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Bergerac: 1/ Le pont et le port

par Bernard Stéphan 13 Juillet 2018, 10:03 Histoire, mémoire vivante

La rive du port de Cadouin, et le vieux pont. (Ph. BS)

Mots d'oc/ Ville d'Oc: Bergerac.- Petite entorse estivale puisque notre chronique des villages d'oc va passer par une ville d'oc. Ce sera Bergerac ; Brageirac...

On commence simplement, symboliquement puisque le point fort du paysage est la rivière Dordogne qu'on appelle en basse vallée la Grande eau, « lo granda aygua », parce qu'à partir de Bergerac la rivière est très portante... La ville est tournée vers sa rivière et sans doute tira-t-elle sa force et son destin de ses eaux et de son pont.

Ce pont a été construit vers 1200 et il fut essentiel pendant la Guerre de Cent ans et pendant les guerres de Religion d'autant qu'il était l'unique pont en moyenne vallée...

Le vieux pont de briques et de pierre fut longtemps le seul passage d'une rive à l'autre en moyenne Dordogne. (Ph. BS)

Le mot pont, en occitan pons, a donné pontet pour petit pont ou petit enjambement de rue étroite. Il est détruit en 1783 et reconstruit en 1825.

L’appontement principal des bateaux, les gabares, est appelé cale de l'occitan cala que l'on retrouve en Auvergne avec chala pour abri. Le verbe calar ou chalar s'entend pour se mettre à l'abri. Ce petit abri pour bateau n'est pas s'en rappeler la calanque. On trouve aussi le mot calada dans l'occitan de la région de Nîmes pour désigner l'appontement pentu pavé en galets de rivière.

A Bergerac on fit un port rive droite, au pied de la cité castrale, qui prit curieusement le nom de « port de Cadouin » ou quai Salvette qui est de fait une vaste calada pavée. C'était le port du vin. Là étaient essentiellement embarquées les barriques de vin. En face rive gauche donnant au pied du Faubourg, le port de la Madeleine était celui des pierres à bâtir, des quartiers de calcaire, des gravas et du sel. Ce fut aussi, grâce à la rampe de la cale, le secteur des lavandières, les bugadières qui allaient rincer les lessives dans l'eau de la rivière. Le mot bugadière vient de bugada (buée, lessive). Le bugadier était le cuvier à lessive. Frédéric Mistral ajoutait l'exclamation « que bugadiero ! » pour dire « quel bavard ! » .

Par ailleurs une autre cale, rive droite, avec le port de Pardite était essentiellement vouée au bois et notamment aux carrassones. De l'occitan carassoun pour échalas de vigne.

C'est aussi l’appontage des pêcheurs. D’importantes pêcheries ont marqué cette rivière dans sa traversée de Bergerac. Avec notamment les filets pour pêcher les aloses, ce filet appelé « escave » lancé au milieu de la rivière et ramené au bord pour « dépenter », de l'occitan « despontar », extraire le poisson des mailles du filet.

En amont la rivière longe le quartier et la rive de l'Alba. On aura en mémoire que le toponyme Alba vient de l'occitan albar ou aubar pour saule blanc. En amont, à Lalinde on parle de bélisses pour désigner à la fois des îles boisées et des saules, lo bélisso, dont les branches traînent dans l'eau. En zone nord-occitane, en Périgord-vert on trouve à alba la variante aubas et le mot albaréda ou aubarède pour zone plantée de saules.

Concernant son étymologie, Bergerac serait un dérivé d'un patronyme gallo-romain Bracarius accompagné du suffixe acum, le domaine de bracarius. Dans sa forme occitane il s’écrit Brageirac et se prononce [brazɛj’ra] brazèïra.

*  Cette chronique est un rendez-vous hebdomadaire de RVB (Radio Vallée Bergerac) diffusé sur 96,3 MHZ à Bergerac et alentours durant la saison 2017-2018.

Le port de Cadouin ou quai Salvète qui fut le lieu très actif de la bâtellerie à Bergerac. (Ph.BS)

 

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