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Periberry

Ethnologie, Berry, Périgord, Auvergne, Bergerac, Dordogne, Loire, tradition orale, mémoire paysanne, recherche sur le paysage, randonnées pédestres en Auvergne et Pyrénées, contes et légendes, Histoire.

Les traditions de Pâques

Rituels de Pâques en Périgord.- (réactualisé en avril 2017) Retrouvé ce texte de l'abbé Georges Rocal (collecteur d'usages traditionnels en Périgord durant la première moitié du XXè siècle) à propos des usages de la Semaine Sainte en Périgord: "Les enfants portent des branches parées de sucreries, de faveurs, de fleurs, de guirlandes pailletées. Des tortillons y sont suspendus et des brioches à trois branches aplaties, nommées cornuelles à Périgueux et cournadèles à Bergerac. On préfère à Sarlat attacher des colombes, gâteaux en forme de poupées, dont les traits sont dessinés avec des grains d'anis." Georges Rocal ajoute qu'à Bergerac, vers 1885-1890, " les enfants enfilaient en cordées des sardinoux, minuscules poissons salés; ils se balançaient aux rameaux aussi nombreux que des feuilles; au lieu que les vieux accrochaient  de longues sardines qu'ils consommaient ensuite pendant la Semaine-Sainte." L'accrochage de tortillons et de cornouelles est également attesté par La Mazille (auteur; collectrice d'usages culinaires en Périgord) qui en fait la description. On trouve les mêmes brioches à Lalinde (Dordogne), là elles sont appelées cornadelles. A Limoges le jour des Rameaux les enfants décoraient leurs bouquets de meuringues qui sont dégustées à la sortie de la messe.

 

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Photo: panière de cornadelles vendues dans une boulangerie-pâtisserie de Lalinde (Dordogne) en 2011. (Ph.B.S.)


J'ai connu les rameaux décorés à la messe des Rameaux à Lalinde et même à Pontours (Dordogne) dans les années 1960. Le décor était essentiellement fait de "brillants", fragments de papier de chocolat et de petits poissons en chocolat. Les rameaux eux-même étaient de deux sortes, du laurier en fleur, laurier très odorant ou des buis. La messe des rameaux était suivie par les femmes et les enfants. Il s'agissait en effet dans le pays de Lalinde et de Beaumont-du-Périgord d'une religiosité féminine épisodique dont la pratique est marquée par les grandes fêtes religieuses.
Dans l'ouest de la Corrèze, à Ségur-le-Château, les boulangers fabriquaient les
cornues, sorte de brioches à cornes que l'on dégustait en famille.

J'ai retrouvé les cornues dans d'autres régions dont en Berry à Vierzon. 
                   Parmi les usages des Rameaux, de la semaine Sainte et de Pâques voici par ailleurs quelques éléments inventoriés en Périgord:
* usage de la crécelle pour appeler à la messe, bruit de l'instrument qui remplaçait le son des cloches qui disait-on étaient parties à Rome pendant la Semaine-Sainte.
* dépôt d'un brin de rameau bénit dans tous les endroits des fermes, des potagers, au coin des champs, sur les ruches et sur les tombes.
* cuisson du gigot de mouton pour Pâques et de la fameuse anguille, au dessert, qui est un gâteau en forme de gros tortillon contenant des fruits ou une confiture épaisse.

 

Roulée des oeufs de Pâques et pâté de Pâques en Berry.- Les vitrines des charcutiers du Berry renvoient à une tradition de bouches; le pâté de Pâques. On a pris l'habitude de cacher l'oeuf dans le pâté comme ailleurs on cache des oeufs dans les jardins. Ce pâté est fabriqué avec une pâte feuilletée qui enveloppe la farce et donc les oeufs durs.  Cette place centrale de l'oeuf au moment de Pâques renvoie au vieil usage de la roulée commune à beaucoup de régions tant que la société fut agro-pastorale. On note dans les inventaires du folkloriste Arnold Van Gennep la mention de fête du bériot à Dun-sur-Auron (Cher) où les groupes de jeunes font la quête des oeufs et les font cuire pour obtenir des oeufs durs, rouges. Les quêteurs d'oeufs étaient appelés les cacoteux en berry. Pour obtenir des oeufs colorés, ils étaient bouillis dans une eau rougie avec des peaux d'oignons ou des lamelles de betteraves rouges. On retrouve l'usage des oeufs colorés dans le Bourbonnais voisin. Mais aussi en Sologne où l'écrivain et ethnologue Claude Seignolle a collecté de nombreux souvenirs d'oeufs teints cachés dans les parcs et jardins. Autre usage; on pratiquait beaucoup jadis en Berry la roulée que l'on connaît aussi sous le terme de rouletée. Il s'agit d'un jeu de boules qui se pratique avec des oeufs durs colorés. La piste du jeu était en général une prairie en pente. Les enfants jouaient aux boules avec ces oeufs et les mangeaient lorsque la coquille était cassée. Cette roulée pouvait donner lieu à de grands rassemblements de jeunesse, souvent fixés le lundi de Pâques, qui était un des rares jours chômés pour les garçons bergers et  pour les métayers des domaines de la Champagne Berrichonne. Seignolle cite le nom des villages de Presly et d'Ennordres dans le Cher comme étant des villages où on pratiquait activement cette roulée donnant lieu à des rassemblement de jeunesse. Il cite Blancafort où la fête prenait le nom de routelée. On me signale en outre qu'on roulait les oeufs dans le sud du Berry sur les communes de Vicq-Exemplet et Saint-Aout (Indre). L'usage est largement répandu dans les vieilles sociétés européennes. L'antropologue russe D.Z. Zelenin a pu observer la roulée des oeufs de printemps. Pour lui ce jeu de la période de Pâques "est sans doute en relation avec la magie agricole. C'est une fécondation magique de la terre et une allusion au mûrissement des semences", écrit-il en observant ce rite de sa Russie natale.

 

DSCN1242 Photo: le Pain bénit tel qu'il était encore vendu en 2008 sur les marchés de Bourges (Ph.B.S.)

 

Le Pain bénit du Berry.- Parmi les usages encore en vigueur en Berry il y a la tradition du pain bénit , vendu sur les marchés berrichons. Il s'agit d'une galette non levée, légèrement sucrée qui se mange au dessert en accompagnement d'une confiture ou d'une crème pâtissière ou qui se consomme au petit-déjeuner.

Les fougassons d'Auvergne.- Gâteaux typique à base d'oeufs, lait, sucre, pétris à la manière des fougasses. Les fougassons d'Auvergne pouvaient contenir des fruits. 

La mange ou les manches.- Le mot est évoqué par l'ethonologue et folkloriste  Mic Baudimant dans un entretien donné au journal Le Berry-républicain du 5 avril 2015. Les populations du Berry, dans la tradition, faisaient "la mange de Pâques", et dans certains coins du Berry la formule devient "faire la manche de Pâques". Il s'agissait bien sûr de faire le repas pascal, ou le partage communautaire des fruits de la quête.

Les pieds de cochons d'Auvergne.- C'est un curieux plat roboratif de Pâques. Il s'agit des pieds de cochon aux haricots. Jadis il était le plat paysan par excellence du déjeuner pascal. C'est une variante locale du cassoulet. Ce plat est confectionné à partir de haricots secs et de pieds de cochons. La préparation était versée dans une terrine et cuite dans le four du boulanger ou dans le four communautaire.

Les meringues de Limoges.- Le journal Le Populaire du Centre dans son édition du 22 mars 2013 évoque les friandises fabriquées à Limoges pour décorer les rameaux portés par les enfants. Parmi ces sucreries il y a des meringues. On fabriquait aussi à Limoges des sucres élaborés à base de sirop de la fleur d'oranger.

Les cornues de Limoges.- C'est une brioche qui ressemble à s'y méprendre à la cornadelle de Lalinde (voir ci-dessus) dans le Périgord. Seule différence, les cornues sont quatre fois plus grosses que les cornadelles. L'histoire de la cornue de Limoges renvoie à la tradition de carnaval. Lorsque ce gâteau très simple arrive sur les étals, il joue la facétie et a la forme d'un phallus. Au grand dam de l'église catholique qui y voit une résurgence d'un culte païen de la fécondité. Le clergé local s'en mêle en 1750, l'évêque de Limoges d'alors, Mgr Jean-Gilles Coëtlosquet, réclame une évolution dans la forme, la cornue sera entaillée à une extrémité avant cuisson pour prendre la forme d'une sorte d'éventail qui rappelle avec un peu d'imagination une branche de buis. Et ainsi les cornues devinrent les pâtisseries dignes d'être bénites à la messe des Rameaux.

Les cornards de Beaumont.- C'est une tradition qui se perpétue à Beaumont, une commune de l'agglomération de Clermont-Ferrand (Puy-de-Dôme). Là aussi l'usage veut que l'on déguste, le jour de Pâques, une brioche qui par sa forme a pris l'aspect lointain d'un gros insecte à cornes. D'où le nom de la brioche qui n'est pas sans renvoyer aux facéties carnavalesques qui pouvaient désigner l'homme trompé, cocufié, ainsi désigné par le mot "cornard". Cette dégustation des cornards est accompagnée de la dégustation d'un vin rosé local. La fête des cornards est toujours vivace à Beaumont en 2014. Tous les artisans-boulangers de la ville fabriquent les fameuses brioches en proposant des tailles différentes. 

 

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Les réveillés d'Auvergne et de Haute-Corrèze.- C'est la tradition de la tournée des quêtes qui correspond peu ou prou à l'arrivée du printemps et la période de Pâques. Comme sont nom le suggère, il s'agit d'aller réveiller. C'est la tournée de la quête des oeufs, la nuit, en frappant aux portes et en chantant. Le groupe mangera ensuite l'omelette. Un souper tardif bien arrosé, en musique. La tournée des réveillées s'est pratiquée encore au printemps 2014 dans deux coins du Massif central. D'abord aux limites de la Creuse, de la Corrèze et du Puy-de-Dôme, notamment sur les communes d'Eygurande et de Verneugheol. Second territoire où la tradition est encore vivace; c'est aux alentours de Thiers dans le Puy-de-Dôme, vers Celles-sur-Durolle, Chabreloche, Viscomtat. Ici l'usage marque particulièrement le début du mois de mai.

 

 

Témoignage

 

(D'Estelle Bardelot, dans le Cher, recueilli en 2011).   "Bernard Jamet, le maire du Châtelet-en-Berry se souvient qu'on appelait cela faire la manche parce la tradition voulait qu'on parte quêter les oeufs chez les voisins. C'était dans son enfance, au début des années 50 à Vicq-Exemplet (Indre). L'expression "aller quêter les oeufs" existait encore mais on n'allait plus les chercher chez les voisins mais on les prenait dans notre poulailler. Les oeufs étaient ensuite teints avec ce que l'on trouvait dans les jardins et on les faisait rouler le long d'une pente."

" Moi, témoigne Estelle Bardelot,  j'ai fait rouler les oeufs de Pâques sur le domaine de mes grands-parents maternels à Saint-Maur, entre Culan et le Châtelet (Cher). C'était entre 1980 et 1985, j'avais entre 5 et 10 ans. Ma grand-mère récupérait, le matin du lundi de Pâques, les oeufs dans le poulailler du domaine. Elle les faisait cuire soit avec de la pelure d'oignon pour qu'ils deviennent orangés ou avec de l'herbe ou des épinards ou du persil pour qu'ils deviennent de couleur verte. J'ai le souvenir d'oeufs bleus mais maman ne s'en souvient pas. Quand ils étaient cuits, nous allions sur une petite pente, juste devant le poulailler et nous faisions un jeu avec mon frère et mon cousin : nous nous mettions en haut de la pente, nous faisions rouler nos oeufs et nous devions descendre la pente avant eux pour les récupérer en bas. Ceux qui se cassaient pendant la descente étaient mangés sur place, les autres au déjeuner. J'ai du participer à ce jeu jusqu'à l'âge de 10 ans environ (1985). En revanche, maman qui est née en 1950 ne se souvient pas avoir fait rouler les oeufs."
 

 

* Adressez-moi des témoignages d'usages dans vos régions pour enrichir cet inventaire.

 

 

Dicton

 

Eugène le Roy dans  le roman Jacquou le Croquant rapporte un vieux dictons qu'on retrouve dans plusieurs régions: "Brave comme un bourreau qui fait ses Pâques". Dans son sens d'origine le dicton renvoie au bourreau qui avait obligation de conserver son costume chaque jour de l'année, il ne pouvait l'enlever que pour participer à la fête de Pâques dans une église.

 

 

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