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Ethnologie, Berry, Périgord, Auvergne, Bergerac, Dordogne, Loire, tradition orale, mémoire paysanne, recherche sur le paysage, randonnées pédestres en Auvergne et Pyrénées, contes et légendes, Histoire.


Dordogne, rivière occitane: au pays des malpas

Publié par Bernard Stéphan sur 7 Juillet 2020, 18:25pm

Catégories : #recherches sur le paysage

Le début du canal de Lalinde à Mauzac. (Ph. BS)

Les derniers caprices.- Après Mauzac la Dordogne hésite. Sur une trentaine de kilomètres elle va encore être d 'en-haut avec ses rapides, ses cassures, ses rochers et elle va déjà être d'en-bas avec ses vastes plats, ses moments alanguis. Nous entrons là dans la zone des malpas, ces mauvais pas tant redoutés des gabarriers. Il y a trois passages difficiles entre Pontours et Creysse. Les deux premiers sont proches de Lalinde, c'est le Grand Thoret avec des cascades, des rapides (les rajols), des îles (les bélisses, de l'occitan belissa), des rochers plats affleurant (les platans) et plus en aval de Lalinde le saut de la Gratusse qui est un canal naturel étroit et rapide entre les bans rocheux ( les palas). Plus en aval on trouve le rapide des Pesqueyroux à Saint-Capraise. Tant que le canal latéral à la Dordogne, de Mauzac à Tuilières ne sera pas creusé et ne permettra pas d'éviter cette zone de malpas (à partir de 1884), c'est en amont de Pontours que les maîtres de gabarres embarquaient des « pilotes » pour franchir ces passes difficiles. Et éviter que les gabarres ne viennent heurter les rochers affleurants ou se déchirent dans les passes trop étroites aux courants très rapides.

La Dordogne et son lit de pierres sous les murs de la bastide de Lalinde. (Ph. BS)

Ces gabarres à fonts plats étaient aussi appelées argentats. Le mot gabarre lui-même (en occitan gabarra) avec un seul r renvoie au latin gabarus et avec deux r renvoie au dialecte gascon. L'historien de la rivière, originaire d'Argentat, Eusèbe Bombal, a ainsi décrit le saut de La Gratusse à Lalinde : « Ce redoutable Saut de la Gratusse il s'agit non seulement de franchir une chute de 1,30 m, mais de parcourir en 15 secondes les 100 mètres de longueur d'un chenal étroit, au milieu de fortes vagues et entouré de toutes parts de rochers qui dans les temps de grandes sécheresses s'élèvent à 0,50 m au dessus de l'eau. »  Lorsque les gabares longeaient le mur de Lalinde elles passaient sous le tertre portant sur sa crête la chapelle de Saint-Front. En mémoire du Coulobre, monstre mythique, entre le serpent et le dragon qui prenait son tribu de bâteliers. Incarnation diabolique des rapides de la rivière, le Coulobre fut dit-on terrassé par saint-Front, évangélisateur du Périgord. L'expression « cal Coulobre ! » est restée comme une interjection pour qualifier quelqu'un de très ennuyeux. Aujourd'hui on n'a plus peur du Coulobre puisqu'il est l'emblème d'EPIDOR, l'établissement public du bassin de la rivière Dordogne.

La chapelle de Saint-Front qui domine la petite cité de Lalinde. Elle est le symbole de la peur des gabariers face à la zone des rapides à franchir. (Ph. BS)

A Couze, la Dordogne retrouve un petit affluent en rive gauche, La Couze, qui arrive de Boulliac. Couze-St-Front, cité papetière, port d'embarquement du tanin, mais aussi des baies de genièvre et du bois de châtaignier (lattes, carassonnes) pour les besoins des vignes, du charbon de bois de la forêt de La Bessède et de celle des Carbonniers. Plus loin au droit de Baneuil et Varenne, en rive droite la rivière longe les carrières de Léna taillées dans les falaises calcaires, noyées par les eaux du barrage de Tuilières. Ce n'est qu'une fois passé les rapides des Pesqueyroux, qu'elle va s'assagir à l'approche de Bergerac.

Une vue des îles (bélisses) dans le lit de la rivière au droit du village de Pontours. (Ph. BS)

 

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