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La Dordogne, rivière occitane: d'un cingle à l'autre

par Bernard Stéphan 10 Août 2019, 18:29 recherches sur le paysage

La Dordogne au pied de la falaise de La Roque-Gageac. (Ph. BS)

Quand la rivière serpente.- La semaine dernière nous avons abordé le Périgord noir avec le premier grand cingle, celui de Montfort. La Dordogne ici, en plein causses calcaires, s'est enfoncée, s'est ouverte une vallée beaucoup plus ample. Elle a oublié quelques bras morts, les couasnes (du vieux français couasno pour queue). Elle dessine alors de grands méandres qui viennent manger les coteaux calcaires et tailler des falaises blanches en escalier, des cirques, qui épousent la courbe, ces coteaux mordant le méandre sont appelés cingles. Le méandre enserre en général une vaste plaine de terres agricoles riches où pendant plus d'un siècle on a surtout planté du tabac, des noyeraies et cultivé le maïs pour le gavage des oies et des canards. Le paysage des cingles accueille dans la verticalité de ses falaises une végétation très méditerranéenne avec des stations de chênes verts, de houx, de genièvres, des pelouses de thym serpolet, des truffières naturelles, des cormiers de plein vent et des néfliers. Le mot cingle (cïnglé en occitan) est directement puisé dans le latin cingulum qui renvoie à ceinture et qu'on retrouve dans l'acception cingle pour désigner une grosse couleuvre. Notre coteau qui épouse le méandre est à sa manière une couleuvre qui serpente le long de la vallée.

La porte principale de l'entrée dans la bastide de Domme. (Ph. BS)

Désormais la rivière va ainsi longer ses tertres où affleurent les falaises calcaires souvent coiffées de corniches sur lesquelles émergent un bourg, un manoir ou un château comme Domme, Castelnaud ou Beynac. De la barre de Domme le paysage étend ses saisons, souvent à l'aube un lit de coton estompe la vallée, les horizons sombres des taillis de chênes se mêlent aux collines bleutées et aux ciels fauves des soirs d'été.

Depuis la barre de Domme, la Dordogne et sa plaine agricole. (Ph. BS)

Plus beau paysage du monde si on en croit Henri Miller qui en fit le décor de son roman Le Colosse de Maroussi et y voit ce qui restera quand tout aura disparu.. « Rien que le spectacle de cette rivière sombre et mystérieuse depuis Domme, depuis cette magnifique falaise en bordure du village, est une merveille inoubliable. Pour moi cette rivière et ce pays appartiennent au poète Rainer Maria Rilke. Cet endroit n’est ni français, ni autrichien ni même européen : c’est un pays enchanté qui appartient aux poètes et à eux seuls. (...) Peut-être la France cessera-t-elle d’exister un jour, mais la Dordogne perdurera, tout comme les rêves qui nourrissent l’âme humaine. »

Le village de La Roque-Gageac construit appuyé sur la falaise qui longe la rivière. (Ph. BS)

Quelquefois c'est un village qui est adossé à la falaise comme La Roque-Gageac. Aprés Beynac la rivière longe le château des Milandes qui aujourd'hui consacre une vaste exposition à la mémoire de Joséphine Barker qui vécut ici et en fit le refuge des douze enfants originaires du monde entier, qu'elle avait adoptés. La rivière va s'alanguir, passer sous les pechs (ces coteaux escarpés) près de Saint-Cyprien et retrouver au pied de Limeuil son principal affluent, la Vézère, qui souvent apporte une eau rouge des terres lessivées du haut-pays. Après Limeuil la Dordogne va dérouler de vastes méandres dont la très belle boucle du cingle de Trémolat qui reste une des grands paysages de la vallée. Cette boucle s'achève à Mauzac qui est une véritable étape de la rivière. A partir de cet ancien port, débute la portion de la Dordogne des rapides et des malpas.

Pont au port de Mauzac sur un des méandres de la Dordogne. (Ph. BS)

 

Le confluent de la Dordogne (à droite) et de la Vézère (à gauche) au village de Limeuil. (Ph.BS)

 

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