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Dans le canton de Cadouin en 1912

par Bernard Stéphan 16 Janvier 2019, 12:01 recherches rurales

La façade de l'abbaye de Cadouin (Ph. BS)

J’ai découvert l’édition de la Monographie des communes du canton de Cadouin telle que rédigée par les instituteurs des communes du canton en 1912. Si j’ai bien compris, cette monographie locale a été dressée à l’identique dans toutes les communes de l’arrondissement de Bergerac « pour servir à l’enseignement de l’histoire et de la géographie locales ». Chaque commune est présentée, son originalité c’est d’être une photographie à la fois du paysage et de l’activité économique à la veille de la Grande Guerre.

A  cet égard c’est un document d’une très grande richesse. Chaque commune est balayée avec des  cartes postales, un plan et un texte plus ou moins long. Il est de onze pages pour Molières et seulement de deux pages et demi pour Pontours.

 

Grandes zones en friches

 

Constat assez général à tout le canton en 1912, de très grandes zones naturelles incultes. On est alors dans une période héritière de la crise du phylloxéra avec le recul des métairies viticoles qui ont été en partie abandonnées et sont souvent en vente. Dans toutes les communes alors on cultive le tabac, plante privilégiée de la plaine de Calès dans le méandre de la Dordogne. L’instituteur de Calès note par ailleurs que l’activité de pêche dans la Dordogne est particulièrement lucrative. On rêve aujourd’hui… « Des milliers de quintaux de poissons s’expédient chaque année à Bordeaux, Limoges : goujons, anguilles, barbeaux, carpes, etc. abondent  dans notre rivière. » La commune de Cussac, aujourd’hui disparue (fusion avec Le Buisson)  est une des plus petites du secteur.

 

On consommait local


On trouve sous la plume de l’instituteur de Cussac cette phrase bien dans le ton de l’époque : « Cussac récolte à peu près le blé qu’il faut et les autres affaires nécessaires à son alimentation. » On ne s’interrogeait pas alors sur la nécessité de réfléchir à consommer les produits de proximité pour lutter contre les rejets de CO². Puisque on consommait toujours local. C’est à Molières que l’instituteur note l’effort particulier pour reconstituer le vignoble détruit. « Pour refaire nos vignes détruites par le phylloxéra, l’herbemont et l’othello ont été surtout employés ; depuis quelques années l’on plante aussi beaucoup d’hybrides. »

 

Beaucoup de bovins de trait

 

La composition des cheptels n'a guère changé depuis une cinquantaine d'années. C'est ainsi par exemple que sur la commune de Cadouin on dénombrait une trentaine de chevaux, 80 à 100 bœufs et vaches (souvent des vaches de trait), 250 moutons et 80 porcs à l'étable. Le rédacteur note que "l'élevage est un peu négligé". La majorité des bovins d'alors sont des bovins de trait, et les bœufs à l'engrais sont les vieux bœufs qui sont engraissés avant d'être vendus à la réforme. Les troupeaux de vaches laitières n'arriveront que pendant l'Entre-deux-guerres et seront souvent le fait de familles de migrants bretons.

 

La culture du tabac

 

Dans la plaine c'est la culture du tabac qui semble être le dénominateur commun des petits propriétaires exploitants. Le meilleur exemple est donné pour la commune d'Alles-sur-Dordogne avec 80 propriétaires-exploitants qui plantent 37 hectares de tabac. On voit ainsi dans le rapport des deux chiffres la petitesse de la surface des exploitations agricoles dans ces terres du méandre de la Dordogne à Alles.

 

La forêt de la Bessède

 

La forêt est omniprésente, d'autant qu'une grande partie du canton  est alors dans l'emprise de la forêt de La Bessède.  Ainsi à Bouillac de 1230 ha et dont les 2/3 sont recouverts par la forêt. Qui d'ailleurs est une source d'activités, explique la note de l'instituteur: "Les cultivateurs trouvent dans l'exploitation des bois et des bruyères une source appréciable de revenus". C'est ainsi que sur la seule commune de Cadouin qui a alors une  surface totale de 1547 ha, la forêt représente 700 ha. Ce qui set vrai sur les tertres et les  plateaux  est moins vrai sur les coteaux des  cingles qui longent la plaine et la rivière. Ce sont des coteaux en culture, les champs y sont quadrillées de murs en pierres sèches où sont cultivés la vigne, le seigle et l'orge, notamment. Les cartes postales de l'époque montrent ces paysages totalement dénudés des  collines de rives. Et d'ailleurs la note de l'instituteur de Badefols est ainsi très explicite:  " Du haut de la colline de Pech d'Ange on  distingue onze clochers des communes environnantes."

Un chemin creux entre deux murs de pierres sèches sur un ancien plateau qui fut jadis cultivé. (Ph. BS)

 

Omniprésente châtaigneraie

 

La châtaigneraie est importante, elle est citée dans quasiment toutes les communes, comme une ressource complémentaire quand elle n'est pas essentielle tant pour la nourriture des hommes, des animaux que pour l'usage multiple du bois et de la litière.  La notice de la commune de Calès précise: " Jusqu'en 1860, la commune  était couverte de châtaigniers, pas un champ, pas une culture (...) les gens vivaient alors que de la pêche; de la tire et  du produit de leurs châtaigniers." Une catastrophe climatique touche la châtaigneraie du sud du Périgord avec les très fortes gelées de 1860 qui déciment une partie des arbres. Cette catastrophe fut à l'origine d'une vague de défrichements pour la mise en culture de nouvelles terres.

 

* A-t-on d’autres témoignages sur les monographies communales de 1912 dans l’arrondissement de Bergerac ? Cette initiative a-t-elle été conduite dans d’autres régions de France ?

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