pas entendus eux-mêmes. »

Le grand spécialiste contemporain Willy Soulette a déterminé deux types de briolage, l'un qui serait spontané et l'autre qui serait travaillé. "Nous pouvons noter deux grandes catégories de briolage: la première est une chanson existante que le laboureur connaît et chante à l'allure de son attelage; la seconde est une invention ayant peut-être pour base un texte connu que souvent le laboureur répètera et qu'il nommera quelquefois routine ou rotine. Or ce chant qui sans doute apaise et encourage les animaux au travail, exerce certainement un pouvoir tout aussi important sur l'homme qui le produit."

Le briolage évidemment n’est pas exclusif au Berry. On le retrouve dans de nombreuses autres régions sous l’appellation générique de chant des labours ou de chant des boeufs.. Il s’appelle Thiaulage dans la Nièvre, Grandes en Auvergne. Il a été repéré en Poitou, dans le Morvan, dans le Pays de Caux. Dans le Poitou c'est le rodage ou arodi. En Vendée ne dit-on pas darioler pour brioler ? On l'aurait même trouvé en Bretagne, ce sont les bahotries, un chant lancé et beaucoup plus mélodique que le briolage du Berry.

Les Thiaulins affirment en avoir rencontré une variante dans les montagnes du Portugal. On l'appelle l'aboyo. Il aurait traversé l'Atlantique avec les migrants Portugais débarquant au Brésil. C'est alors devenu un chant de vacéros dans le Nord-Est du pays, ils s'expriment par de longues improvisations. Il recouvre les chansons des labours, les chants des bouviers et ce qu’on appelait les chansons des grands vents, chantées par les bergers sur les grands espaces et dans l’estive de la montagne. Ce chant de la terre existe sous des formes assez proches chez les Kurdes, au Sri Lanka, en Chine, au Yémen, etc.

Quelques chants ont été collectés, rares, à l'instar des messages envoyés et que l'on trouve ci-contre dans la boîte à messages. Et notamment ces chants enregistrés et conservés au musée sonore de la Bibliothèque nationale. Ainsi que quelques morceaux enregistrés sur des CD des Thiaulins de Lignières en Berry, dont on trouve les références sur leur site.

Il y aurait des traces en Périgord. Mic Baudimant des Thiaulins en Berry, m'indique qu'il a rencontré un connaisseur et pratiquant du briolage venant du sud du département de la Dordogne. On y désignerait le briolage sous l'expression de "branle boyer" ou "branlo bouyer".

 

Un colloque sur le briolage s'est déroulé en octobre 2010 en Vendée.  Les Editions L'Harmattan ont publié les actes de ce colloque, un gros pavé de 402 pages intitulé Le chant de plein air des laboureurs, dariolage, briolage... vendu au prix de 44 €uros.

 

Mais bien sûr je recherche toujours des témoignages notamment dans des régions hors Berry... Je n'ai pour l'heure aucun témoignage du briolage en Gascogne, dans le Midi, dans le Bordelais, ni même en Auvergne. La piste est très (trop) faible pour le Périgord. Qui peut nous éclairer sur des traces éventuelle du chant des labours dans ces terroirs?

Lien pour écouter un exemple de ce chant des labours: http://www.accrofolk.net/index.php/chroniques-folk/le-tiroir-aux-vieilles-chansons/345-briolage-chant-de-labours


 

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