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Periberry

Ethnologie, Berry, Périgord, Auvergne, Bergerac, Dordogne, Loire, tradition orale, mémoire paysanne, recherche sur le paysage, randonnées pédestres en Auvergne et Pyrénées, contes et légendes, Histoire.

Le paysage des fermes de Bousserand

Le paysage des fermes de Bousserand

C'est un des plus beaux paysages du Périgord méridional.- (réactualisé en novembre 2015)   Le plateau des fermes de Bousserand au-dessus de Lalinde aux confins de la commune de Pontours, des communes de Couze-Saint-Front, Bayac et Bourniquel se situe à l'extrème extension historique sud-ouest de la forêt de La Bessède. Nous sommes ici aux limites ouest du Périgord noir et du Périgord Poupre. Ce plateau des fermes de Bousserand est encore situé dans le Périgord noir, bordé au sud et à l'ouest par la vallée de la Couze qui fait frange et qui est la frontière géographique entre Périgord Noir et Bergeracois. 
Le plateau est un coteau de la rive gauche de la Dordogne, un tertre,  son rebord nord est un talweg vif et escarpé, le cingle qui tombe sur la vallée appellée ici "la plaine". Toute la zone du rebord, le fameux cingle est classé en zone Natura 2000. Le cingle est marqué par quelques points remarquables comme la falaise de Saint-Front de Colubry qui domine Lalinde et sur laquelle est bâtie la chapelle du Coulobre dédidée à Saint-Front. A l'aplomb de la plaine de Paty, on trouve le cingle des Joinines, il est bordé par des falaises boisées avec émergeances d'abrits sous roches, crozes et cluzeaux. Vers le sud le plateau est limité par la vallée de la Couze, petite vallée sauvage, étroite, haut lieu de la préhistoire avec, à proximité les sites de Combe Capelle, de la Gravette et les falaises troglodytiques de Bayac et de Couze.



Le plâteau de Bousserand est probablement à son origine une clairière de défrichements dominée tout les XIXè et XXè siècle par les pâturages et le vignoble avec un recul important des vignes  à la fin du XIXè siècle, victimes du phylloxéra. C'est un terroir bocagé avec présence importante de garennes jusqu'au début des années 1970 (photo ci-contre). La végétation de ces ilôts "sauvages" est le genêt, la brande, les pruneliers, les ronces à mûre, les genièvres, les sureaux. Sur les escarpements, au midi, dominent les jarissades ou pelouses calcicoles. Les plus beaux sites sont les chaumes de Fonblanque, la pente des Joinines, le plateau de Pech Redon et le versant méridional du tertre du Sud. On sait que les pelouses calcicoles à genièvres témoignent d'un paysage issu de la déforestation ancienne et entretenues par pâture (celle des moutons jusqu'à la période de l'entre-deux-guerres et plus récemment celle des vaches de travail et des vaches laitières). C'est ainsi par exemple que le versant méridional du tertre du Sud est entrain d'évoluer avec reforestation en chênes notamment, en raison de l'absence de troupeaux depuis une quinzaine d'années. 

Le plateau est particulièrement riche en orchidées sauvages avec notamment l'orchis brûlé, l'orchis bouffon et le retour récent du lin sauvage. 
Il subsiste, malgré l'évolution des pratiques agraires récentes, une vaste zone de pâturages qui occupe le haut du plateau, les vallons et les pentes de cette colline.

La Butte témoin
du SUD domine
le plateau 


Ce fameux Sud (voir la photo ci-dessous)  est un butte témoin, point culminant du plâteau, qui donne son caractère à ce paysage. La butte est recouverte d'une forêt de chênes, à son sommet (sous bois de petit houx ou fragon) on trouve un affleurement de rochers avec abrits sous roche pour animaux carvernicoles. Plusieurs sources affleurent autour du sommet de la butte.
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Le site en général est un beau lieu botanique, c'est aussi un espace où la faune trouve encore des aires d'accueil originales. On y observe une population fidèle  de buses variables, de milans noirs (notamemnt sur les cingles), de huppes faciès, de pies grièches écorcheurs, de pics noirs notamment. Les soir d'été on eut surprendre le chant de l'engoulevent. Les frênes nombreux sont des arbres accueillant pour des colonies de petits passereaux. Les hirondelles de cheminées nichent toujours dans les fermes des hameaux. Dans les prairies encore naturelles, au printemps on y entend les cailles sauvages carcailler. Au rang des mammifères, outre toute la famille des mustélidés, les sangliers, les cervidés et les renards sont très nombreux.

Le site est un lieu de 
la mémoire paysanne
des fermes bouvières


Le site reste un bel écosystème et un lieu de la mémoire paysanne. La forêt qui borde les horizons est essentiellement un taillis de chênes et de châtaigniers. Les vallons humides recellent des stations de charmes. On y a longtemps récolté le fameux "pain de bois" (les châtaignes) pour nourrir les hommes et les animaux. On y a pratiqué une agriculture douce jusqu'à la fin du XXè siècle. Il importe aujourd'hui de préserver l'esthétique avec l'architecture des grandes fermes bouvières du XVIIIè siècle (premières implantations au début du XVIè) dont les toitures ont repris les lignes des anciennes cabanes de brande du temps de la déforestation (dont les dernières ont subsisté jusque vers 1970). Ces grandes toitures ont été ainsi conçues pour ménager de vastes espaces pour les réserves agricoles et notamment les réserves fénières formant étage sur les granges-étables, espace désigné par le mot local jouque. La seconde activité qui a marqué ces hameaux c'est la viticulture avec deux périodes; la première au XIXè siècle avec une frénaisie de plantation dans la première moitié du siècle brusquement stoppée par le phylloxéra qui éradique la vigne à partir de 1880. La reconstitution du vignoble ne viendra qu'à partir de 1910 et la vente des anciennes métairies viticoles à une population de petits paysans propriétraires. Cette vente aura trois origines: la conséquence de la destruction du vignoble, l'effondrement de la rente foncière, la pénurie de main d'oeuvre rurale au sortir de la Grande Guerre.

C'est l'arrivée de la vigne, au XIXè siècle, offrant aux fermes bouvières un second assolement, qui fut à l'origine de l'aménagement de caves, souvent par réemploi de locaux plus anciens (bergeries, remises, etc.) ou plus rarement par la construction, en appui sur les façaces nord des bâtiments, de locaux-caves.

La reconstition du vignoble et son paysage de vignes s'appuiera sur de vieux cépages comme le merlot, l'herbomont, le noha, etc. Cette production, importante, laisse au moins aujourd'hui une trace dans le bâti des hameaux avec les caves héritées de la première période de la vigne et qui conserve encore aujourd'hui barriques et tonneaux de bois. Les vignes étaient plantées d'une grande variété d'arbres fruitiés (pruniers, pommiers, poiriers, pêchers, abricotiers, cognaciers). Les prunes arrivant largement en tête de la production transformée sur place en pruneaux séchés dans les fours existant dans chaque ferme. Vin et pruneaux séchés ont constitué durant une grande partie du XXè siècle un revenu d'appoint, le premier était vendu en vrac dans les bourgs les plus proches comme vin de table, les second, ensachés, étaient vendus sur les marchés et les foires.

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L'ampleur du paysage avec le balisage de la butte du Sud mérite un vrai travail conservatoire pour ne pas l'affecter davantage. Il ouvre des perspectives vastes sur les monts du Bugue au nord-est, sur les cingles de la Dordogne et sur les buttes témoins du Périgord Méridional et du haut-Agenais. C'est espace n'est pas directement sur la liste Natura 2000, seul le rebord du plateau avec les cingles et les sommets des talwegs est inscrit à cet inventaire. 

On traverse le plâteau sur de nombreux chemins, il y a notamment un GR qui va de Lalinde à Monpazier et qui passe par les fermes de Bousserand. Plusieurs boucles des sentiers de Pays au départ de Lalinde passent ici.


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