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Periberry

Ethnologie, Berry, Périgord, Auvergne, Bergerac, Dordogne, Loire, tradition orale, mémoire paysanne, recherche sur le paysage, randonnées pédestres en Auvergne et Pyrénées, contes et légendes, Histoire.

La félibrée du Périgord: après Saint-Astier ce sera Saint-Cyprien

Quelques vues des décors de la félibrée de Saint-Astier (Ph. P.-L; Puygrenier)
Quelques vues des décors de la félibrée de Saint-Astier (Ph. P.-L; Puygrenier)
Quelques vues des décors de la félibrée de Saint-Astier (Ph. P.-L; Puygrenier)
Quelques vues des décors de la félibrée de Saint-Astier (Ph. P.-L; Puygrenier)
Quelques vues des décors de la félibrée de Saint-Astier (Ph. P.-L; Puygrenier)

Quelques vues des décors de la félibrée de Saint-Astier (Ph. P.-L; Puygrenier)

Les premières fleurs de Saint-Astier
Les premières fleurs de Saint-Astier
Les premières fleurs de Saint-Astier
Les premières fleurs de Saint-Astier
Les premières fleurs de Saint-Astier

Les premières fleurs de Saint-Astier

 et d'autres photos du village de La Douze tel qu'il était paré pour accueillir la félibrée 2015 (Ph. B.S.) et d'autres photos du village de La Douze tel qu'il était paré pour accueillir la félibrée 2015 (Ph. B.S.) et d'autres photos du village de La Douze tel qu'il était paré pour accueillir la félibrée 2015 (Ph. B.S.)
 et d'autres photos du village de La Douze tel qu'il était paré pour accueillir la félibrée 2015 (Ph. B.S.) et d'autres photos du village de La Douze tel qu'il était paré pour accueillir la félibrée 2015 (Ph. B.S.) et d'autres photos du village de La Douze tel qu'il était paré pour accueillir la félibrée 2015 (Ph. B.S.)
 et d'autres photos du village de La Douze tel qu'il était paré pour accueillir la félibrée 2015 (Ph. B.S.) et d'autres photos du village de La Douze tel qu'il était paré pour accueillir la félibrée 2015 (Ph. B.S.)
 et d'autres photos du village de La Douze tel qu'il était paré pour accueillir la félibrée 2015 (Ph. B.S.) et d'autres photos du village de La Douze tel qu'il était paré pour accueillir la félibrée 2015 (Ph. B.S.)

et d'autres photos du village de La Douze tel qu'il était paré pour accueillir la félibrée 2015 (Ph. B.S.)

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© Photo B.S.

La Félibrée de Saint-Astier passe le relais à Saint-Cyprien.-  (Remis à jour en juillet 2017)- La félibrée 2017 s'est déroulée dans le magnifique bourg de Saint-Astier en vallée de l'Isle.

 Ces années passées, la félibrée 2016 s'était déroulée à l'extrême ouest du Périgord, à Saint-Aulaye. En 2015 c'était à la Douze, beau village du Périgord central, aux limites du Périgord blanc et du Périgord noir. C'était une félibrée de village avec convivialité et enracinement.

La félibrée 2014 était à Verteillac.En 2013 elle était à Bergerac. Il s'agit de la traditionnelle grande fête occitane de la maintenance du Périgord. Elle était à Piégut-Pluviers en 2012 où elle avait déjà été accueillie en 1935 et 1962. Chaque année le premier dimanche de juillet, la félibrée (lo felibrejada) pose ses valises, micros et scènes et déroule ses guirlandes de fleurs dans un chef-lieu de canton du Périgord. On renvoie nos lecteurs curieux aux sites du félibrige ou du Bournat du Périgord, ainsi est appelée la maintenance occitane en Dordogne (*). De retour à Bergerac, dans la vieille ville, la félibrée y était venue cinq fois au XXè siècle (en 1906, 1926, 1948, 1961, 1993). La félibrée de Bergerac 2013 a retenu un thème, l'hommage à la rivière Dordogne. Bien sûr les quais, le port et le vieux pont, ont été les sites clés de ce rendez-vous Bergeracois.

Félibrée de Verteillac

En 2014 la 95è félibrée est allée dans le nord-ouest du Périgord à Verteillac, entre Double et Nontronais(Photo des glycines sur la ville). Il y avait 44 ans que ce chef-lieu de canton n'avait pas été l'hôte de la fête du Périgord. Et cette félibrée est arrivée à une date anniversaire exceptionnelle, c'était en effet  en 2014 le centenaire de la mort de Frédéric Mistral, fondateur du félibrige. Et d'ailleurs les organisateurs ont été très attentifs à cet hommage puisque l'affiche de la félibrée est illustrée d'un portrait de Mistral. Le samedi 28 juin une place a été baptisée Frédéric-Mistral à Verteillac.

En 2016 la félibrée est venue aux portes de la Double, à Saint-Aulaye. Elle a déjà été accueillie dans cette cité en 1956 et en 1996. Cette année elle impliquait seize communes dont trois communes voisines des pays d'oïl voisins: Aubeterre, Bonnes et Les Essards.

En cette année 2017 elle est venue à Saint-Astier, en vallée de l'Isle. Il y a très longtemps que les félibres n'ont pas ainsi honoré ce gros bourg de la vallée, la dernières fois que les félibres ont poussé les portes de la cité, c'était en 1939.

Et en 2018 la félibrée retrouvera la vallée de la Dordogne puisqu'elle sera organisée à Saint-Cyprien.

(*) Lire par ailleurs le n°6 (mai 2013) du magazine L'avenir du passé, publié à Bergerac par les éditions du Grand Salvette pour le compte de l'association des Amis de la Dordogne et du Vieux Bergerac (ADVB), en vente dans les librairies et maisons de la presse et kiosques de presse de Bergerac. Ce n° est consacré à la félibrée du Périgord. 

 

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© Photos BS

Mon premier souvenir félibréen me renvoie à l’école primaire de Pontours sur la rive de la Dordogne, au début des années 1960. On annonçait la félibrée de Bergerac de 1961 à laquelle devaient participer tous les cantons de l’arrondissement. C’est ainsi que dans notre coin, marqué par la légende du Coulobre (monstre aquatique qui nichait dans une caverne creusée dans la falaise de Lalinde à Saint-Front-de-Coloubry et prenait son tribu de bâteliers sur la rivière, il n'était pas sans rappeler la Tarasque légendaire du Rhône) il fut décidé de construire un char, surmonté de la maquette supposée grandeur nature d’un reptile en carton pâte aussi énorme que disgracieux. J’en ai gardé la vision terrifiante d’une bestiole verdâtre ouvrant une immense gueule d’où sortait une langue rouge probablement fourchue dans ma mémoire.

 
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©Photos BS

Le second souvenir félibréen renvoie au printemps 1968. Quand la France s’agitait, nous préparions la félibrée de Lalinde ! Notre petit bourg de Pontours devait reconstituer sur une placette de la bastide l’intérieur d’une cuisine paysanne d’une petite borie. Avec la cheminée et ses landiers, son cantou et son archabanc, sa grande table en bois, sa salière accrochée au mur, son vaisselier et sa maie pour y ranger le cantel de pain. Selon un usage qui perdure, chaque village devait livrer une quantité astronomique de fleurs en papier pour tresser un toit de guirlandes au-dessus d’une rue qui nous était affectée. Et nous avions une fleur attitrée qui devait être la glycine (si ma mémoire ne me trahit pas). Deux soirs par semaine de l’hiver et du printemps, une partie de la population se retrouvait dans la petite salle de la minuscule mairie du village. Pour, sur la table du conseil municipal, confectionner les fleurs, partager un plat de merveilles, boire un verre de Monbazillac pour les adultes et une grenadine ou un verre d'orangeade pour les enfants. Une veillée à l’ancienne dans une époque où peu à peu mourrait le rituel des veillées… Pendant ce temps-là, ailleurs, Mai 68 battait le pavé et la révolution disait-on se préparait... Et pour parachever le décor, fut dressée sur la falaise de Saint-Front-de-Colubry, au-dessus de Lalinde, une maquette grandeur nature (supposée) du fameux Coulobre.

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©Photos BS

 Depuis, j’ai vu d’autres félibrées et notamment celles de la longue période du Majoral Jean Monestier, un vieil ami hélas parti, qui fut un grand homme de culture, de convictions et un savant lettré et président du Bournat du Périgord. Je me souviens bien de ses discours à l’heure de la taulado quand il interpellait avec de bons mots les notables endimanchés comme un jour de foire pour leur dire sa revendication pour donner un avenir à <la langua nostra>, ou lorsqu’il martelait son assiette à soupe, réclamant l’accès de la culture d’oc à la télévision. Et d'ailleurs la dernière félibrée de Belvès, a rendu un hommage appuyé et particulier à la mémoire du Majoral Jean Monestier.


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©Photos BS

La réalité de la félibrée a toujours était prise entre deux contradictions ; la vitrine de la maintenance et l’expression des revendications. Sans oublier une modernité de la vie ici trop souvent oubliée. Rien n’a vraiment changé avec un ordonnancement qui conserve le rituel fixé par les premiers bournatiers. A Piégut-Pluviers  on a encore défilé, la reine et le majoral ouvrant le <passa-carriera>, ils ont reçu les clés de la ville à la porte reconstituée et  sont allés d’étape en étape avec la messe en langue d’oc, l’hommage à l'écrivain local, la taulado et la cour d’amour.  Et à Piégut un hommage particulier a été donné à une la femme.

On va constituer de très beaux albums, beaucoup de films numériques et on se souviendra. Chaque année on retourne le film. Mais finalement où est la culture d’oc qui se réveille ? Où est la vitrine des gens d’ici qui créent, qui vivent, qui s’installent, qui projettent sur  l’avenir ? Les habitants de Piégut, ce nord du Périgord à la lisière du Limousin, parcequ’ils y ont travaillé depuis un an, ont vécu le résultat collectivement. Je lis qu'à Verteillac il y a eu un extraordinaire élan de bénévolat te de solidarité.  A cet égard la félibrée est un formidable acte du vivre ensemble et une belle manière de reconstituer les solidarités de voisinage. Mais son message reste pensé comme un conservatoire. Quel est par exemple l'efficacité de la félibrée au service de la langue ? Il y a bien les <parladis> de circonstance, mais quel usage en font les représentants des pouvoirs publics présents ? A Belvès, dans la forêt de la Bessède et sur ces plateaux du sud Dordogne, dans les villages des coteaux de la vallée de la Couze, l’usage de la langue d’Oc avait été plus fortement conservé qu’ailleurs. C’est un usage paysan  certes, mais un usage du quotidien. Dans le sud de la Dordogne, sur le plateau de la Bessède et dans les villages forestiers, la langue est encore vivante, en tous les cas plus qu’ailleurs. Elle n’est pas une langue annecdotique à l’heure du chabrol ou de la goutte en fin de repas. Elle s'inscrit en outre dans un territoire fortement identifié qui est celui de la vallée de la Couze, de la forêt de la Bessède, de ses clairières et de ses tertres.                            

Mais la félibrée a au moins un mérite, relier les gens d'ici et faire la démonstration d'un enracinement qui chaque année exprime son ressourcement. En revanche lorsqu'on a une félibrée urbaine, à l'instar de Bergerac en 2013, on a assisté à une récupération essentiellement commerciale tournant le dos aux usages, traditions, et ne regardant pas plus l'avenir de la culture d'Oc en Périgord.

Dans le nord du Périgord, le terroir à conservé une forte identité mêlée entre Périgord vert et Limousin. On y retrouve l'enracinement dans le pays de la châtaigneraie qui a profondément marqué le nord du département de la Dordogne. Société agro-forestière qui a induit des comportements alimentaires, des métiers de la forêt et des usages agraires. La félibrée n'oubliant pas la mémoire, celle de Piégut-Pluviers en 2012 s'est souvenue d'une révolte des croquants, le soulèvement d'Abjat-sur-Bandiat en 1640 (*); révolte de paysans pauvres contre la réquisition des bêtes de traits et du fourrage. L'érudit local Alain Pauthier, a travaillé sur cet épisode de l'histoire du Périgord vert, il est le co-auteur d'un ouvrage sur le soulèvement  d'Abjat.

A Bergerac on a eu un regard davantage urbain. N'oublions pas que c'était une félibrée de ville qui est moins tournée vers la restitution des vieux métiers paysans que les félibrées de gros villages. Bergerac a donc tenté de célébrerla tradition de la rivière Dordogne et celle des métiers de la vigne. La rivière et le vin ont façonné un vocabulaire qui a enrichi la langue d'oc parlée ici et le français régional qui s'est forgé à partir de cette langue et de ses influences. Il y a une troisième tradition qui a fait émerger un vocabulaire spécifique, c'est la culture du tabac. Bergerac étant un peu le centre ou une forme de capitale de cette culture avec le centre de recherche et aujourd'hui le musée du tabac. Trois familles de mots qui sont autant de repères documentaires dans la langue, ils renvoient à ces usages, ces métiers, ces sociétés paysannes d'une part ou des gens de rivière d'autre part.

A Verteillac on a évoqué Frédéric Mistral, anniversaire oblige, c'était le centenaire de la mort du fondateur du Félibrige. Mais on a mis également l'accent sur les métiers et les usages agraires comme la moisson.

Celle de La Douze, félibrée de village a mis l'accent sur les vieux métiers et sur la défense de la langue occitane.

Celle de Saint-Aulaye a regardé les traditions de la Double du Périgord et du Landais. On y a évoqué les souvenirs du roman emblématique d'Eugène Le Roy, L'Ennemi de la Mort, dont l'action se passe dans la Double. Et on y a honnoré deux écrivains. D'abord l'écrivain paysanne Geneviève Callerot et ensuite le maître des troubadours, premier poète de l'Angoumois, Rigaut de Barbezieux. Ce fut l'occasion égalemnt de cultiver les gestes anciens des métiers de la forêt doubleaude et des métiers liés aux étangs. C'est ainsi qu'on a pu suivre le travail des charbonniers, métier par excellence des bois pour produire le charbon de bois traditionnel.

A Saint-Astier on a non seulement évoquer la mémoire de la vallée de l'Isle, mais aussi celle de la soule, un jeu viril, ancêtre du rugby.Quand aux deux thèmes généraux, ils renvoyaient à la chaux blanche, une richesse de la géologie locale et à l'eau, avec la rivière Isle qui a profondément marqué le bourg et son activité. On a honoré la mémoire d'un écrivain local,Paul Dumaine, auteur de viorles, ces textes poétiques qu'on a plaisir à lire à haute voix. 

 

(*) La rebellion du village d'Abjat en 1640 s'inscrit historiquement dans ce qu'on a qualifié de "Révoltes des croquants". Il s'agissait d'une contestation assez traditionnelle de l'impôt et des taxes qui frappaient la paysannerie  Ultérieurement la justice fit peser sur Abjat une sentence collective qui devait être exemplaire et frapper collectivement le groupe d'habitants.  C'est le 8 mai 1641 que la communauté d'Abjat fut ainsi frappée. La sentence qui porte notamment sur la destruction des cloches et  la destruction de tous les signes locaux d'un pouvoir autonome se veut une affirmation de la raison d'Etat. 

 

 

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©Photos BS

La félibrée, rite d'inversion identitaire
J'ai retrouvé une analyse de la félibrée signé de l'antropologue Christian Coulon, spécialiste en sciences sociales. Pour lui la félibrée est "un rite d'inversion identitaire". Il montre combien, une journée durant, le bourg ou la ville d'accueil donne les clés aux mainteneurs et par conséquent à la mémoire, aux racines, à l'identité. Clés symboliques certes, mais clés réelles durant toute la fameuse journée. "La félibrée est en effet, d'abord, une tentative pour reconstituer le Périgord en tant que communauté idéale et fondamentale", écrit Coulon. Et il relie ce déroulé de la journée festive très ritualisée à des usages que l'on retrouve dans les sociétés traditionnelles. Ainsi poursuit Christian Coulon "avec la felibrejada, la culture occitane, et ses représentants patentés, les félibres, prennent le pouvoir le temps d'une fête. Comme dans de nombreux rituels africains de renouvellement de l'ordre, le <roi est captif>; la culture occitane sort de sa clandestinité sociale pour s'imposer dans l'espace public." Dévidant le rituel immuable de la journée, l'auteur montre que le discours du majoral à la taulada est une sorte de "message sur l'état de la nation".
Dans sa recherche, Coulon considère que ce jour-là le pays renouvelle symboliquement son contrat aux notables. "L'évocation des ancêtres et de la tradition est à la fois un acte d'expiation et un ressourcement". Et à cet égard la félibrée n'est pas une fête pour les touristes, elle est une fête pour être ensemble entièrement tournée vers les gens d'ici. Si les touristes s'y raccrochent c'est pas accident, ils sont happés, mais on ne leur donne pas forcément les codes.
Autre élément majeur de ce rendez-vous, c'est l'unité. Il se traduit par ce rassemblement qui réunit la communauté et que l'on retrouve dans l'espace organisateur toute l'année qui précède le rendez-vous. "Cette unité, ajoute  Christian Coulon et cette harmonie procèdent donc de la nature même du rite qui repose sur l'évocation de l'origine, des ancêtres, de traits culturels fondamentaux, en somme de ce qui constitue et légitime le groupe et la collectivité."
En revanche la félibrée n'enclanche pas d'actions débouchant sur des transformations sociales. Parcequ'elle est d'abord un ressourcement et un acte unitaire qui respecte les structures. C'est bien pourquoi la revendication se limite en général au discours sur l'état de la nation périgourdine. "Ainsi, à défaut d'être un tribunal, la félibrée est une tribune dont se servent volontiers les gardiens de la tradition pour revendiquer telle ou telle mesure concrète en faveur de la culture occitane (...)"

 

 

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© Photo B.S.

 

 

 

2011 Belves

 © Photo B.S.

 

 

La défense de la langue d'oc

La félibrée est aussi un temps de défense et d'illustration de la langue d'oc. Y sont ainsi organisés des temps d'expression dans la langue qui dans le département de la Dordogne se rattache à trois des dialectes d'oc selon la situation géographique du territoire. En effet, trois dialectes d'oc partagent leur influence sur le Périgord. Au sud le languedocien, dans une grande partie centrale et septentrionale le limousin et à l'extrême sud-ouest le gascon. Les deux grands ensembles, languedocien et limousin correspondent à deux grands espaces dialectaux avec l'ensemble nord-occitan d'une part et l'ensemble sud-occitan d'autre part. Dans Dordogne-Périgord (Encyclopédie Bonneton) les auteurs Bernard Lesfargues et Jean Roux donnent l'explication suivante:  la ligne qui partage le territoire occitan en traversant d'est en ouest le Périgord s'appuie sur un critère linguistique précis: " la palatisation de ca et ga latins en cha et ja: vacha (vache), jauta (joue)... qui caractérise l'ensemble du nord-occitan (limousin, auvergnat, alpin), alors que les dialectes sud-occitans (languedocien, provençal, gascon) conservent ca et ga: vaca, gauta." Selon les deux auteurs, la ligne de partage linguistique traverse le Périgord selon une ligne probable allant de Villefranche-de-Lonchat à Villamblard, Montagnac, Vergt, Roufignac, Les Eyzies, Montignac, Nadaillac, Salignac-Eyvigues. Evidemment le bourg de Piégut-Pluviers qui accueillait la félibrée en 2012 et le bourg de Verteillac qui l'accueille en 2014 appartiennent à l'ensemble nord-occitan. Les formes du gascon sont à peine esquissées dans l'enclave de Sainte-Foy-La-Grande, vers Villefranche-de-Lonpchat et sur la bordure ouest du canton d'Eymet.

Les temps d'expression occitane formalisés dans le programme officiel de la félibrée sont un certain nombre de discours (les brindes) dont les discours de la taulada et la messe en occitan dont l'homélie du prêtre qui officie. Et l'an passé à Bergerac on a rajouté un office protestant au temple. Mais d'autres moments sont à discrétion dont des temps du spectacle de la cour d'amour, des spectacles hors programme officiel et des initiatives souvent multiples, ainsi l'hommage à l'occitanophone Félicie Brouillet à Piégut en 2012. Bien entendu la participation à la félibrée engage tous ceux qui ont quelques rudiments de la langue, et tous les occitanophones à en faire le meilleur usage. A Bergerac une action de sensibilisation à un projet de calendrète a profité de ce moment de rencontre. A Verteillac toute la famille d'Oc a célébré la langue d'Oc et la figure emblématique de Frédéric Mistral.

 

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 © Photo B.S.

 

 

Le discours du majoral, une tradition de culture et de revendication

Il n'est pas inutile de se souvenir que la Félibrée a été initiée comme un temps à la fois de fête et de revendication d'une identité culturelle, de défense d'une culture, d'une langue, également temps de revendication face aux pouvoirs publics qui sont invités et toujours présents à ce rendez-vous. C'est la raison pour laquelle le discours du majoral, ou du président du Bournat, est en général attentivement écouté et décripté. Coulon (lire-cidessus par ailleurs) le qualifie de "discours de l'état du Périgord".

De très nombreux discours depuis trente ans ont mis en avant la revendication pour l'occitan à la télévision, pour l'enseignement de la langue d'oc à l'école, et pour la prise en compte de la langue à l'université. En 1984, alors que se préparait la félibrée d'Eymet, j'avais interrogé le majoral Jean Monestier sur ses intentions pour son discours prochain. Je rédigeais alors un dossier sur la félibrée pour le journal dans lequel je travaillais. Avant l'interview, le majoral Monestier m'avait écrit une lettre, elle est datée du 29 mai 1984, je l'ai conservée dans mes archives. Et voici comment il exprimait sa démarche, un mois avant la félibrée, et dans quel état d'esprit il était avant de formaliser le message de ce rendez-vous.

" Il faut songer au discours de la félibrée, exercice délicat où la mesure ne doit éteindre l'esprit... pas plus que celui-ci ne peut se laisser aller à tout va. Je pense développer une philosophie de la tradition et des racines situant l'homme. Vous le savez le souci de l'humain est primordial chez moi, car de lui tout procède. Mon texte sera donc avant tout un hommage au peuple: <Les obscurs, les sans grades...> , car ce sont eux qui nous font et qui gardent le trésor, la langue et l'esprit. Le Bournat vit uniquement de leur fidélité... Les élites ont gardé pour elles le pouvoir et l'argent: c'est la terre qui nous a soutenus et le peuple qui est tout en bas, sur elle. (Car il ne pouvait, nous ne pouvions descendre plus bas). L'ethnologue Julio Caro Baroja, comme l'historien R.P. Habit Ayrout, parlant de l'Euzkadi ou de l'Egypte, font la même réflexion. La force vive de l'espoir est en bas, parmi ceux qui situent leur position en dehors des trahisons. Il n'est pas certain que celà plaise à tout le monde, le temps des compliments, ou des mondanités, est bien fini, il faut délimiter le champ d'action. Alors comme le chante Baudou <sus la talvera cantarem la libertat>. (...) Il faut pour vivre l'avenir, de l'imagination... et de la mémoire. Ce ne sera pas facile, mais avec du courage et de la volonté, peut-être y arriverons-nous. Tout change, c'est vrai, mais aussi tout se renouvelle. <Lo rassinhàl tornara al printemps> chante Clédat dans <La Vezera>. C'est notre certitude. (...)"

Et est venu le jour du discours. Jouant alors de la parabole, comme il savait si bien en user, Jean Monestier s'attacha à évoquer la condition du paysan d'Egypte. Mais personne n'aura été dupe et chacun aura vu là une transposition vers les humbles des terres occitanes. Voici donc le paragraphe du discours qui fut effectivement prononcé: "Mais ne peut-on parler ici de trahison des clercs ? L'élite s'est détournée de la masse; elle a gardé pour elle, pour la politique, pour la littérature... son intelligence, sa civilisation, sa culture et son argent. Elle a manqué de dévouement, d'autres diraient de patrriotisme. De loin, sans doute, et par intermitence, elle a exalté avec émotion les qualités terriennes du fellah, mais elle n'a rien fait pour lui de notable. Et le fellah, comme un enfant abandonné qui grandit sans penser et sans savoir, est resté par terre. La terre l'a empêché de descendre plus bas, elle l'a soutenu."link

 

 

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Le félibrige, l'oeuvre de Frédéric Mistral 

(Selon l'ouvrage L'Anthologie du félibrige, d'Armand Praviel et J.-R. de Brousse, édition Nouvelle librairie nationale, 1909)

Inspirés par mille circonstances, soutenus par un mouvement à peu près unanime, sept amis réunis dans le petit château de  Font-Ségugne, près d'Avignon, se promirent de ramener à l'honneur la langue de leurs aïeux. C'était le 21 mai 1854. Il y avait là Frédéric Mistral, Roumanille, Aubanel, Anselme Mathieu, Alphonse Tavan, Paul Giéra et Jean Brunet. Il fallait un nom à ces poètes fervents; et comme Mistral entendit un jour une vieille femme fredonner le cantique de saint Anselme où reviennent “ les sept Félibres de la loi," c'est-à-dire les sept Sages, les sept Docteurs, il aima choisir ce mot mystérieux venu du fond de l'âme populaire. Et voilà le Félibrige fondé.

Pendant de longues années, il n'est pas sorti de la Provence. Ses statuts disaient en 1862: "Le Félibrige a pour but de conserver longtemps à la Provence sa langue, son caractère, sa liberté d'allure, son honneur national et sa hauteur d'intelligence, car, telle qu'elle est, la Provence nous Plaît." 

Il est vrai qu'ils ajoutaient aussitôt avec un peu de naïveté: "Par Provence, nous entendons le Midi de la France tout entier."

Il ne faut pas s'étonner, certes, que le Félibrige soit né au bord du Rhône et y ait produit la plus magnifique floraison; cette région, indépendante jusqu'au XVIème siècle, beaucoup moins maltraitée par la guerre, devait retrouver plus vite ses traditions. Mais son ambition aurait été exagérée de vouloir imposer son nom et sa langue à tout le Midi de la France. On le vit bientôt.

Des relations se nouèrent avec l'Italie, la Roumanie, la Catalogne, d'où vint la fameuse coupe d'argent qui sert aux grands banquets officiels du Félibrige. Le mouvement gagnait le Languedoc et l'Aquitaine, propageant partout l'idée primordiale de Mistral, qu'il fallait réagir contre les patoisants, épurer la langue, lui rendre sa beauté littéraire, comme il l'avait fait lui-même dans ses oeuvres immortelles.

En 1876, l'oeuvre s'était tellement étendue que l'on voulut en régler l'organisation définitive par des statuts détaillés.

Le Félibrige fut divisé en quatre Maintenances représentant chacune un grand dialecte: Provence, Languedoc, Aquitaine, Limousin. Ces maintenances se subdivisèrent en un grand nombre de groupements particuliers, locaux, appelés Ecoles, comprenant au moins sept félibres de la même localité et dirigées chacune par un capiscol, un sous-capiscol et un secrétaire. (Ainsi l'école du Périgord appelé Bournat.)

Au sommet de la hiérarchie, on créa le Consistoire félibréen, formé de cinquante félibres majoraux, se cooptant entre eux et ayant chacun (comme insigne) une cigale d'or baptisée du nom du premier possesseur. Enfin on donna à ce Consistoire un bureau, renouvelable tous les trois ans, qui comprenait deux chanceliers, des assesseurs et un capoulié.

Ce capoulié est le grand-maître du Félibrige. Décoré de l'Etoile à sept pointes, par analogie avec sainte Estelle, patronne des réunions de Font-Ségugne, il préside le Consistoire, porte la coupe aux assemblées solennelles, parle et agit au nom du Félibrige. A côté de lui, il y a une Reine, choisie tous les sept ans par le poète-lauréat des grands Jeux Floraux septennaux: elle n'exerce qu'une royauté toute poétique.

Tels ont été, dans leurs grandes lignes, les cadres dans lesquels l'oeuvre provençale n'a cessé de se développer depuis 1876. A la fin du XIXe siècle, elle s'était étendue jusqu'à l'Océan, ressuscitant la langue d'oc partout où elle avait été parlée jadis. Ainsi, la fête de sainte Estelle, en ces dernières années, a été célébrée à Pau, à Périgueux, comme à Sète, à Béziers et en 2014 à Aigues-Morte. (Et en 2012 à Saint-Yrieix-la-Perche au sud du département de la Haute-Vienne en Limousin. Celle de 2015 rendra un hommage particulier à Frédéric Mistral, elle va se dérouler du 22 au 26 mai à Laroquebrou dans le Cantal.)

 

 

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Le programme de la Félibrée de La Douze en 2015 tel qu'il fut présenté alors par le président du Bournat du Perigord, Olivier Boudy:

 

« Coma l'an passat, començam divendres 3 per la Jornada daus escolans e collegians. Esperam questa annada mai de 1 000 eslevas, collegians venguts de tota la Dordonha e escolans dau ranvers. Seran pres en charja per daus benevòles per lor far segre una cinquantenada de talhiers emb los artisans e los mestiers tradicionaus : dinandiers, fuelhardiers, esculptaires, belhaires (l'Abeille périgordine) e autras causas... Veiran dels vielhs tractors, veituras, motòs... Auran la possibilitat de far de l'iniciacion au cant e a la dança e per acabar, un grand concert-baleti de DBDB (Bibonne e Becdelièvre), qu'an jugat a Brantòsme per Dançem au collegi. Lo ser, a 21 oras, concert de Z'Amidales. Lo dissabde, aurem un merchat de productors dau ranvers lo matin, mai, partir de 15 oras, lo Cant'oc, la baniera dau Bornat a 18 oras, puei, a 19 oras, concert dau grope Du Bartas e a 21 oras C'D La bal emb Nicolas Peuch. Lo diumenc, quò sera la remesa de la clau del Conse a 8 o 45, defialat, messa e omenatge a Gui Bonnet. A 12 o 30, la Taulada a a 15 oras, Cor d'Amor e lo resultat dau concors literari dau Bornat. Acabarem per lo concertt de Gric de Prat a 19 oras e un baleti coma Ysope a 21 oras. Auretz la possibilitat de rencontrar los autors jos la granda ala. Avem chausit una programmacion musicala plan actuala mai los gropes tradicionaus dau Bornat. Los benevòles se son bien afarats per preparar queste eveniment. La reina e una dotzenada de personas an trabalhat l'occitan mercés lo talhier de lenga animat per Didier Dupont a Rofinhac. »

Traduction (par Bernard Stéphan): " Comme l'an passé, nous commençons vendredi 3 avec la journée des scolaires et des collégiens. Nous attendons cette année plus de 1000 élèves et collégiens venus des écoles de tous les coins de la Dordogne. Ils seront pris en charge par des bénévoles pour leur faire voir une cinquantaine d'ateliers avec les artisans et les métiers traditionnels: dinandiers, feuillardiers, sculpteurs, apiculteur (l'abeille périgourdine), et autres activités...Ils verront de vieux tracteurs, voitures, motos... Ils auront la possibiliter de s'initier au chant et à la danse et pour finir un grand concert-bal de DBDB (Bibonne et Becdelièvre) qui a joué à Brantôme pour "Dansons au collège". Le soir, à 21 heures, concert de Z'Amidales. Le samedi, il y aura un marché de producteurs du coin le matin, et à partir de 15 heures le Cant'oc, la banière du Bournat (remise) à 18 heures puis, à 19 heures, concert du groupe du Bartas et à 21 heures C'D bal avec Nicolas Peuch. Le dimanche, ce sera la remise de la clé du Conseil à 8h45, défilé, messe et hommage à Gui Bonnet. A 12h30, la taulade et à 15 heures Cour d'Amour et palmarès du concours littéraire du Bournat. Nous terminerons par le concert de Gric de Prat à 19 heures et un bal avec Ysope à 21 heures. Vous aurez la possibilité de rencontrer les auteurs sous la grande halle. Nous avons choisi une programmation musicale plus actuelle, en plus des groupes traditionnels du Bournat. Les bénévoles se sont bien affairés pour préparer cet événement. La reine et une douzaine de personnes on travaillé la langue occitane; merci à l'atelier de langue animé par Didier Dupont à Rouffignac."

 

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© Photos BS

Les photos qui illustrent cet article ont été prises à Beaumont-du-Périgord, à Bergerac et à La Douze par l'auteur. Plusieurs viennent de Verteillac.

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La félibrée du Périgord: après Saint-Astier ce sera Saint-CyprienLa félibrée du Périgord: après Saint-Astier ce sera Saint-Cyprien
La félibrée du Périgord: après Saint-Astier ce sera Saint-CyprienLa félibrée du Périgord: après Saint-Astier ce sera Saint-CyprienLa félibrée du Périgord: après Saint-Astier ce sera Saint-Cyprien
La félibrée du Périgord: après Saint-Astier ce sera Saint-CyprienLa félibrée du Périgord: après Saint-Astier ce sera Saint-CyprienLa félibrée du Périgord: après Saint-Astier ce sera Saint-Cyprien
La félibrée du Périgord: après Saint-Astier ce sera Saint-CyprienLa félibrée du Périgord: après Saint-Astier ce sera Saint-Cyprien

L'alphabet des mots clés de la félibrée...

 

Bournat.- C'est le nom de l'école félibréenne occitane du Périgord, organisatrice de la félibrée. Le bournat est aussi, en occitan, le mot qui désigne la ruche. C'est l'emblème de la société de maintenance dont les membres accrochent à leur boutonnière une broche en forme d'abeille. Cette école félibréenne a été fondée en 1901 à Périgueux. Ses premiers présidents furent Auguste Chastanet et Camille Chabaneau qui eurent chacun le titre de majoral du félibrige. Le choix du bournat comme symbole ainsi que la dévise qui l'accompagne "Per lo miau et lo fissou" (Avec la douceur du miel et la force du dar) aurait été suggéré par l'écrivain Eugène Le Roy lui-même, membre fondateur et parrain de la société de maintenance.

Chant.- Le "Chant des félibres du Périgord" est entonné comme un hymne à la fin de la taulada.  C'est à l'origine un poème du majoral Auguste Chastanet (1825-1902), originaire de Mussidan, premier président du Bournat en 1901, sur une musique de Jeanne Joussain.  Ce poème se chante sur l'air de la "Chanson de la coupe" qui est l'hymne des félibres.

Cour d'amour.-  Spectacle qui se déroule en général l'après-midi du dernier jour, en plein air. Traditionnellement il met en scène les différents groupes folkloriques invités. Dans la tradition des jeux floraux, il peut mettre l'accent sur le chant, la poésie ou le théâtre. Un moment rituel est l'ode à la reine qui prend des formes diverses, qu'il s'agisse de l'expression d'un récitant ou d'un chant interprété par un groupe. L'expression "Cour d'amour" est empruntée aux jeux courtois (intellectuels) médiévaux qui étaient animés par les troubadours et qui donnaient aux cours princières leur rayonnement.

Décor.- Il s'agit d'un décor assez immuable mais très présent et très dense. Les rues sont tendues de girlandes de fleurs en papier réalisées pendant les mois d'hiver par les habitants. Les portes de la ville sont reconstituées à la manière de portes médiévales. De nombreuses mises en scène de métiers anciens, de scènes rurales d'antan, de scènes de la vie quotidienne d'avant la mécanisation sont reconstituées. A Bergerac l'ancien port gabarier sur la rivière, la cale, avait été reconstitué avec le stock de chargement de barriques de vin. A Verteillac en 2014 c'était le thème des céréales, dont des moissons et de tout le rituel qui l'accompagne, dont le dépiquage qui a été choisi, ainsi que les glycines jaunes. A Saint-Aulaye en 2016 on a mis en scène les métiers traditionnels, les charbonniers de la Double,  le retour d'une scène de battage et l'artisanat d'antan, mais aussi des provinces amis avec la venu d'une manade carmarguaise. Cette année à Saint-Astier, c'était l'eau avec la rivière Isle et la chaux blanche avec les métiers des chaufourniers qui ont été mis en valeur, notamment le long de la rivière Isle. 

Félibrée Verteillac

 

Félibrée.- Il s'agit de la fête occitane annuelle de la maintenance du Périgord. Elle existe depuis 1903, elle se déroule chaque année le 1er dimanche de juillet dans un chef-lieu de canton différent qui est candidat à l'organisation (En 2014 c'est le dernier week-end de juin qui avait été retenu pour Verteillac en raison d'un calendrier festif chargé début juillet). Depuis un peu plus d'un siècle la félibrée est retournée deux, trois ou quatre fois dans les villes et bourgs susceptibles de l'accueillir. La première félibrée en 1903 fut organisée à Mareuil-sur-Belle (belle cité du Périgord Vert, historiquement l'une des 4 Baronnies du Périgord). Il n'y eut pas de félibrée pendant les quatre années de la Grande Guerre. Pendant l'Occupation, de 1940 à 1945, là encore la félibrée ne fut pas organisée. La reprise date de 1946 à Périgueux. La première félibrée fut baptisée "Première fête de l'abeille" par allusion au symbole du Bournat. Elle se déroula le 20 septembre 1903. Le premier hommage fut rendu au troubadour Arnaud de Mareuil, né au château de Mareuil en 1150. Depuis quelques années la félibrée, en raison même de l'importance du travail préparatoire qu'elle demande, et de son impact économique, dure trois jours et même quatre jours à Saint-Astier cetet année ainsi qu'en 2018 à Saint-Cyprien. Le temps fort ritualisé étant toujours fixé à la journée du dimanche qui est le dernier jour. Les félibrées de village sont rares. En 2015 c'était le cas avec La Douze qui accueillait cette fête pour la première fois; il y a eu d'autres félibrées de villages; ainsi en 1983 à Trémolat, en 2000 aux Eyzies et en 2012 à Piégut-Pluviers.

Guidon.- Le guidon est le fanion du Bournat du Périgord. Il est de couleur jaune, rappelant ainsi les couleurs de l'ancien Régiment du Périgord fondé le 30 août 1684. Au centre une étoile à sept branches est la reproduction de l'étoile d'argent (Estella d'argen) symbole du felibrige. Au centre de l'étoile une ruche est ici emblème du Bournat; l'école félibréenne du Périgord fondée en 1901. Le guidon a été cousu et brodé par une militante de la cause culturelle occitane, Ginette Valprémy. Jadis le guidon était confié pendant un an à la garde de la ville qui accueillait la félibrée l'année suivante. En général la remise officielle du fanion avait lieu le premier jour de la félibrée. Cette belle tradition s'est perdue, c'est le Bournat qui conserve le guidon. En revanche il y a bien la passation, sur scène, à la fin de la Cour d'Amour. La Douze a ainsi passé le pouvoir d'organiser la félibrée de 2016 à la commune de Saint-Aulaye.   Saint-Aulaye est un bourg frontière, bastide du XIIIè siècle, aux limites du Périgord, de la Saintonge et de l'Angoumois. Mais on est résolument en terre occitane. Toutefois Saint-Aulaye a ouvert la félibrée à trois communes des pays d'oïl voisins qui ont ainsi pu faire connaître leur culture.

Cette année Saint-Astier, gros bourg de la vallée de l'Isle, a été la cité hôte qui a accueilli la félibrée les 29 et 30 juin et 1er et 2 juillet.

Et à la fin de la félibrée 2017, le fanion a été remis au représentant de la petite cité de Saint-Cyprien, en Périgord Noir, dans la vallée de la Dordogne, qui accueillera la félibrée 2018.

Hommage.- Chaque félibrée, au moment du défilé, rend deux hommages particuliers; le premier aux morts pour la France par un temps de recueillement devant le monument aux morts; le second à une célébrité locale des arts et des lettres. Cette "fête" réveille l'identité narrative du territoire. Bien sûr on n'échappe que rarement à Eugène Le Roy et à son Jacquou le Croquant. 

Ainsi le romancier Eugène Leroy à Montignac, l'acteur et tragédien Pierre Laffont à Lalinde, le poète Martial Rouby à Beaumont-du-Périgord, le romancier Jean Galmot à Monpazier, le romancier Léonce Bourliaguet à Thiviers, le philosophe Maine de Biran à Bergerac, le cinéaste Louis Delluc à Cadouin, l'historien et linguiste Pierre Miremont à Sarlat,  etc.

 A Piégut-Pluviers l'hommage a été rendue à Félicie Brouillet, conteuse de la commune d'Augignac, auteur de pièces de théâtre en occitan, collectrice d'histoires traditionnelles en langue d'Oc. Elle a publié en 1937 aux éditions du Granit Bleu "Légendes, contes et récits de la véillée en Périgord", un recueil de récits collectés en Périgord vert, illustré par des gravures de l'imagier Maurice Albe. Félicie Brouillet était connue sous le pseudonyme  de "L'aurelha de lebre", traduction littérale de "L'oreille de lièvre" peut-être pour sa capacité à écouter et rapporter une tradition orale collectée dans les villages du Haut-Périgord. Elle croyait à la pérennité de la langue d'oc. Invitée dans une émission de radio-Limoges, elle avait eu ce cri du coeur à propos de sa langue du quotidien: "Quo ne po pas se perdre, queu-qui qu'aima son pais ne pot pas obludar la linga..."(*)

A Bergerac on est resté discret quant à l'hommage. Et pourtant on aurait pu se souvenir de poètes, écrivains d'hier ou même d'un temps pas si lointain: ainsi Pierre de Bregerac, Jasmin, Jean Beausoleil, Méry de Bergerac.

A Verteillac on a profité du centenaire de la mort de Frederic Mistral pour rendre hommage au fondateur du felibrige.

A La Douze a rendu hommage à Gui Bonnet, poète et compositeur occitan.

A Saint-Aulaye on rendait hommage à deux écrivains. La première, contemporaine, est l'écrivaine-paysan Geneviève Callerot, écrivain de la Double (elle y vit depuis 1920) , retraitée agricole, qui avait 100 ans en 2016 et qui multiplie les romans directement inspirés de ces terres doubleaudes. 

Le second est le prince des poètes de l'Angoumois, le troubadour Rigaut de Barbezieux.

Le troubadour Rigaud de Barbezieux (1150-1215)  qui a été honoré à la félibrée de Saint-Aulaye a marqué la période à la fin du XIIè siècle.  Son œuvre se situe dans les années comprises entre 1175 et 1210. Il est un contemporain de la jeunesse de Bernard de Vendatour. Son oeuvre de poèmes dits et de poèmes chantés emprunte aux grandes légendes dont celle du Graal et de Perceval. C’était un savant, grand connaisseur de l’Antiquité où il puisait inspirations et modèles. Il a chanté l’amour, louant une femme qu’il appelait Mieux-que-Dame, en composant des textes dont le décor de fond est celui de la forêt, des animaux sauvages, un bestiaire qui était alors très propice à incarner une tradition orale des légendes. Il aime l’exotisme et dans un poème se compare à un éléphant. Cet hommage a été rendu, durant la félibrée, par une spécialiste de la mémoire des troubadours, Kathy Bernard, universitaire à l’université Montaigne à Bordeaux, spécialiste de langue et littérature occitanes modernes et médiévales, elle même occitane, originaire d’un village de la Gascogne Girondine, dans l’Entre-deux-Mers.

A Saint-Astier c'est la personnalité de Paul Dumaine qui a été honorée en juillet 2017. Il s'agit d'un auteur de viorles, ces poésies occitanes, pleines d'humour, d'imagination. Il était né à La Borie sur la commune de Saint-Astier en 1904 et décédé dans cette même maison en 1983. En 1922 il avait intégré la fanfare de Saint-Astier jusqu'en 1982, c'était un très bon musicien. En 1966, pour la Félibrée de Neuvic-sur-l'Isle, il participa à la Cour d'Amour en racontant des histoires drôles en Occitan. Il a écrit plusieurs histoires comme : "Lo citron" - "Suçu d'osil" - "Lo cantonier e los gendarmes" - "L'Amie Dubois". Au "Bornat dau Perigòrd" il fut élu mainteneur en 1970 et y resta jusqu'à sa disparition.

(*) ça ne peut pas se perdre, quelqu'un qui aime son pays ne peut pas oublier la langue...

Majoral.- Il s'agit d'un des cinquante membres du Consistoire du felibrige, société de maintenance des arts et traditions de l'Occitanie, élus à vie. Le Bournat du Périgord est en général présidé par un mainteneur qui peut avoir le titre de majoral. Chaque majoral porte en insigne de sa fonction, une broche qui a la forme d'une cigale d'or. Chaque cigale est baptisée du nom du premier majoral qui l'a portée en 1856, lors du premier Consistoire. A la mort du titulaire, son successeur hérite de la cigale de son prédécesseur. Outre Auguste Chastanet et Camille Chabanaux, quelques grands majoraux ont marqué l'école félibréenne du Périgord: il s'agit de Marcel Fournier, de Jean Monestier et de Michel Samouillan.

Messe en occitan.- Le temps de cette journée n'est pas exclusivement laïc, il est en effet marqué par un temps fort qui est une messe en langue d'oc. L'office est chanté et animé par des groupes musicaux invités, l'homélie est toujours prononcée en langue d'oc par un prêtre occitanophone. Il y a eu une particularité à la félibrée de Bergerac. On était dans un ancien pays protestant fortement marqué par la religion réformée et même par les guerres de religion. La place du protestantisme est toujours forte en Bergeracois. Le programme de la félibrée 2013 a donc annoncé, à la même heure que l'office catholique, un office protestant au temple. Lui aussi prononcé en langue d'oc.

Modernisation.- Depuis quelques années la félibrée a toiletté son rituel. Certes le dimanche elle a conservé un programme assez immuable depuis la remise des clés de la ville le matin jusqu'à la transmission du guidon à la fin de la cour d'amour. En revanche désormais la félibrée dure trois jours au moins, commençant le vendredi qui précède avec la journée des enfants et des écoles. De nombreux temps musicaux avec des groupes de musiques actuelles donnent un ton d'aujourd'hui à cette fête, des bals traditionnels, folks et davantage modernisés ponctuent les soirées, les initiatives culturelles sont souvent diverses et variées et accompagnent dans la modernité cette fête rituelle fondée au début du XXè siècle. Plusieurs félibrées récentes ont mis l'accent sur l'enseignement de la langue avec le développement des calendrètes, des écoles de l'apprentissage de la langue d'oc. A Saint-Astier les philatélistes seront très actif puisqu'un matériel philatélique est édité pour la circonstance. Et les technologies numériques s'invitent, à Saint-Astier les vieux outils agricoles étaient estempillés d'un QRCode qui permettra aux visiteurs, grâce à leur smartphone, de retrouver l'histoire et la mémoire de l'outil. Pour Saint-Cyprien en 2018 on souhaite le retour aux sources et à l'authentique. Le maire de Saint-Cyprien a annoncé dès juillet 2017 qu'il chassera tous les marchands du Temple qui dévoient la fête occitane !

Passa-carriéra.- C'est le défilé qui marque le début du troisième jour de la félibrée à partir de la remise des clés de la ville au majoral et à la reine de la félibrée par le maire, à la porte de la cité. Le mot "passa-carriéra" est composé du verbe passar (aller) et du nom commun carriéra (rue). La ritualisation du passa-carriera est précise avec les notables, la marche est en général ouverte par la reine au bras du majoral, les différents groupes invités fermant le défilé.

 

Dans mon livre Le parler du Périgord (Editions Bonneton), j'ai donné la définition suivante pour carriéra:

 

Carriéra (n.f.).- Voici un mot qui est un faux amis lorsqu’on l’entend en français sans l’utiliser dans son sens occitan.

Il s’agit de Carrière issu de l’occitan limousin charièrio que l’on retrouve aussi avec carriério en languedocien.

Ce mot dans son sens général désigne la rue entre les maisons ou le chemin de pierre. Il a sens de chemin creux dans le Limousin. Je l’ai entendu employé dans le pays de Lalinde pour désigner la cour de ferme.

De  carrière on trouve des mots de la même famille avec  charerou dans le Limousin pour la ruelle ou carérou dans le Périgord méridional avec le même sens. Il existe des charérou dans le village de Ségur-le-Château en basse Corrèze et des carérou dans la bastide de Beaumont-du-Périgord en sud-Dordogne. L’expression « passer par la carrière » s’entend comme passer dans la rue. On connaît aussi le « passa carriera » ou « passe carrière » qui est le défilé dans la rue. C’est ainsi que chaque année sur le programme de la félibrée du Périgord on trouve la mention du « passa carriera » qui est le grand défilé des groupes folkloriques invités, dans les rues de la cité hôte. Dans le Béarn le mot passe-carrière a un autre sens. Il désignait un rituel de défit entre bandes de jeunes s’affrontant dans la rue.

Il existe une autre acception du mot, on le trouve dans la formule « être par la carrière ». Cette expression veut dire être réduit à l’état de mendiant, être SDF, donc être dans la rue.

On trouve en Périgord de nombreux toponymes qui renvoient à la carrière dans son acception de chemin empierré ou de rue. Ainsi Carrière, Carrère, Charrière, Lacarrière, Lacarrère. Ces toponymes se retrouvent également en Occitanie comme patronymes méridionaux.

 

 

Remise des clés.- C'est l'acte symbolique d'ouverture de la félibrée, au moment de l'accueil des invités à l'une des portes de la ville par le maire. A cette occasion le maire remet les clés au majoral du félibrige qui lui-même les transmets à la reine de la félibrée. A Bergerac l'accueil était original, il s'est fait sur le port (la cala) de la vieille ville, les félibres arrivant en gabarre.

Calotte Beaumont

 

Taulada.- C'est la tablée. Le mot taulada désigne également "la grande table". Il s'agit du repas officiel de la félibrée là encore très ritualisé. En général il n'y a pas moins de mille couverts, on y mange forcément la soupe suivie du chabrol et d'un certains nombre de plats dans la tradition paysanne. C'est ainsi que certains menus annoncent la poule farcie, d'autre la tourtière de salsifis, d'autres le gigot d'agneau aux mongettes, etc.  Le repas est servi dans des assiettes creuses dites à calotte, spécialement décorées qui deviennent des collectors. La taulada renvoie aux grandes tablées paysannes d'antan et en particulier aux repas de fêtes paysannes concluant les grands travaux agricoles, ainsi la gerbe-baude, tablée de la fin des battages ou de la fin des vendanges.

Exemple d'un menu de félibrée, celui de Lalinde en juillet 1968: soupe taillée et son chabrol, grillons aillées, poule farcie avec sa vinaigrette aux herbes vertes, haricots aux couennes, rôti de porc, salade à l'oignon blanc, fromage, tourtière de fruits, café et eau de vie. Chaque année une assiette à soupe collector est vendue.

Voici le menu qui a été servi  en 2017 à la Félibrée de Saint-Astier: Pétillant brut de crême à la fraise des bois (petejant a las maussas daus boscs), soupe paysanne de poule et queue de boeuf, ses petits légumes, ses tailles et son chabrol, (sopa de jalina et cou de bioü emb sos legumes, ses talhons et lo chabrou), médaillon de pâté de foie gras de canard comme autrefois (medalhon de pastis de fetge gras coma austres cops), cuisse de canard à l'aillet nouveau, ses fameux haricots lingots persillés, fines couennes confites, filets d'huile de noix (cueissa de guiton à la gousa novela, mongetas, codenas et oli de cacaus), petit fromage de vache frais ciboulette, salade verte (pitchoun fromatge fresche de breta, salada verda), tarte aux noix de pays (pastis aus cacaux del ranvers), vin rouge de Bergerac (Vin roge de Brageirac).

 

Concernant la taulade,dans mon livre Le parler du Périgord (éd. Bonneton), j'ai donné la définition suivante pour ce mot:

couv-perigord

 

Taulade (n.f.).- de l'occitan (languedocien) taula; table, tablée.  C'est la tablée d'un grand repas. Frédéric Mistral dans Le Trésor du felibrige a une formule qui résume bien l'esprit de ce mot; il écrit qu'il s'agit d'une "réunion de convives". L'usage du mot qui est largement partagé dans toutes les régions occitanes et qui est commun à tout le Périgord, renvoie à une tablée importante. On ne parle pas de taulade pour un repas familial qui réunirait seulement trois ou quatre personnes. On commencera à parler de taulade avec une dizaine de personnes. C'était bien un mot propre aux tablées agricoles pour les grands repas des battages (dépiquages) ou des vendanges. Autour de la taulade ce repas prenait le nom spéccifique de gerbe-baude. Mais la taulade c'est aussi le rassemblement festif autour de la tablée du mariage ou du baptême ou de l'anniversaire. Depuis le début du XXè siècle il y a une taulade emblématique, c'est celle du repas annuel de la félibrée aux dimensions particulières puisqu'elle ne réunit en général pas moins de mille convives. Le mot a étendu son sens pour désigner toute grande tablée, même s'il n'y est pas servi de repas. C'est ainsi qu'une réunion où les participants sont assis autour d'une grande table peut s'accaparer le mot taulade. Dans d'autres acceptions on évoque la taulade de pain qui renvoie à la quantité de pain que peut contenir un comptoir de travail dans l'atelier du boulanger. Le jardinier use du mot pour désigner une plate-bande qui se traduit par le mot planche. La taulade languedocienne devient la tablade dans le dialecte limousin et notamment en Périgord vert.

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nicole 08/07/2015 18:13

En vacances a Riberac, nous sommes allés voir les décorations du village de La DOUZE
Magnifique !
Hélas nous n avons pas participé au trois jours de festivité mais cela a du etre grandiose
A tous ceux qui se trouve dans la Perigord a cette période de l année je vous invite a vous renseigner a savoir le lieu de la nouvelle felibrée c est a voir!!!
Nous avions été a Bergerac il y a deux ans
Un remerciement a tous les organisateurs pour ce travail accompli mais récompensé par le résultat
Bravo et merci
A l année prochaine