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Periberry

Ethnologie, Berry, Périgord, Auvergne, Bergerac, Dordogne, Loire, tradition orale, mémoire paysanne, recherche sur le paysage, randonnées pédestres en Auvergne et Pyrénées, contes et légendes, Histoire.

La plantation du mai aux élus

L’arbre pavoisé pour clore le cycle électoral.- (réactualisé en  mai 2016)  Vieil usage des fêtes de jeunesse jusqu’au XIXè siècle, le mai renvoie aux arbres de la Liberté. La plantation du mai ou du mât pavoisé honore désormais les élus et vient conclure le processus électoral par une fête citoyenne.

 

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Le mai planté près de la mairie de Pontours (Dordogne), en ce printemps 2014. (Ph. B.S.)

 Après les municipales ont fleuri les mais dans de nombreuses campagnes. Un rituel toujours vivace dans une grande partie du Massif central et du Sud-ouest qui trouve son origine ancienne. Et si aujourd’hui c’est un rite profane, il fut longtemps rite religieux.

En l’espèce la plantation des mais (Corrèze, Périgord, Quercy, sud de la Haute-Vienne) ou des mâts (Puy-de-Dôme dans plusieurs communes du massif du Sancy, Aveyron, Velay) ou des bannières (pays Thiernois dans le Puy-de-Dôme) est une cérémonie politique laïque d’hommage à un ou plusieurs élus. Ces arbres dressés sont aussi appelés « arbres d’honneur ». Ils renvoient pour mémoire à une parenté aux arbres de la Liberté qui ont été plantés à plusieurs reprises depuis 1789 et à chaque révolution du XIXè siècle ainsi qu’aux arbres de la paix dressés au lendemain de l’Armistice de 1918 et à ceux qui ont été plantés pour le bicentenaire de la Révolution en 1989.

Les cérémonies de ces arbres d’honneur interviennent en général durant les semaines qui suivent la proclamation des résultats des élections municipales et la fin du processus électoral avec l’élection du maire et des adjoints. Pour clore le processus démocratique intervient la ritualisation festive des mais qui peut durer plusieurs mois et se prolonger jusqu’à l’automne de l’année électorale municipale.

En général, et jusqu’aux début des années 1980, il était d’usage de planter un mai devant la maison de chaque élu du bureau municipal (maire et adjoints) et dans certaines communes devant le pas de porte de chaque élu du conseil. Procédure assez longue, choix d’un arbre, en général un jeune pin au fût bien rectiligne coiffé d’un beau houppier, transport collectif de l’arbre, décoration sommitale avec pavoisement de drapeaux (un drapeau par élu lorsqu'il s'agit d'un mai collectif, quelquefois de couronnes (une couronnes par élu lorsqu'il s'agit d'un mai collectif), pancarte tricolore sous le houppier portant une inscription (sorte de dédicace à la personne honorée) et souvent finalisation avec une couronne de feuillage. Lorsque l’arbre est enfin dressé, l’élu offre un vin d’honneur, dans certains cas c’est un  repas ou copieux buffet offert à ceux qui ont ainsi pris une part active à cette installation, mais aussi au voisinage.

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Photo: Le mai collectif aux élus  en hommage au conseil municipal de Montferrand-du-Périgord (Dordogne), planté sur la place de ce village du sud de la Dordogne en 2008. (Ph.B.S.)

 

Dans le cas d’un mai collectif dressé devant la mairie par l’ensemble du conseil municipal nouvellement élu, les libations sont offertes à tous les électeurs, on chante, on danse même, le mai aux élus se transforme souvent en fête collective et on en oublie même les affrontements passés. La plantation du mai conclut le cycle électoral.

Il existe antérieurement à l’usage des mais laïcs et républicains un  usage collectif saisonnier pour honorer un jeune fille à marier. Dans ce cas ce sont des groupes de jeunesse qui officiaient et se retrouvaient devant la maison de l’impétrante pour partager boissons, friandises et danser. Cet usage est appelé « le mai aux filles » et il était très commun dans de nombreuses provinces françaises. Ainsi dans la Marche Limousine en Creuse et dans la région de Thiers en Auvergne.

Jadis il était d’usage, en Lozère, dans la région de Mende de planter un mai le premier dimanche de mai. La jeunesse faisait une quête de victuailles et ripaillait autour du mât. Au XIXè siècle, l’usage du mai des groupes de jeunesse est signalé par Arnold Van Gennep (1) en Auvergne à Vorey, Retournaguet, Craponne, mais aussi dans les Bois noirs en pays Thiernois et sur le versant occidental des monts du Forez.

(1)   Le Floklore Français, par Arnold Ven Gennep. Tome 2 : cycles de mai, de la Saint-Jean

 

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Le houppier du mai de Pontours (Dordogne). (Ph. B.S.)

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Le mai de Calès (Dordogne) dressé près du monument aux morts. On remarque qu'il s'agfit d'un mai collectif portant autant de couronnes et autant de drapeaux qu'il y a d'élus dans le conseil municipal. (Photo © B.S.)

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Le mai de Cadouin (Dordogne), dressé près de l'abbaye. (Photo © B.S.)

 

Le mai de la classe

Il existe une autre variante du mai qui  fut en usage dans une partie du Bourbonnais jusqu’au début du XXè siècle. Les jeunes gens de la classe des conscrits de l’année allaient, dans la nuit du 30 avril au 1er mai, couper un arbre, celui-ci était décoré de fleurs, rubans, drapeaux tricolores, et dressé sur la place du village, il était prétexte à rassemblements nocturnes, danses, chants et libations. Cet arbre avec ce rituel a été également signalé dans le Velay près d’Yssingeaux.

 

Le mai des battus

C'est rare... Il s'agit du mai des battus. Il a été dressé à l'entrée du village de Saint-Laurent-des-Bâtons (Dordogne) pour conclure le cycle des municipales de 2014. Il voisine avec le mai aux élus. Le mai des battus arbore les vestes comme autant de témoignages de ce que fut le scrutin passé. Facétie probable, je n'ai pas su si les battus étaient de la partie et finalement avaient participé à la fête. Cette mise en scène n'est pas unique. Au printemps 2014, dans une tradition de facétie assez proche de celle du village de Saint-Laurent-des-Bâtons, des vestes furent accrochées, de nuit, sur la façade des maisons des battus dans les villages de Saint-Julien-le-Vendômois et Saint-Eloy-les-Tuileries en Corrèze. (Ph.B.S.)

En guise de fagnons, les vestes.
En guise de fagnons, les vestes.

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