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Periberry

Ethnologie, Berry, Périgord, Auvergne, Bergerac, Dordogne, Loire, tradition orale, mémoire paysanne, recherche sur le paysage, randonnées pédestres en Auvergne et Pyrénées, contes et légendes, Histoire.

L'agriculture demain: rencontre avec Bruno Parmentier

Le 5 septembre dernier le gros village des Aix d’Angillon, en Berry, (Cher) lançait son comice agricole par une vraie réflexion collective autour du devenir de l’agriculture. Un conférencier de talent pour poser le jeu et ouvrir le débat devant une salle d’agriculteurs (actifs ou retraités et de ruraux) comble. Ils venaient de la Champagne Berrichonne, des hauteurs du Pays Fort, des collines du Sancerrois, des pâturages  la crête d’Humbligny  et de ce piedmont qu’on appelle le Pays Forêtin où subsiste encore un verger de pommiers. Invité Bruno Parmentier,  directeur de l’école d’agriculture d’Angers, auteur de Nourrir l’Humanité aux éditions de la Découverte. Soirée passionnante et passionnée, près de quatre heures de confrontation sur la question majeure de la paysannerie demain. Voici, quelques éléments notés au cours de cette conférence…
La pénurie alimentaire.- « L’idée de ne pas avoir peur de manquer est rare dans l’histoire de l’humanité.  Finalement cela n’a représenté dans l’occident que quelques siècles dans la très longue histoire de l’homme qui a toujours été confronté à des famines. Et puis brusquement en 2007, on a à nouveau eu peur de manquer… »
Le 21è siècle dans l’agriculture.- « Le 21è siècle dans l’agriculture, il a sonné le 1er juillet 2007 et on a vu une augmentation sérieuse des prix des matières premières. Ceci nous a ouvert les yeux sur une réalité : au XXIè siècle on va avoir beaucoup de mal à se nourrir. »
Mondialisation culinaire.- « La mondialisation est aussi culinaire. Les nouvelles classes moyennes en Chine, en Inde, sont les nouvelles consommatrices de pâtes, de pizzas, de pains. Cela veut dire qu’il faut davantage de matières premières dans un monde dans lequel on ne sait plus trop comment produire davantage. Ceci nous conduit à dire qu’au XXIè siècle il faudra produire plus et mieux avec moins de terre et moins d’eau ! »
Solutions.- « Les solutions des agronomes sont de deux ordres : d’une part l’agriculture vivrière et d’autre part les OGM.
Raisons de la cherté du blé.- « Elles sont multiples. La première c’est l’absence de pluie en Australie pour la cinquième année consécutive. La seconde c’est la chute des surfaces des terres cultivables en raisons notamment de la salinisation, de l’avancée du désert,  de la croissance des terres stérilisées par l’urbanisation. La troisième raison, c’est une croissance des consommateurs avec  250.000 habitants supplémentaires chaque jour, quatre vingt millions de bouches à nourrir en plus sur la planète à la fin de l’année. La quatrième raison c’est l’élévation du niveau de vie qui conduit des centaines de milliers de chinois, d’indiens a ne plus manger leur bol de riz seul, mais avec un morceau de poulet. Qu’est-ce que ça veut dire concrètement ? Qu’un végétarien consommateur du bol de riz représente une équivalent de deux cents kilos de céréales par an. Cela veut dire par ailleurs qu’un consommateur de riz et de poulet au quotidien représente un équivalent de neuf cents kilos de céréales par an. Car, avant de nourrir l’homme, il faut nourrir le poulet ! La cinquième raison rejoint la quatrième, l’humanité consomme de plus en plus de viande, donc globalement de plus en plus de céréales. La cinquième raison, c’est qu’à la pression précédente s’ajoute la pression pour produire des biocarburants avec les graines même, ce qui est absurde et catastrophique ! »
Fin des stocks.- « Jusqu’en l’an 2000 on avait beaucoup de stocks. Ils se sont effondrés poure toutes les raisons précités. Est-ce que ça va dure ?... Oui. Est-ce qu’on va mourir de faim sur la planète ? Malheureusement oui. Si on veut que tout le monde mange à sa faim en 2050, il faut d’ici là doubler la production agricole mondiale. »
Deux éléments à la crise : le béton et l’eau.- « On estime les surfaces de la planète à 13 milliards d’hectares et les surfaces cultivées sont de 1,5 milliard d’hectares soit 12% de la planète. A ce jour on cultive à peu près toutes les surfaces cultivables possibles.  Certes on gagne sur les forêts tropicales, mais les ultimes réserves sont faibles et il serait préférable d’arrêter le massacre de l’exploitation. Donc les réserves de terres sont quasi inexistantes. Il y a en outre l’avancée du béton. Savez-vous qu’en France on bétonne la valeur d’un département tous les dix ans ? En Chine on bétonne un million d’hectares par an ! On est certain  qu’en 2050 il y aura moins de terres cultivées qu’aujourd’hui.
Second élément de crise, la baisse des réserves en eau douce pour une agriculture qui a considéré au XXè siècle qu’elle pouvait consommer sans compter. Et plus on mange de viande, plus on consomme d’eau. Dans un kg de blé, l’eau virtuelle utilisée pour produire ce kg de blé est de 1.100 litres. Pour produire 1 kg de porc, l’eau virtuelle nécessaire est de 4.500 litres. Pour produire 1 kg de bœuf, l’eau virtuelle nécessaire est de 13.500 litres ! Vous comprenez que le régime carné est un très grand consommateur d’eau si on l’observe sur toute la chaîne de production de l’alimentation par rapport au régime végétarien.
Aujourd’hui, sur la terre il y  à 200 millions d’hectares de terres irriguées. Là encore, pour répondre à la prospective des besoins pour 2050 il faudrait doubler cette surface alors que les réserve en eau douce diminuent. »
Agro carburants, danger.- « Les biocarburants sont à l’évidence à l’origine des émeutes de la faim dans plusieurs régions du monde et notamment au Mexique. Puisqu’on a préféré produire du carburant avec le maïs plutôt que de produire de la farine de maïs pour fabriquer les galette,  base alimentaire de tous les paysans pauvres du Mexique.  Brûler des grains de maïs, de blé ou de colza dans un moteur lorsque par ailleurs le monde a faim est une idée folle ! Il est donc urgentissime de trouver une autre voie. Aller vers ce qu’on appelle les biocarburants de seconde génération, les fabriquer à partir du rebus de la plante (tige, feuilles, déchets végétaux) et non à partir de la graine qui est la base de l’alimentation. D’où peut-être les pistes de travail autour des plantes OGM… »
Réhabiliter l’agriculture vivrières.- « Dans de nombreux pays on a fait disparaître l’agriculture vivrière qui est pourtant la base et la solution pour nourrir en proximité les populations. On leur a fait croire qu’en produisant de l’arachide, du café, du coton, ils auraient de l’argent frais pour acheter des céréales venus d’on ne sait où… Et on a  conduit des masses de paysans s’entasser dans les bidonvilles. La solution, c’est le soutien des agricultures locales en produisant sur place, en douceur, des variétés locales que l’on consomme dans les communautés d’habitant. Les gens qui ont faim dans le monde sont des paysans. Il faut donc leur permettre de produire pour eux-mêmes et se nourrir. »
De l’intensif à l’environnement.- « On en peut pas consommer l’intensif d’un trait de plume. Mais on doit travailler pour la qualité. Le destin de la planète en dépend. On sait qu’il y a deux limites au toujours plus… Plus de terres en culture ; c’est fini. Plus d’eau pour cultiver ; c’est fini. Il faut donc faire plus et mieux avec d’autres méthodes. Et aller vers ce que j’appelle une agriculture à haute intensité environnementale. »
D’autres méthodes.- «Parmi ces autres méthodes, l’une d’entre elles avance à grand pas, c’est la fin des labours. Pour protéger la terre contre l’évaporation, l’enrichir naturellement par les plantes, limités les apports d’intrants et réduire la consommation d’énergie par hectare. Songez que déjà on cultive dans le monde 100 millions d’hectares non labourées. Il faudra travailler avec des associations de plantes, ainsi favoriser les auxiliaires de l’agriculture. »

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