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Periberry

Ethnologie, Berry, Périgord, Auvergne, Bergerac, Dordogne, Loire, tradition orale, mémoire paysanne, recherche sur le paysage, randonnées pédestres en Auvergne et Pyrénées, contes et légendes, Histoire.

Contes et légendes de nos terroirs

Contes et légendes de nos terroirs

 

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Neuf questions autour des contes et légendes d'Auvergne, Limousin, Berry et Périgord

 

Qu’est-ce qui fait la pérennité des contes et légendes ?

 

C’est d’abord une forme de littérature orale avant que ces histoires ne soient écrites.  Dans les sociétés anciennes, jusqu’au recul de l’illettrisme, c’est une culture orale qui est colportée, elle est jouée par des troupes sur la place publique, ces textes sont récités, ils sont racontés. Dans la société rurale ils se transmettent par l’oralité au travers des veillées tant que veillées il y aura, par échanges, les personnes âgées racontent ainsi aux jeunes enfants, et de génération en génération on se passe la tradition orale comme le relais d’un vieux savoir. Ces thèmes seront illustrés avant même que la lecture ne soit généralisée. Ainsi les imagiers vont-ils s'emparer des traditions orales des contes et légendes et en confier la diffusion aux colporteurs. ainsi par exemple avec le fond le plus célèbre, celui des images d'Epinal, mais il y en eut bien d'autres. Et ensuite, lorsqu’on lit, on va imprimer des contes et légendes. Et finalement les figer à un moment donné alors qu’au temps du colportage oral ils allaient et venaient et ils évoluaient. Dans le courant du XIXè siècle des collecteurs, aux franges de l’anthropologie et de la littérature, ont participé à cette fin de l’oralité en écrivant ce qu’ils entendaient.  C’est la raison pour laquelle certains contes, communs à diverses régions, ont un fond unique et offrent une variante spécifique à chaque terroir. C’est par exemple le cas pour le conte « Jean de l’ours » qui prend des forme très différentes dans les terroirs du Sud-Ouest, mais aussi en Auvergne puisqu’on le retrouve dans la tradition orale du Velay. J'ai noté au moins trois variantes de Jean de l'Ours dans le seul Périgord. Les terroirs entourés du mystère ont leur propre légende entretenue souvent par les plus grands écrivains. C’est ainsi qu’au XIXè siècle Châteaubriant, lorsqu’il avait traversé l’Auvergne, avait ainsi décrit ces contrées du lointain centre de la France :« Un pays bien loin, bien loin, où se passaient des choses étranges et où l’on ne pouvait aller qu’avec de grands périls. »

 

 

Y a-t-il un personnage particulier et commun dans l’imaginaire collectif ?

 

Probablement le loup. L’écrivain et collecteur de ces savoirs, Claude Seignolle, a expliqué que le loup sous des formes aussi diverses que l’animal qui attaque le troupeau, l’animal qui prend la forme de la mère grand dans Le Petit Chaperon rouge, l’animal qui suit le personnage fantastique du meneur de loup ou encore le loup-garou qui est la forme fantastique de la lycanthropie, occupe une place prépondérante dans les contes et légendes. Et ceci au moins pour deux raisons : premièrement ce fut le dernier grand fauve de nos campagnes. On a encore tué des loups dans le Berry ou dans le Périgord dans les années 1930. Officiellement le dernier loup a été tué dans le Périgord, à Javerlhac en 1940.  Deuxièmement les personnes les plus âgées parmi nos lecteurs et lectrices, nés avant 1920, on été les témoins du passage de loups et ont entendu les échos très contemporains des battues aux loups ou des exactions du fauve. Il n’est que d’observer aujourd’hui le succès de parcs animaliers comme celui des loups de Chabrières dans les monts de Guéret (Creuse) pour percevoir à quel point le loup est encore une silhouette majeure dans l’imaginaire des enfants. Geneviève Saint-Martin dans son ouvrage L’Auvergne des monstres, des sorciers et des dieux (éditions e-dite, 2001) parle du loup comme d’un être réellement à part dans la nuit des campagnes : « Il a la réputation de voir la nuit, de posséder un regard qui perce les ténèbres. Maître des ténèbres, il en est aussi le guide et l’antidote. Le loup est un dévoreur d’astres, notamment du soleil (…) »

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Et mis à part le loup ?

 

Mis à par le loup, il y a souvent la figure de la mort qui rôde. Elle prend des formes diverses, des incarnations ou tout le moins des mises en formes supposées perceptibles par l’œil humain. Ce sont par exemple, la nuit de Noël, les lavandières qui ne seraient que les âmes des morts du village revenant sur les lieux de leur vie pour se laver dans les eaux d’une mare ou d’un lavoir proche du village, pendant la durée des douze coups de minuit. Et en particulier durant les douze coups de minuit la nuit de Noël. Il y a bien sûr les feux follets qu’on appelle les follets ailleurs et qui ont la particularité d’apparaître dans les cimetières ou à proximité des cimetières. Il y a aussi des personnages qui sont construits comme s’ils avaient été appelés pour faire peur aux enfants. Ainsi le croque-mitaine que l’on trouve au moins dans deux de nos terroirs, en Périgord et dans l’extrême est de l’Auvergne. J’ai entendu enfant, lorsque je tardais à m’endormir, ma mère dire « il faut dormir sinon le croque-mitaine viendra t’emporter ».

 

Et il y a le personnage de la sorcière…

 

C’est évidemment un personnage majeur notamment dans le florilège des personnages fantastiques du Berry et de la Sologne. Mais ce personnage n’est pas étranger à d’autres terroirs, ainsi en Périgord. L’abbé Georges Rocal, auteur d’un inventaire des croyances en Périgord, dans son livre Vieilles Coutumes Dévotieuses et Magiques du Périgord (Ed. Fanlac), décrit ainsi une sorcière : « Elle habite une cabane solitaire dans une sombre forêt, éternelle contrée des légendes et des enchantements. En face, le marais que Pan, le dieu chanteur et boiteux qui animait les roseaux au son de sa flûte, a dû hanter en des temps très anciens. Etrange destinée ! Cette masure sordide est mieux achalandée que la plus somptueuse clinique de boulevard. On vient consulter la devineresse de trois ou quatre départements à la ronde. Jadis, les clients n'apportaient que des dons en nature très modestes; aujourd'hui, on la paye grassement en espèces et son crédit augmente de tous ces ruisseaux d'argent. Elle est riche maintenant quoique d'aspect miséreux. Le samedi pourtant elle consent à serrer d'un foulard de tête à carreaux ses trois ou quatre mèches de cheveux. C'est que le samedi, jour de marché à la ville, elle reçoit en son cabinet de consultations établi dans l'arrière boutique d'un cabaret. Sa clientèle est en majeure partie composée de neurasthènes incurables, car la détresse a toujours rejeté les désespérés vers les forces occultes. Sur eux, sa puissance de suggestion est immense. Elle lui vient de son physique. Ajoutons-y l'autorité, la conscience de son rôle, le regard, le ton, l'assurance... et une ardeur intense au service de sa cause. » Le personnage de la sorcière a été particulièrement popularisé dans les contes de Grimm. Claude Seignolle qui a particulièrement prospecté les usages dans le Berry évoque dans son livre Les Evangiles du diable sa rencontre avec Paquet-la-Fourche, un sorcier Solognot.

 

Mais il y a les sorciers qui se réunissent en sabbat…

 

C’est une image qui est très forte dans le Berry et en particulier en Sancerrois. La topographie des carrefours est souvent remarquée comme le site des réunions sorcières, les nuits de pleine lune. Le lieu-dit Marloup dans les collines du Sancerrois est célèbre pour les réunions de sorciers. C’est un point haut, point géographique remarquable qui domine tout le pays. ( Il y a même une sorcière de Marloup qui a fait l'objet d'un procés retentissant au XVIè siècle.)  Avec la monumentalité en plus, on retrouve cette tradition au sommet du puy de Dôme en Auvergne. La femme Bosdeau, sorcière du Limousin, brûlée vive sur ordre du parlement de Bordeaux raconta, dans ses interrogatoires, que les sorciers venus de très loin se rassemblaient sur le sommet des volcans d’Auvergne. L’écrivain Henri Pourrat a ainsi raconté un sabbat dans son roman Gaspar des montagnes. Sous l’Ancien Régime les procès pour sorcellerie sont nombreux, on connaît leurs recensions tant pour le Berry que pour l’Auvergne ou le Limousin. Suzanne Labrousse dite la prophétesse de Vanxains dans le Périgord est un des derniers avatars de cette longue lignée de femmes dites sorcières. Les lieux élevés, ou simples monticules remarquables, sont souvent associés à des légendes de rendez-vous nocturnes. Quand ce ne sont pas les sorciers, ce sont d’autres silhouettes comme les fades en Auvergne. L’historien Auvergnat Ribier du Châtelet avait ainsi noté : « Presque tous les tumulus et dolmens d’Auvergne sont réputés comme des points de ralliement pour les fades. Il y a deux cents ans, personne ne se fût avisé de douter de la puissance des êtres surnaturels venant voltiger la nuit. »

 

Et bien sûr il y a des personnages nombreux, mais que l’on retrouve souvent d’un terroir à l’autre…

 

Il est probablement assez juste de parler d’un corpus commun dans lequel on retrouve des figures similaires pour les mythes, les contes et légendes. Il n’est que de citer les fées, les fades, la dame blanche, la chasse volante, le meneur de loup, le loup-garou ou lébérou, la grande bête, l’homme en noir, le cavalier silencieux, les géants, la vouivre, les revenants, etc.

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De A à Z le fantastique à nos portes                                                      

 

B comme Basajaun.-  C'est un homme qui à la carrure et la corpulence d'un géant des bois à la pilosité impressionnante.  C'est une sorte d'homme sylvain, l'homme des bois. Basajaun serait un bon sauvage puisque grand connaisseur des caprices de la nature, capable de les lire et de les anticiper. Il avait à réputation d'avertir le berger du mauvais temps prochain ou de détourner la menace des loups. 

 

 

B comme Bécut.- C'est l'incarnation du géant, on le relie au cyclope, il n'a qu'un oeuil au milieu du front, bien sûr il est antropophage. On le rencontre dans les croyances du sud Gascogne et d'une partie des Pyrénées.

 

B comme Birettes.- Elles sont sorcières, fantômes, revenants et bonnes fées à la fois. Ce sont les birettes qui se sont réincarnées en Sancerrois avec la confrérie de Bué (Cher) et dont on fête les facéties chaque année au mois d’août dans le cadre de la Foire aux sorcières. Dans la grande famille des personnages fantastiques, les birettes sont souvent une variante du loup-garou. Il peut s’agir notamment en Pays Fort et en Sologne de la transformation d’un homme en animal la nuit venue. Mais les birettes sont aussi les sorcières bienfaisantes vêtues de blanc, proches du fantôme ou de la fée, facétieuses, se moquant et tournant en dérision les humains. Dans une autre région, Montereau-en-Gâtinais on trouve des birettes qui sont des personnages allant dans la campagne à la nuit tombée, recouverts d’un drap blanc. On les appelle «les fantômes de la nuit». L’écrivain  et collecteur d’usages Jean Mellot (*) a rapporté la définition des birettes que lui a donné un vieux médecin de Sancerre: «Une birette c’est un homme ou une femme qui s’est donné au diable. En échange, il donne une peau de loup ou de sanglier qui enveloppe la tête, les bras, les jambes. Et ce métier est héréditaire. Quand le père meurt c’est l’aîné des enfants qui hérite, garçon ou fille.»

 

B comme Bona.- C'est un lutin auvergnat. Il a la réputation d'être un bon lutin.  il prend l'aspect d'un joueur de cabrette. 

 

C comme Came- Cruse.- C'est un personnage fantasmatique et réprimandeur d'enfants dans les contes et légendes de Gascogne. Came-Cruze est la mauvaise traduction de cambo-cruzo (jambe crue donc jambe nue). Came-Cruze est toujours représenté une jambe nue avec un oeil à la place du genou.

 

Carroir, cafourche.- C’est le lieu d’exception où se croisent les légendes fantastiques. Et c'est bien entendu un carrefour de chemins au sommet d'une colline. Dans le Sancerrois le plus célèbre des ces carrefours est le carroir de Marloup (*). C’est un carrefour de chemins au sommet de la colline de Marloup où se dresse un grand calvaire. Nous sommes à Bué. L’usage veut que sur ce carroir ou carroy, tous les sorciers du pays se retrouvent à minuit, les nuits de pleine lune,  pour tenir leur sabbat. Lorsque tous les sorciers, birettes et loups-garous sont ainsi assemblés, le diable en personne ose alors se montrer. Le sabbat s’achève par un danse que l’on appelle «le rond des sorciers». C’est près du carroir de Marloup, au village de Bué, qu’a lieu chaque année la très folklorique et festive Foire aux sorciers ou rassemblement des Birettes de Bué. Le terme carroir n'existe pas en Périgord, s'y substitue celui de cafourche et celui de croisée. Avec les mêmes réalités, les mêmes croyances et les mêmes effets. C'est toujours "à la cafourche de tel ou tel endroit..." que la tradition orale situe un événement étrange ou une apparition non moins extraordinaire. L'abbé Georges Rocal, collecteur du Périgord, dans ses Vieilles coutumes dévotieuses et magiques du Périgord évoque un endroit similaire qui a été décrit ainsi dans le Bulletin de la Société Archéologique du Périgord (t. XLII, p. 284): "C'est une route qui sépare les deux communes d'Eygurande-Gardedeuil et de Saint-Michel-Léparon ainsi que les ancienne paroisse de Gardedeuil et du Bost. L'endroit où cette route se greffe sur celle d'Echourgnac à Laroche-Chalais se nomme l'Homme-Mort. C'est un lieu isolé, loin des villages, en pleine forêt de la Double, au milieu des bois, des taillis et des bruyères où, dit-on, fut assassiné et enterré un individu. Quand les gens passent, ils jettent un caillou du chemin ou mieux encore une branche de bois vert, généralement un morceau de branche beaucoup plus facile à casser, sur cet éphémère tombeau." 

 

(*)  Au XVIè siècle, du 21 décembre 1582 au 30 mars 1583 se tient à Sancerre un procés en sorcellerie qui condamnera à mort, à être brûlés sur le bûcher, cinq des condamnés. Ce procès est connu sous le nom de procés du carroi de Marloup. Les principaux chefs d'accusation des prévenus relèvent de la répression contre la sorcellerie. Ces chefs d'accusation sont "méfaits divers, sorts jetés, rencontre avec le diable, participation au sabbat, sorcellerie démoniaque".

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C comme chasse volante.-  C'est ce qu'on appelle aussi le meneur de nuées ou la chasse à Ribault. Dans la Vallée Noire, en Berry, elle était appelé chasse à Bodet. Elle est souvent illustré de nuages de tempête esquissant des silhouettes d'une charge de cavalerie. La chasse volante se traduit par un bruit fantastique qui est souvent décrit comme celui d'une charge cavalière sur les champs de bataille de jadis. Elle se ferait entendre les nuits d'orage et les nuits de forte bise. Les variantes de la légende veulent que les chevaux soien accompagnés de puissantes meutes de chiens courants à la poursuite des âmes perdues au profit de Satan. L'appellation chasse à Ribaud semble propre au Berry. Elle fait allusion au nom commun ribaud qui désigne le manant, le malfaiteur, le malfaisant. Cette forme fantastique prend d'autres noms selon les terroirs, c'est la chasse galopine en Brenne, la chasse du roi David en Touraine, la chasse maligne dans le Forez, la chasse Gayère dans le Bourbonnais, la chasse de Saint-Hubert toujours dans le Bourbonnais ou encore la chasse-gayère. Celle-ci est sensée réunir les âmes errantes des morts qui courent ainsi certaines nuit avec force tintamare sans savoir où aller vraiment. Dans le Périgord on croyait que lorsque la chasse paraissait, elle annonçait de grands et misérables événements comme une guerre ou une famine. L'usage veut qu'elle soit apparue, toujours en Périgord, en 1792, pour annoncer la Terreur. Paul Sébillot dans son ouvrage Croyances, mythes et légendes des pays de France (Ed.Omnibus) précise qu'en Périgord  " une dame blanche était à la tête de ce cortège, elle sonnait de la trompe, commandait à tout le monde, et armée d'une pique, elle se faisait remarquer par la blancheur de son cheval. "

 

 C comme chat-veniou.- C’est un animal extraordinaire qui vit dans les  étangs de Sologne et qui a la  particularité de se moquer des humains. Il accompagne le passant qui va sur les chemins Solognots d'un très long et très aigu éclat de rire dans les nuits sans lune ou dans les jours de brumes.

 

C comme Chauche-vieille.- Ce personnage de la nuit est décrit, en Périgord, comme un être velu qui vous étouffe. C'est un être étrange qui semble apparaître les nuits de sommeil difficile. Elle est aussi désignée par le mot quaquemarde qui pourrait bien renvoyer à cauchemard. La chauche-vieille, être opressant et étouffant, la nuit, de serait donc qu'un cauchemard...

 

C comme Coulobre.- Voici un monstre, mis serpent, mis dragon, qui vivait dans une caverne dans une falaise au-dessus de la Dordogne à Lalinde. Notre Coulobre, pour son repas, se nourrissait de bâteliers descendant la rivière sur leurs gabares. Il est dans l'imaginaire, l'incarnation du paganisme face à la christianisation du Périgord. La légende veut que saint-Front, apôtre du Périgord, vint à bout de la bête et la fit périr en la précipitant dans les eaux de la Dotrdogne. Appelé aussi Gratusse, le mostre a laissé deux éléments dans la topographie locale: un rapide dans la rivière désigné sous le toponyme de "saut de la Gratusse" et la chapelle dédiée à Saint-front, dressé sommet du côteau, juste au-dessus de la grotte ouverte dans la falaise.

 

F comme fées.- Elles se rencontraient dans les forêts des collines de la Marche. C’est une figure typique des contes et légendes du Limousin

 

F comme Flambets ou feux follets.-  Ce sont les feux follets. Ils ont la réputation d’accompagner les âmes qui rodent. Ils se présentent comme des flamèches qui courent dans la nuit noire. George Sand les appelait les flambettes.

 

G comme  Gargantua et G comme Géant.-  Le bon géant du Poitou semble avoir été très présent dans la tradition orale de plusieurs terroirs du centre de la France. On lui doit, dit-on, la légende, les butons de Brenne, ces monticules qui parsèment le pays des étangs. On lui doit aussi la dépression, dans le Cher, entre La Chapelotte et Morogues. Même cause, mêmes effets, sur le plateau de l'Aubrac en Auvergne. Les murs de blocs de pierres sèches seraient les vestiges de cités cyclopéennes habitées par des géants. Quant à Gargantua, la toponymie auvergnate trahit les tarces du bon géant à l'instar de Lablachère, le pied de Gargantua sur al commune de Montselgues, etc. Il existe à Marvejols un quartier dit "quartier des géants" et à proximité de la ville un dolmen est connu sous le toponyme de "tombe des géants". 

   

G comme Grêleux.- Personnage très lié à la météorologie. Il a la capacité de commander aux orages, à la grèle et à la pluie. En Sologne et en Brenne les gréleux sont aussi batteurs d’eau. Ils savent ainsi lire les étangs dont la surface doit être frappée d’une perche pour créer un rassemblement de nuages. Ils ont la capacité de mettre en action des tourbillons de vent qui sont associés à l’orage estival à venir. Le tourbillon est un mot entaché d’un sens extraordinaire. Dans le patois Poitevin ce mot ne signifie-t-il pas simplement sorcier ?... Le tourbillon qui portait de l’air sec et très chaud avait la particularité d’assécher les récoltes et d’annoncer des orages violents. C'est ce tourbillon qu'on appelle "vent folet" ou "vent foulet" en Périgord.

 

 

G comme Grande Bête.- Il s’agit d’une bête à quatre pattes qui a la faculté de changer de taille et de peau à volonté passant de la chèvre au lapin, du lapin au loup, du loup au mouton, du mouton au chien. Georges Sand a brossé le portrait de celle qu'elle appelle la Grand'Bête; "une chienne de la taille d'une génisse" qui court la campagne dès la nuit tombée pour effrayer la population des paysans. 

 

H comme Homme en noir.- I l  s’agit  de l’homme en noir qui est un personnage récurrent dans la légendaire du Berry, qui apparaît dans les cours de fermes et sur les places des villes les jours de grandes  catastrophes. Il est vêtu du grand manteau noir à capuche des bergers ou capiche que l’on appelait encore capiche de deuil et qui était porté par tous les bergers du Berry jusqu’au début du XXe siècle.

 

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L comme lavandières de la nuit.- Autour des fontaines et des mares à l'écart des villages , les lavandière de la nuit battent le linge. Le folkloriste Berrichon Jean-Louis Boncœur  a ainsi commenté ce phénomène: " Au moment où la lavandière retire de l’eau ce que je ne sais quoi, cela semble prendre quelque apparence humaine et l’on jurerait que cela pleure et vagit sous les coups furieux du battoir ou l’énergique torsion des laveuses... On pense généralement que ce sont des âmes d’enfants trépassés."

Les lavandières de la nuit ont des variantes dans de nombreux fonds légendaires en France. Ainsi en Limousin, il s’agit des âmes errantes des villages qui reviennent une fois l’an dans la mare la plus proche de leur lieu de vie pour s’y laver. Et cela se passe la nuit de Noël. J'ai connu dans mon village du sud du Périgord la même croyance. On était certain que la nuit de noël, pêndant les douze coups de minuit, on entendait au bord d'une mare, dans un vallon isolé, les battoirs frapper le linge.

 

 

L comme Loup-Garou ou Lébérou ou Galoup.- Il s’agit d’une malédiction qui frappe le sorcier et que l’on retrouve avec des variantes dans tout le fond légendaire français. Le loup-garou, la journée, est un homme normal, la nuit il est métamorphosé poussé par "sa malédictionb". La figure du loup-garou ou lébérrou que l’on appelle aussi Le Brou ou la Galipote, mais aussi le loup-brou en pays de Valençay, les bieudes en Pays Fort, les mauloups en Champagne berrichonne, le lébérou ou loubérou en Périgord,  est assez commune a de très nombreux contes populaires partout en France. Quand tombe la nuit, le sorcier se transforme en loup, il se revêt d’une peau de l’animal et sous cette apparence il doit courir la campagne tant que dure la nuit. Mais il existe des variantes où le lébétrou se vêt d'une peau de mouton ou de chèvre.

Il a la réputation de jetter des mauvais sorts. Il doit courir ainsi la nuit et faire le tour de sept clochers (sept paroisses), avant de pouvoir rentrer chez lui et retrouver sa forme normale d'homme. On croit toujours que si le sorcier ainsi observé la nuit est tué, il reprend alors sa forme humaine initiale. « Vers 1900, écrit Marcelle Bouteiller, des enfants habitant aux environs de Saint- Août,  remarquaient qu’ils étaient suivis chaque matin, sur la route de l’école par une drôle de bête. Ils n’osaient pas trop se retourner. Leur père voulant tirer la chose au clair, se posta derrière un buisson et avec un fusil chargé de sel tira l’animal. Il le blessa dit-il « à la fesse » ; or le lendemain, un sorcier du village boitait très bas et se tenait la fesse en marchant. » J'ai ainsi noté les dires d'un de mes grands témoins, dans le Périgord méridional. Thomas R. était né en 1893. Il racontait ainsi en 1974: " C'était à Calès, sur le tertre, dans les picadis. Il y avait une famille d'un faure (forgeron). Ce faure et ses gouyats ils avaient une bonne réputation pour leur travail. Mais on les disait lébérous la nuit. A ce qu'on disait... Lébérous la nuit ! J'avais un copain à Calès, un petit d'une métayrie des vallons le long du chemin qui mène vers Cadouin. C'était le petit Elie. Il m'avait dit que la nuit le faure et son goyat, ils enfilaient une peau de loup, ils prenaient une canne de maquignon, et ils couraient la campagne. On disait que pour les  chasser il fallait les égratigner et les faire saigner. Alors ils rentraient chez eux et ils perdaient la peau de loup."

 

 

M comme meneur de Loups.- Celui qu'on appelle dans les vieux terroirs du centre de la France " l'meneux d'loups" est typique de la tradition orale du Berry et de la Sologne. George Sand dans son roman Les Maîtres Sonneurs a ainsi décrit cet étrange bonhomme: " Dans le centre de la France les sonneurs cornemuseux passent pour savoir endormir  les plus mauvaises bêtes et mener, à nuitée, des bandes de loups par des chemins comme d'autres mèneraient des ouailles aux champs." L'écrivain Gaston Vuillier publie un article dans Tour du monde, magazine illustré de la fin du XIXè siècle, intitulé Chez les magiciens et sorciers de la Corrèze sa rencontre, en 1899 avec un meneur de loup de Corrèze. Dans Les Légendes Rustiques, George Sand décrit le Grand Julien, qui habite Saint-Août (Indre), cornemuseux, il marchait dans le pays des brandes et dans les landes de la Champagne Berrichonne, suivi par trois cents loups ! Sand l'appelle  "l'serreux de loups".  Il a pu exister des montreurs de loups comme on a connu encore au début du XXè siècle les montreurs d'ours; ce sont les Auvergnats qui étaient réputés pour prendre très jeune des louveteaux et les dresser pour en faire des fauves apprivoisés propres à être exhibés dans les tournées des montreurs de loups.

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O comme ours de Jean de l'Ours.- Voici un personnage très commun aux contes et légendes du Sud-Ouest, on le rencontre en Périgord, en Gascogne, en Béarn et dans la tradition des Pyrénées. Jean de l'ours est l'enfant d'un ours et d'une femme d'homme. Selon les variantes , l'enfant qui nait a la force d'un ours, la corpulance d'un homme, les poils du fauve et doit oublier sa sauvagerie naturelle pour vivre parmi les hommes. Mais comme l'histoire est ici aux franges de la belle légende, Jean de l'Ours épouse la plus belle de princesses de la contrée. Tout finit bien qui finit bien... On retrouve Jean de l'Ours en Auvergne où il fut apprentis chez son oncle le forgeron. Là, il se forgea une canne métallique de dix quintaux, et fort de cet outil, il décida de voyager. 

 

 

T comme Torne ou revenant.- Torne est le mot du français régional du Périgord pour désigner les revenants (de l'occitan torno). C'est une silhouette qui hante les villages la nuit. Elle est souvent représentée cachée sous un drap blanc. Le revenant est associé aux âmes errantes des villageois morts.

 

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V comme Vouivre ou la Vavre, ou la Vauvre.-  Rivière qui coule au pied de la Creuse, est elle aussi, un roman écrit par Marcel Aymé. Elle tire son nom d’un serpent fabuleux qui hantait la Brenne, de vipéra ou vipère. Elle dispose de pouvoirs magiques et se transforme en femme traquée et tragique dans un film signé Georges Wilson avec son fils Lambert (présent aux Lizstomanias à Châteauroux), et Jean Carmet notamment. Il fut tourné dans la Vallée de la Creuse, à Ceaulmont, et en Brenne. Cette légende prit ses racines en Franche-Comté, sous la plume de Désiré Monnier en 1818, avant de s’expatrier. Marcel Aymé fait de la Vouivre une femme-serpent qui vit dans les étangs. Elle porte cependant toujours au front une escarboucle (un rubis) qu’elle dépose sur la rive quand elle va se baigner. Celui qui pourrait alors s’emparer du joyau serait à jamais riche et heureux. Mais si, toutefois, la Vouivre s’en aperçoit, sa vengeance est terrible.

 

 

 

 

 

 

 

Bazeri et Rampono

 

B comme Bazeri le coquin ! Voici une étrange figure du bestiaire périgourdin. Que l'on retrouve dans l'expression « Coquin comme baseric ». Il s'agit du personnage qui en occitan s'appelle Bazeri.

Le bazeri est un être de la nuit qui  tient du coq, du batracien, de la chauve-souris. C'est la réincarnation de Basilic, ce personnage de la mythologie antique qui avait le regard du tueur. D'un seul coup d'oeil il avait le pouvoir de réduire celui qu'il regardait en cendre. Ce bazeri occitan est aussi une variante d'un autre personnage légendaires, le cocatrix. Ces êtres naissent dans des œufs pondus par des coqs accouplés avec d’autres coqs. L’œuf est couvé pendant quarante jours par un crapaud qui est dévoré par le petit monstre dès que l’œuf éclot. Le cocatrix voue une haine si farouche à tout ce qui vit que son regard transforme les vivants en pierre. Seul un intrépide aventurier muni d’un miroir peut faire dévier son regard fatal et terrasser la bête.

L'animal étrange est évidemment très présent dans notre mythologie locale . Il n'est que de se souvenir de la grande couleuvre qu'en certains lieux on appelle un cingle et qui renvoie au paysage spécifiques des méandres de la Dordogne ou de la Vézère que l'on nomme par allusion au grand serpent les cingles. Mais ce grand serpent c'est aussi le Coulobre, (de l'occitan languedocien Couloubrau) mi-serpent mi-salamandre, animal géant, monstrueux, qui logeait dans une grotte à Saint-Front de Colubri, dans une falaise face au bourg de Lalinde d'où il prélevait son tribu de mariniers et de pêcheurs dans la rivière.

Coquin comme bazeri renvoie à un enfant facétieux, un enfant turbulents ou jadis aux groupes de jeunesse qui notamment à l'occasion de la fête des conscrits organisaient des farces collectives.

R comme Ramponneau ou Rampono.- C’est le personnage imaginaire qui vient hanter les nuits des enfants. Il apparaît dans les contes et légendes du Périgord, mais aussi des Charentes, du Quercy  et du Béarn,  comme celui qui vient réprimander les enfants turbulents.  Ce n'est pas un personnage très sympathique, c'est la raison pour laquelle les parents menaçaient les enfants dissipés d'appeler Ramponneau. Le mot renvoie au gascon rampoino et à l'occitan limousin rampougno qui désigne la querelle, le différend. Chercher rampono c'est chercher des noizes. Et on trouve le verbe rampouna qui veut dire gronder. Ce n'est donc pas par hasard qu'on menaçait l'enfant dissipé de faire appel à la figure légendaire du grondeur pour le remettre dans le droit chemin. Dans sa traduction, le personnage de Rampono est souvent renvoyé à celui de Croque-Mitaine dont il serait la variante occitane. Dans ses Contes Populaires de Gascogne Jean-François Bladé signalé l'évocation de Rampono dans l'Agenais et dans le Bazadais. La tradition orale a très tôt mis en scène le bon personnage de légende qui venait récompenser les enfants comme Saint-Nicolas, ou le Bonhomme Noël. Et il avait un versant noir, celui du personnage qui venait punir comme le père fouettard ou chez nous Ramponneau.

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jake 02/02/2017 17:51

je cherche des infos sur un personnage du haut-limousin (basse-marche), on l'appelle la (mère) Gourgou, tout ce que j'ai trouvé c'est ça:
La mère Gourgou
Quel limousin, étant enfant, alors qu'il s'approchait de la margelle d'un puits, ne s'est pas entendu apostrophé de la façon suivante ?
« Ne t'approche pas du puits, malheureux ! La mère Gourgou qui vit au fond t'attraperait et te mangerait ! »
Il s'agissait de faire peur aux enfants pour les éloigner de ces lieux dangereux, car les puits n'étaient pas fermés
et: " ne t’approche pas du lavoir, petit, sinon la Gourgou qui vit au fond de l’eau te prendra par le pied et t’entraînera sous la vase. " Effectivement, lorsqu’on lavait les draps, la tête de la Gourgou faisait une bosse sous le tissu. Je la voyais et passais à distance respectueuse du lavoir.
à part ces 2 passages je ne trouve absolument rien sur la Gourgou, elle ne figure pas non plus dans votre a à z du fantastique, est-ce que ça se rapproche d'une lavandière? j'aurai voulu en savoir plus

Bernard Stéphan 10/02/2017 09:46

Bonjour,
Merci pour cette contribution. C'set la première fois que je découvre la mère Gourgou. Mais je vais chercher et activer quelques contacts dans le Limousin.
Merci