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Periberry

Ethnologie, Berry, Périgord, Auvergne, Bergerac, Dordogne, Loire, tradition orale, mémoire paysanne, recherche sur le paysage, randonnées pédestres en Auvergne et Pyrénées, contes et légendes, Histoire.

Noël et l'An neuf en Périgord, Auvergne, Berry Limousin

Porte dans le village de Ségur-le-Château en Corrèze

Porte dans le village de Ségur-le-Château en Corrèze

Usages d'antan de Noël (s) et de l'An neuf  en Auvergne, Berry et Périgord.- Remis à jour en décembre 2016. Rituels, cuisine, rencontres, échanges de don, contes et légendes, sociabilité, ainsi étaient les Noël (s)  de nos anciens terroirs. Explications.

Interview de Mic Baudimant.-  Mainteneur, musicien, cornemuseux conteur, pilier des Thiaulins de Lignières au Plaix en Berry.

Le sapin de Noël est-il berrichon depuis longtemps ?

L’ethnologue Laisnel de la Salle qui a beaucoup enquêté dans le bas-Berry parle du genèvrier comme arbre de Noël.  On est un peu avant 1870, il évoque la présence de cet arbre. On décorait le genèvrier avec des rubans de papier argenté.  C’est l’arbre de la joie, celui qui décore les villages pendant les comices agricoles. Le genèvrier était le sapin des brandes. Et c’est en Berry une essence qui est devenue rare depuis les grands emblavements des terres de la Champagne Berrichonne. Savez-vous qu’on l’utilisait comme enseigne des bistrots ? Il est pendu en biais sur la façade du bistrot, on l’appelle l’émouchau. Cet émouchau a mon sens va disparaître au lendemain de la guerre de 1914-1918.

Mic Baudiment, écrivain, mainteneur, des Thiaulins de Lignières, spécialiste des usages traditionnels en Berry.

Parmi les autres symboles de Noël, quel est celui qui vous vient à l’esprit ? 

 Il y a la causse de Nau, la bûche de Noël.  Vers le village de La Berthenoux (Indre), les gens faisaient jaillir les étincelles de la bûche en braises et ils criaient à chaque bouquet d’étincelles « gerbes à nous ! gerbe à nous ! ». Autant dire qu’il y avait un présage de bonne récolte de blé l’été suivant... Chaque étincelle est là pour symboliser un grain de blé. La bûche est très symbolique de sa fonction d’accompagnement des noëls en Berry qui duraient trois jours. Elle est énorme. Et peut-être plus énorme qu’ailleurs en Pays Fort où elle devait aller jusqu’au bout de l’An. Et tout ce qui n’a pas brûlé, la braise, les charbons, les derniers morceaux de bois, on met tout ça de côté, on va s’en servir comme élément repoussoir des orages et de la foudre. De même les cendres qui ont souvent une fonction prophylactique.

Noël  c’est un temps de croyances dont les collectes sont riches...

Je pense aux trésors de Noël. Les pierres immobiles bougent et révèlent dans leurs entrailles un trésor. Ceci renvoie à un conte irlandais, celui des cromlechs qui tous les cent ans, la nuit de Noël, s’éveillent et partent boire à la rivière. A leur emplacement ils révèlent les profondeurs de la terre où brille un trésor. C’est la variante des pierres-sottes des Légendes rustiques en Berry. Elle renvoie à la légende des paraquins de Laisnel de la Salle.  Dans un village du bas-Berry il y avait un  petite église ouvrant sur une placette herbue qu’on appelle un paraquin.  Là, la nuit de Noël une pauvre fille a donné naissance à un enfanton. Elle se trouve là à minuit, la cloche sonne, la pierre bouge, elle révèle un escalier qui descend dans les profondeurs, une cave voûtée brillante d’un riche trésor. Notre pauvre fille descend, charge son tablier de pièces, laisse l’enfanton sur un tas d’or, au dernier coup de minuit elle s’extrait en haut de l’escalier oubliant le nouveau né dans les entrailles. Toute l’année durant elle aura le remords qui la poursuit, elle songe à l’enfanton, elle est torturée. Un an après au premier coup de la cloche elle descend l’escalier, l’enfant est là, identique, comme déposé quelque temps avant, elle s’en empare et elle ressort à l’air libre oubliant l’or qui brille.  La morale c’est que le trésor, il n’est pas là où l’on croit, il n’est pas dans le tas de pièces d’or. Noël révèle des trésors, il faut les chercher...

   Autre temps fort les bêtes qui parlent. Elles ne sont pas exclusivement berrichonnes, mais elles parlent beaucoup ici... 

C’est sans doute la traduction de la peur de la mort. Il ne faut pas oublier que dans ce temps-là beaucoup de gens mouraient jeunes, les jeunes femmes mouraient en couche, les bébés mouraient à la naissance. La mort est donc là, au milieu des gens, il faut la conjurer.

Et les collectes...

C’est la fête religieuse par excellence, c’est donc un temps de partage et de dons. On donnait les cornaboeufs, ces pains en forme de corne de boeufs, (photo ci-dessous) comme de grands croissants. Laisnel de La Salle parle de gros cornaboeufs de trois ou quatre livres, ça fait déjà un beau pain ! Mais on donnait aussi simplement du pain. Le lendemain de Noël, vers Saint-Christophe-en-Boucherie (Indre), les pauvres passaient dans les domaines chercher du pain. C’était des boules de pain cuites à la dernière fournée pour Noël. Et chez les pauvres gens, ce pain, coupé en morceaux dans la soupe, même très dur, il pouvait durer longtemps.

C’est aussi un temps de chants. Est-ce toujours religieux ?

   Non, les chants de Noël, ce qu’on appelle « Les Noëls » peuvent même être subversifs au sens où certains textes bouscules l’ordre établi. On retrouve le fameux Noël de Bourges qui est colporté dans les bibles de Noël diffusées jadis par les colporteurs et imprimées à Orléans.

Et Noël aujourd’hui, comment le voyez-vous ?

Je constate que dans ces temps-là, pas si lointains, ce sont des traditions qui architecturaient l’événement.  Avec les Avents, la bûche, la messe de minuit, chacun savait où il en était et il n’avait plus qu’à rentrer avec sa poésie personnelle. Cette architecture donnait du sens. Aujourd’hui ça manque, il n’est de Noël que de commerces ! Noël c’est de l’espoir. Ce n’est pas que du commerce. Mais quand ça ne devient que du commerce, c’est difficile de croire au Père Noël !                                               

Après Noël, viendra le jour de l’An. Le gui l’an neuf. Etait-ce aussi  un temps fort dans votre enfance ?

e jour des étrennes c’était bien sûr le premier de l’An, le jour du Bonhomme Janvier. Chez ma grand-mère, à Chezal (Cher), je n’ai jamais eu de cadeaux que pour le premier janvier avec le Bonhomme Janvier qui était une forme du Père Noël d’aujourd’hui.

  1. "Les légendes rustiques" sont un des ouvrages majeurs de George Sand dans son aspect de collecteuse des usages de La Vallée Noire.

  2. Le genièvre ou genévrier est aussi l'arbre de la joie en Périgord. On le retrouve comme décor des entrées d'églises ou de mairies et des salles de banquets pour les mariages. Il est alors paré de fleurs et de rubans.

     


 


Les clés de Noël et du Gui l'An neuf en Périgord, Auvergne, Berry, Limousin.


"Le Petit Jésus".- An neuf ou gui l'an neuf qu'on appelait dans les hameaux des tertres de Lalinde en Dordogne Le premier de l'An. Ici pas de réveillon et pas de mise en scène pour accueillir le Père Noël avant le milieu de la décennie 1960. Jusque là on est humble, le temps du Noël marchandisé n'a pas atteint ces terroirs. Et d'ailleurs on ne parle pas exclusivement du Père Noël. On dit aussi jusqu'au début des années 1960 "le petit Jésus" à propos du visiteur de la fameuse nuit. "Si tu n'es pas sage le petit Jésus ne passera pas", disait ma grand-mère. L'expression renvoyait forcément aux usages de son enfance, fort ancienne pour nous aujourd'hui, puisqu'elle était née en 1897 et alors on ne parlait pratiquement pas du Père Noël dans le Périgord d'antan puisque l'homme à la houppelande rouge et à la barbe blanche a été popularisé dans l'Entre-deux-Guerres seulement. On parlait du Petit Jésus comme visiteur et porteur des rares cadeaux. Goursaud dans son livre La société rurale traditionnelle en Limousin a ainsi raconté l'usage relativement récent des cadeaux apportés par le Père Noël: " En 1900, l'usage pour les enfants de placer, la veille de Noël, leurs sabots dans la cheminée, était devenu à peu près général, mais il était récent. En effet, la plupart des personnes nées avant 1880 que j'ai pu interroger m'ont toujours affirmé que cette coutume était inconnue dans leur enfance. Les gâteries déposées dans les sabots par le petit Jésus (il n'était évidemment pas question du Père Noël) étaient d'ailleurs très ordinaires: quelquefois une orange, mais le plus souvent une pomme que l'on choisissait bien rouge, quelques pralines (...)"

Un genièvre décoré.- Pas plus d'ailleurs qu'on ne décorait les maisons, sapins et guirlandes s'installent progressivement après la seconde guerre mondiale. Et encore timidement. Dans la maison d'enfance près de Lalinde  (Dordogne) le sapin était un genièvre, rarement un jeune pin. Mon grand-père se souvenait du premier sapin chichement décoré qu'il avait vu, c'était pendant l'Occupation, dans un stalag en Silésie où il était prisonnier de guerre. Le genièvre, dans la maison familiale, était décoré simplement de noeuds de papier de chocolat, de rubans de tissu, au pied, une crèche en santons, assez ancienne puisqu'arrivée dans la famille par mon arrière- grand-mère maternelle,  que nous montions chaque année avec un plaisir certain. Nous en commencions la construction autour de Sainte Lucie (13 décembre) pour la démonter une fois passé la Chandeleur (2 février) !

Deux genièvres ou piniers, ou sapins des brandes encadres le portail de 'léglise ede Pontours en 2002 pour ce décor de mariage avec la jonchée traditionnelle. Les genièvres sont aussi des arbres de Noël en Périgord.

Légende: Le parvis de l'église de Pontours (Dordogne) en 2002 décoré pour une cérémonie de mariage. Deux piniers (genièvres) ou sapins des brandes, encadrent la porte, une jonchée traditionnelle est jetée sur le sol. Les sapins des brandes sont souvent les arbres de Noël en Périgord.


Quant aux cadeaux, ils furent rares jusque dans les années 1960. Généreux en chocolats, oranges, toujours un livre, mais très rares en jouets. En Berry, Mic Baudimant appelle le genièvre, cette plante des pelouses calcaires,  « le sapin des brandes » qui est très présent dans les maisons au début du XXè siècle et qu’il qualifie aussi « d’arbre de la joie» parcequ’il est un élément du décor festif dans tous les moments de fête et notamment pendant les comices agricoles. En Périgord, le genièvre est constitutif du décor des mariages, il est dressé à l’entrée des églises et décoré de fleurs, il habille  (habillait) les salles du banquet, là aussi orné de fleurs en papiers et de rubans de couleurs. (Tant que les salles des banquets de mariage étaient les granges des fermes jusque vers 1970, avant qu'elles ne se transportent dans les salles des fêtes sans âme et sans goût).  On évoque aussi les piniers. En Périgord il était d'usage de planter deux piniers pour encadrer la porte de l'église où allait se dérouler un mariage ou pour encadrer l'entrée d'un chemin ou d'une route menant à la maison des mariés. Le mot pinier désigne invariablement un genièvre ou un jeune pin. Autre végétal jouant un rôle dans la période, c'est l'aubépine appelée buisson blanc en Périgord. Il était d'usage, en Périgord de planter une branche d'aubépine sur le tas de fumier, le Premier de l'an, pour "engraisser" le fumier, le rendre riche, fertile, et espérer ainsi de bonnes récoltes.

La messe de minuit.- Noël est évidemment ponctué par la messe de minuit qui sera vraiment dite à minuit jusqu'à il y a une trentaine d'années. Dans mes jeunes années en Périgord elle était peu prisée, les églises loin des hameaux, c'était une pratique religieuse des femmes et des enfants qui allaient et venaient sur de longues distances, plusieurs kilomètres, sur des chemins de campagne et des chemins forestiers avec un falot pour tout éclairage. Lorsque nous rentrions dans le froid de cette nuit, nous n'avions aucune envie de nous mettre à table, nous rêvions d'un lit chaud et d'un lendemain qui révèlerait un probable cadeau, même modeste, déposé au pied du genièvre. Bien sûr on brûlait la bûche, une grosse bûche (lo sucho de nadal), mais c'était simplement pour qu'elle tienne le feu après le souper, le temps du retour des femmes et des enfants de la messe de minuit. Il était d’ailleurs d’usage de balayer le tablier de la cheminée, un nettoyage préparant  la venue du Père Noël la nuit du 24 décembre. En Berry; Mic Baudimant évoque plus longuement la messe de minuit qui était souvent dans les domaines agricoles le fait des hommes dans des terroirs où la pratique religieuse était familiale. Les femmes demeurant à la maison pour préparer le souper d’après-messe. Jean-Louis Quériaud, collecteur d'usages en Charente Limousine note que "on balayait la maison avant d'aller se coucher"

Les Noëls ou chants routiniers.- Les Noëls ou "beaux noëls" sont des cantiques traditionnels, très typiques d’une province, d’un terroir, d’une tradition de chants vernaculaires et de musique routinière. Ils sont détachés de la liturgie, sans doute une des raisons de leur grand succès jadis. Ils ont souvent été collectés, notés et la musique a pu être écrite au cours de ces collectes. Au XVIè et XVIIè les textes des chants des Noëls sont écrits, souvent en dialectes locaux dans les terres d’oïl, en dialectes d’oc dans les pays de langue d’oc. Ils sont imprimés. Plusieurs sources évoquent des opuscules  "à couverture bleue". Ces opuscules, souvent appelés « bibles de Noël », sont vendus par les colporteurs. On a en tête quelques titres comme Les Noëls Limousins, Les Noëls d’Auvergne. On a connu les noëls du Forez imprimés à Saint-Étienne, recueillis par un certain abbé Chapelon à la fin du XVIIè siècle. Progressivement, à côté des cantiques religieux, les noëls ont pu être des chants profanes. Ils ont profondément marqué les usages de rencontres communautaires des groupes agraires et pastoraux d’autrefois pendant la période de l’Avent et durant tout le cycle de noël et même jusqu’à la Chandeleur. Ces communautés pastorales avaient l’habitude de se retrouver pour la messe de minuit. Claude Seignolle dans ses collectes en Sologne et dans le Berry a trouvé ces messes des bergers accompagnées des chants des vieux noëls du Berry. Longtemps des chants de Noël se sont transmis oralement, colportés par les musiciens routiniers, et probablement comme dans le Berry par les fameux « maîtres sonneurs » allant à pied d’un village à l’autre, d’une église à l’autre.

Dans un vieux texte, Fêtes carillonnées, publié en 1929 à la librairie Académique Perrin et Compagnie, A.Mabille de Poncheville évoque ainsi une autre interprétation publique des noëls d'antan, celle du théâtre: "Le noël, fait ici pour se chanter à plusieurs voix, se transforme en une scène du Mystère qui se passe à un carrefour ou sur la place d'une petite ville française, entre des pignons auxquels se balancent les enseignes bien achalandées du Lion d'or ou de La Table Ronde." On connaît un rare manuscrit, celui du père Natalis Cordat, (XVIIè siècle), qui a ainsi noté soixante-cinq noëls qu'on chantait dans les églises du Velay. Ce manuscrit est conservé à la bibliothèque de Clermont-Ferrand. Récemment un disque titré Noëls baroques en pays d'Oc a mis en musique quelques-uns des noëls de l'abbé Cordat.

Un très long texte (42 couplets) est le noël de Thevet (canton de La Rochefoucault en Charente limousine), il contient une forme de chronique évoquant certains usages et notamment ceux des nombreuses offrandes à la crèche.  Ainsi ce couplet qui évoque le cadeau apporté par les habitants de Coulgens: " De Coulgens, toute une clique / Vinrent dans le moment/  Avec une bonne barrique/ De bon vin qu'ils amenèrent./Ils avaient bien pris la vrille,/Une tasse,/Des douzils, une bouteille,/Un gobelet./"


La bûche de Noël.- On l'appelle la cosse de nau en Berry, le tisou de nadal ou souche de nadal en Périgord ou encore le tréfeu  (au sens de trois feux puisque la bûche devait au moins durer trois jours et trois nuits).  Ses cendres ont des vertus prophylactiques. Les restes de la bûches étaient dispersés dans tous les bâtiments de la ferme et aussi dans le potager et le verger pour assurer protection. Dans le Périgord, les cendres étaient recueillies dans un linge blanc et ainsi déposées dans une armoire. Dans le Limousin ces cendres avaient des vertus diverses dont celle d'accompagner les mourants dans l'au-delà, d'assurer une bonne récolte de froment et d'éloigner les orages et notamment leur effet le plus redouté; la foudre. Chabot dans ses Vieux usages de Noëls a noté qu'en Berry la bûche devait provenir "d'un chêne vierge de tout élagage abattu  à minuit. On le dépose dans l'âtre, au moment où sonne la messe nocturne, et le chef de famille, après l'avoir aspergé d'eau bénite, y met le feu." L'abbé Georges Rocal dans ses inventaires des usages intitulés Vieux Périgord signale que dans le Périgord Vert, à Saint-Saud-Lacoussière, la bûche devait brûler jusqu'aux rois. On trouve dans plusieurs enquêtes ethnographiques, dans divers terroirs dont certaines communes d'Auvergne, le geste de frapper la bûche en feu pour en faire jaillir des étincelles. La densité des étincelles est toujours un présage de bonne récolte de blé pour l'année nouvelle. Dans le nord de l'Auvergne, en Bourbonnais on évoquait "la bûche qui pétille". En Charente limousine on avait l'usage de brûler trois types de bois, une bûche de noisetier, une bûche d'aubépine, un fagot de houx. Les tisons de ces trois essences auraient des destinations différentes. C'est pour la fête des Rois qu'ils étaient dispersés. Le tison du noisetier rejoindrait le poulailler, il portait avec lui la vertu de favoriser la ponte des poules. Le tison de l'aubépine trouverait place sous les lits pour protéger les occupants. Enfin les petits tisons des branches de houx seraient dispersés dans l'étable pour protéger le bétail.

Quand venait Paulate.- C'est un aspect original de Noël, on le trouvait dans quelques communes du Cantal, en Xaintrie et dans l'Artense.  Le personnage de Paulate est une sorte de bonne fée, ancêtre du Père Noël. Paulate venait à la porte des maisons la nuit de noël apporter sucreries et friandises aux enfants. Ce personnage légendaire, lointain précurseur du Père Noël,  peut être rattaché à la tradition de Saint-Nicolas. La tradition de Paulate fut vivace dans certains cantons du Cantal, dont celui de Pléaux, au point que dans la période de l'Avent de Noël, dans chaque paroisse, à l'heure de l'angélus du soir, on sonnait Paulate aux clochers des églises. Une tradition festive du carillonnage qui marquait ainsi toute la période qui précédait Noël. Le ton des cloches qui éatient sonnées à la volée était celui de l'air du Bon Roi Dagobert.

Les cloches de Noël.- Les carillons de Noël ont été plus ou moins signalés selon les terroirs. C'est à l'évidence dans le Cantal avec la sonnerie à Paulate (lire ci-dessus) que ces carillons sont fortement identifiés. Ils l'étaient aussi dans la Double du Périgord, ce terroir de forêts, d'étangs et de landes, frontalier des Charentes. L'habitude de sonner Noël à la tombée du jour s'exprimait par l'expression suivante: "On sonne pour accueillir Noël". L'historien Manuel Balaguer, auteur du livre Une oasis en Périgord, la Double de Dordogne (Edition Les Amis de la Double, 1981) a bien expliqué cet usage des carillons de Noël au pays des étangs Doublauds.


La Chandelle de Noël.- En Auvergne on trouve quelques témoignages sur la chandelle de Noël. Les descriptions rapportent qu'une brioche est déposée sur la table familiale, au centre de cette brioche est dressée une chandelle. Elle brillera durant tout le souper de Noël qui, chez les paysans était frugal et essentiellement composé d'une bouillie fromentale, de quelques charcuteries et de fruits. La chandelle de Noël était précieusement conservée et rallumée pour deux grandes occasions calendaires. Le matin du jour de l'An pour les échanges de "bonne année" et le jour de l'Epiphanie. Cette chandelle de Noël a été repérée dans les usages de la Lozère. Le collecteur Chabot dans La Nuit de Noël dans tous les pays (Imprimerie Moderne Pithiviers, 1918) évoque l'usage de la bonne année en Lozère qui se faisait à la pointe de l'aube. Les visiteurs étaient acceillis avec la lumière de la chandelle de Noël. 


Ramonage de la cheminée.- Dans le Berry un témoin a raconté dans Le Berry républicain du 28 décembre 2012 qu'au temps de ses jeunes années, il habitait une ferme de la commune d'Ivoy-le-Pré entre 1930 et 1940, son père ramonait la cheminée le 24 décembre.  Sans doute pour rendre plus confortable l'arrivée du Père Noël... J'ai souvenir de mes noëls d'enfant dans le Périgord. Il y avait dans cette maison une vaste cheminée. Mon grand-père balayait énergiquement, et discrètement, dans la nuit, le tablier noir de suie de la cheminée pour y laisser des traces, indices supposés du passage du Père Noël.

Le réveillon et les repas.- Le mot est rare on parle davantage de souper, souper de la nuit, souper maigre ou gros souper. Le collecteur, ethnologue, Alphonse Chabot évoque cette forme qu'il a trouvé dans la Lozère. Il écrit ceci: "Dans les montagnes du Gévaudan (Lozère), on arrive à trois heures du matin de la messe de minuit. On prend un air de feu et on se met à table. Depuis des siècles le menu est toujours le même: oreille de porc, riz au lait, saucisse, fromage. Le tout était jadis arrosé de Vivarais, vrai nectar que les vieux seuls ont connu (...)" Alphonse Chabot qualifiant le repas de la nuit en Auvergne parle de "repas maigre" au sens où on a beaucoup de mets, mais ils sont tous maigres (fruits, fruits secs, fromages, soupe, poisson, bouillies, galettes, brioches, pain). Le jour de Noël on fait repas gras. En Périgord, traditionnellement on mange le coq. Comme dit le diction " per nadau minjem lo jau ": "pour noël on mange le coq". Le réveillon s'entend dans les campagnes de jadis comme une collation très tardive de rupture du jeûne. En effet pour aller à la messe de minuit, qui était vraiment dite à minuit, les ouailles qui voulaient communier devaient s'y présenter à jeûn. C'est donc bien un repas de nécessité qui était pris au retour à l'heure du réveillpn.


L'orange de noël.- C'est un fruit qui apparaît dans de nombreuses rencontres avec des témoins qui ont été enfants dans l'Entre-deux-guerres. Aux temps où l'orange restait un fruit rare, typique de l'hiver et parcimonieusement distribué. Ma grand-mère paternelle Madeleine C. se souvenait qu'au bourg de Lalinde (Dordogne), au lendemain de la Grande Guerre, arrivaient quelques jours avant Noël les caisses en bois contenant les oranges, chez l'épicier du bourg. C'était, disait-elle, une grande curiosité pour les enfants qui rêvaient de cette "pomme d'or". L'orange de Noël ne s'offrait souvent qu'à l'unité dans les sabots déposés dans l'âtre des fermes des petits paysans pauvres du Périgord. On retrouve dans la décoration traditionnelle une orange entièrement piquetée de clous de girofle, elle est alors appelée "pomme d'ambre", elle parfumera la maison durant toute la période.

Le temps des quêtes.- Vieil usage jusqu'à une date récente, le cycle de noël était marqué par des tournées de quête à la charge des enfants. Dans certaines terroirs ils sont décrits allant de porte à porte, chantant des cantiques ou des ritournelles. Martyne Perrot dans son livre Ethnologie de Noël (Editions Grasset) évoque ainsi les quêtes pour l'Auvergne: " En Auvergne près de Clermont les enfants chantaient d'où viens-tu bergère... et avaient ainsi une chance de recevoir du lard, du saucisson, des oeufs, du fromage. Dans le Cantal, les jeunes gens qui malgré le froid et la neige parcouraient les campagnes une besace sur l'épaule pour recueillir les offrandes étaient appelés lei rabeillés (les réveilleurs)" et leurs tournées "les réveillées".  En Limousin et en particulier à Limoges cette quête était appelée du mot venu de l'occitan proufesta. C'est à dire "pour la fête". Cette proufesta était une collecte a partager dans une fête collective.

Saint-Jean l'Evangéliste.-  Il est fêté le 27 décembre. Jour appelé aussi saint-Jean d'hiver. C'était en Périgord, en Bourbonnais, en bas-Limousin, en Berry, en Auvergne, la date choisie pour goûter le vin nouveau. C'était un rituel de sociabilité dans les communauté paysannes et vigneronnes de se faire visite pour goûter ce vin. 


Le Premier de l'An.- Le temps fort de la période reste dans mon souvenir celui du Premier de l'An. Il était vraiment la fête de famille et le rite de l'échange et du don. La famille venait des villages lointains avec des étrennes qui étaient modestes, mais très symboliques. Il y avait toujours des cigarettes américaines pour mon père, des cigarillos pour mon grand-père, une eau de Cologne pour ma grand-mère et un parfum ou un rouge à lèvres pour ma mère. Et on se souhaitait la bonne année. "Je te souhaite la bonne année mémé..." Et celle-ci-répondait, "à toi aussi mon petit, que tu sois sage, bon écolier et bien aimable". Quant aux adultes ils se souhaitaient la santé et de bonnes récoltes. Il arrivait que dans les hameaux on voisinait. Les uns allait chez les autres, ce jour-là,  pour s'échanger les voeux et on finissait d'entrer pour boire  le verre de liqueur rituelle qui, en général était un verre de liqueur de genièvre. J'ai retrouvé le même usage dans le Berry, dans la région de Sancerre où la liqueur était un verre de cassis. Avec une autre variante berrichonne, les hommes voisinaient pour goûter le vin nouveau, notamment dans les villages vignerons du  Sancerrois et dans ceux de  la région de Menetou-Salon. Dans ce cas-là ils s'offraient le verre de cave qui était un verre sans pied. En Auvergne, dans certaines contrée il était d'usage d'offrir une collation de charcuteries et de pâtisseries à qui venait frapper à la porte pour donner la bonne année.


Temps de légendes.- Le temps des légendes et des croyances ponctuait la période de Noël à l'Epiphanie, ce fameux cycle des douze jours. Ainsi on savait que dans un vallon proche, où le ruisseau franchissait une route blanche et où il y avait une mare, la nuit de Noël, pendant les douze coups de minuit, on entendait les battoirs des revenants du hameau qui lavaient là les âmes. Bien sûr je ne me suis jamais aventuré sur les berges de la mare à l'heure fatidique pour être confronté aux revenants qu'on nomme en Périgord les "tornes" (ceux qui tournent) ! On savait que dans les grands châtaigniers, les tornes (ou âmes de retour) fouillaient les feuilles mortes à l'heure de minuit pour chercher quelque nourriture. On savait tout celà et on aimait entendre ces légendes de nadal (Noël) qui nous accompagnaient chaque année. On savait que certaines nuits passaient la chasse volante ou chasse fantastique. On raconte qu'un veneur sur son cheval traversait les nuées, précédé de sa meute avec force bruits, sons de trompes et aboiements.

on vendait des petit gâteau antropomorphes  à la porte des églises, notamment dans le Berry et dans le nord du Limousin.

Légende: biscuits antropomorphes que l'on servait à la sortie des messes dfe Noël en Berry.

Friandises.- Un usage voulait que parrain et marraine apporte en cadeau à leurs filleuls un petit gâteau, un sablé de forme anthropomorphe qu’on appelle naulet en Berry. On y voit la représentation de l’an neuf qui vient à peine de naître à moins qu’il ne s’agisse de la représentation de l’enfant Jésus.  Le mot naulet employé en Berry a bien la consonnance de Noël quand en Touraine c’est le guillauné qui renvoie à Gui l’An neuf, donc à l’An nouveau. Un autre usage  est rapporté par l’ethnologue Arnold Van Gennep qui précise que la nuit de Noël était la seule de l’année où les indigents avaient le droit de mendier publiquement en entonnant des cantiques. Ils le faisaient à la sortie de la messe de minuit, ils recevaient en échange des pièces et un pain en forme de corne appelé cornaboeuf dans le Berry, pain aux boeufs dans d’autres terroirs par allusion à sa forme. Raynal dans son Histoire du Berry évoque ainsi le petit pain distribué à la fin du XIXè siècle dans le Berry à Vierzon: " A Vierzon pendant quelques jours des environs de Noël, tous les pâtissiers vendent un petit gâteau de forme bizarre qu'on appelle l'ai gui l'an." L'ethnologue et folkloriste du Berry, Renée Ledoux-Panis, a rapporté ainsi dans son livre  Le bon manger et le bon boire en Berry (Edition Souny, 1984) les éléments d'une note du Docteur Emile Quillon rédigée en décembre 1928, dans laquelle il témoignait de la fabrication des nôlets dans le bas-Berry. " A la Noël, on mangeait le nôlet, c'était un gâteau qui, par sa forme, rappelait l'effigie ou la silhouette de l'enfant Jésus. On y dicernait tête, corps, bras et jambes.  Les yeux étaient représentés par deux pois noirs, le nez par un pois blanc; la bouche par des pois juxtaposés ou par un vide. (...) Les ménagères expertes en préparaient un gros pour la maisonnée et des petits pour les enfants.(...)"

Les cornues, brioche ou pain en forme de cornues étaient bénies à la mese de noël et partgagés par les fidèles.

Légende: des brioches ou des pains en formes de cornes, dits cornues, étaient fabriquées pour être partagés pendant la messe de minuit. On retrouve cet usage en Limousin et en Berry.

Sept questions autour des légendes de Noël en Périgord, en Berry, en Auvergne, en Limousin, en Gascogne et en Quercy…


1.- Quels sont les grands collecteurs de cette tradition orale ?

Une grande collecteuse en Berry est George Sand. Elle a  conduit cette collecte au milieu du XIXè siècle et elle a réuni une partie de la somme de ses trouvailles dans les Légendes Rustiques, un ouvrage illustré par son fils Maurice. Il s'agit de célèbres dessins qui  campent les fantômes, les loups, les revenants, les lavandières de la nuit. En Périgord un autre collecteur fut l'abbé Georges Rocal qui a ainsi compilé au début du XXè siècle dans tous les cantons du Périgord et publié une partie de ces usages collectés dans les Vieilles Coutumes dévotieuses et magiques du Périgord. Autres collecteurs, Jean-Louis Boncoeur en Berry dont on a célébré les cent ans de la naissance et Claude Seignolle qui a travaillé sur le Périgord dont il est originaire et sur le Berry et la Sologne, ses terroirs d’adoption. Il faudrait ausi citer d'autres collecteurs comme Laisnel de La Salle, le comte Jaubert ou Jean Mellot, dans le Berry et plus récemment dans cette même région Daniel Bernard et Renée Ledoux-Panis. Il y a aussi des sociétés locales qui oeuvrent comme les Forestins, les Thiaulins ou La Rabouilleuse en Berry ou le Bournat en Périgord. En Auvergne l'écrivain Henri Pourrat a été un fin observateur de la vieille société paysanne et pastorale. Il a notamment évoqué la tradition du blé de Noël, usage observé dans les villages des Monts du Forez (lire-cidessous). De même Henri Chabot qui a dressé des inventaires en Auvergne, mais aussi en Bretagne et en Provence

2.- Retrouve-t-on des croyances similaires en Périgord, Auvergne, Berry ?

Oui, et d'ailleurs on les retrouve dans une vaste tradition indo-européenne et avec les migrations, aujourd'hui en Amérique. La réalité c'est que ces figures de l'étrange, portées par la tradition orale dont les veillées paysannes jusqu'au milieu du XXè siècle, ont été réinterprétées, enjolivées ici, enlaidies là, elles passent au filtre des mots locaux, mais le fond est souvent le même. Un exemple est donné par les lavandières ou laveuses de la nuit. George Sand les appelle les lavandières et elle attribue leur forme à des revenantes qui seraient des mères infanticides. Cette idée des tueuses de bébés se retrouve dans la tradition orales auvergnate qui raconte les lavandières de la nuit en particulier dans le Val d'Allier. Dans d'autres cultures ces revenantes appelées aussi laveuses, sont simplement les âmes du village, qui condamnées au purgatoire, doivent chaque année retourner au plus près du village laver leur âme à l'heure de la messe de minuit. J'ai le souvenir très précis de la légende des laveuses dans mon village du Périgord méridional. Pas loin du village, dans un vallon, coule un ruisseau hivernal. Dans la combe, ce ruisseau traverse une mare qui alors était couronnée d'immenses ormes. Là , disaient les vieux du village, la nuit de Noël on entend les battoirs des revenantes. Ils employaient le mot tornes de l'occitan torna qui signifie revenant. Il disait "les âmes des tornes" qui, dans son esprit, renvoyait à toute la mémoire des morts qui un jour avaient vécu dans le village proche. George Sand dévidait davantage l'histoire de ces revenantes en précisant bien la mise en garde suivante: Il faut se garder de les observer ou de les déranger; car, eussiez-vous six pieds de haut et des muscles en proportion, elles vous saisiraient, vous battraient dans l'eau et vous tordraient ni plus ni moins qu'une paire de bas. Ce retour des âmes prenait une autre forme dans certains coins d'Auvergne, et en particulier dans des cantons de la Limagne. Il était d'usage de laisser sur la table de la cuisine, à l'heure de la messe de minuit, la soupière pleine de soupe pour le repas des âmes, au moment des coups de minuit.

Un exemple de l'exportation de nos usages et rites, c'est par exemple la distribution des naulets, ces petits gâteaux en forme d'enfant Jésus aux enfants. Usage qui fut commun en Berry et dans une partie du Limousin. On le retrouve aujourd'hui en Acadie, en Amérique du Nord, avec la distibution de ce biscuit baptisé noulet.

3.- Les laveuses sont-elles typiques de la nuit de Noël ?

Sous cette appellation de laveuse de noël probablement. Toutefois il existe une tradition de contes et légendes des laveuses en Auvergne que l'on retrouve la nuit, et peu importe qu'il s'agisse de Noël ou d'une nuit moins sacrée. C'est ainsi qu'on raconte l'histoire des lavandières de Gayette près de Varenne-sur-Allier, et celle des laveuses d'Olliergues sur la Dore. On retrouve la légende dans la tradition orale allemande, et dans tous les terroirs français avec une variante, celle des Dames Blanches. Dans certaines variantes racontées, ces lavandières étaient porteuses d'un très mauvais présage annonçant une mort prochaine. C'est la variante continentale de la figure de banshee en Irlande. C'est la silhouette blanche du spectre qui est très présente dans les vieilles légendes hivernale d'Europe centrale et d'Amérique du nord.


4.- Noël c'était la nuit où les bêtes parlent...

Là encore c'est une constante de toutes les traditions.  En Berry le collecteur-folkloriste Laisnel de la Salle, à la fin du XIXè siècle, a beaucoup écrit sur le sujet. Il a mis en évidence qu'il y a, la nuit de Noël, un partage des fonctions entre l'homme et la femme. Nous étions alors dans une civilisation rurale essentielle, donc toutes ces croyances sont rurales et paysannes. La nuit de Noël; un usage veut qu'on donne une meilleure provende aux bêtes domestiques, sans doute gage d'un avenir incertain et remerciement d'une année de labeur. En Berry à Saint-Hilaire-en-Lignières le curé bénissait, pendant la messe de minuit, une provende exceptionnelle pour les volailles de basse-cour. On associait les bêtes domestiques à la nuit de partage des hommes. Ce sera la tâche des hommes. Les femmes sont alors reléguées dans les taches domestiques et familiales.  Dès la veille de Noël, écrit Laisnel de La Salle, à la tombée du jour, toutes les portes des écuries, bergeries, surtout celles de la bouverie,  sont soigneusement barricadées.  Défenses expresse aux femmes de s'y introduire, de peur que, par leur moyen, le Maufait n'établisse des intelligences dans la place.
Mais attention; personne ne devait être présent dans les étables en présence des bovins à minuit, l'heure qui a une fonction sacrée où tout se passe puisque à cette heure là les bêtes parlent et elles disent l'avenir. Que l'homme ne doit pas entendre, c'est un avenir qui peut porter les pires présages. Jean-Louis Boncoeur a collecté plusieurs variantes de cette légende des aumailles (les bêtes) qui parlent et qui annoncent la mort des gens du village, nommément. Arnold Van Gennep avait collecté des usages similaires en Auvergne. C'est ainsi qu'à La Bourboule ce sont des boeufs qui annoncent les morts de l'année, à Aydat, Saint-Sauve et Chanonat ce sont des vaches.

5.- C'était aussi la nuit des trésors apperçus. Comme si on pouvait seulement rêver en espérant des cadeaux qui ne viendront jamais...

Cette histoire est très présente dans les terroirs où il y a des mégalithes ou des zones de rochers. Notamment dans le nord de la Creuse, mais aussi dans le Livradois et dans le Velay. La tradition orale évoque les rochers qui bougent au premier coup de minuit et laissent percevoir dans les entrailles de la terre des amoncellements de pièces d'or. Celui qui s'avisent à vouloir quérir quelques pièces doit descendre dans les entrailles et ressortir avant que le douzième coup ne sonne sans quoi il est pris, à jamais enfermé par les roches qui ont alors retrouvé leur place définitive. Aucune variante n'évoque la réussite d'un téméraire. Mais toujours l'impossibilité d'aller au bout de l'expédition, sous les mégalithes seul le rêve est visible mais inaccessible, comme un  numéro du loto que l'on ne pourra jamais atteindre. C'est peut-être la morale d'une histoire qui renvoie à des trésors qui ne sont pas forcément là où on les voit l'espace des douze coups de minuit. Une croyance ancienne en Limousin veut que la nuit de Noël les gardiens maléfiques, monstres, diables, sorciers, êtres surnaturels, baissent la garde de leur vigilance. Et le temps des douze coups de minuit autorisent l'accés à des mondes qui normalement sont innaccessibles. C'est ainsi par exemple sur le puy de Gaudy au sud de Guéret dans la Creuse. Il y a dit-on un rectangle de pierre, sur les pâturages sommitaux qui délimite une zone. Ce rectangle de pierre cerne une pierre levante qui bouge et laisse entrevoir un supposé trésor brillant dans le sous-sol au moment du tintement de la clochette, pendant l'élévation, pendant la messe de minuit. Quiconque tente de pénétrer dans les entrailles y laisse la vie, la pierre levante retrouvant sa place pour un an au dernier tintement de l'élévation.

Dans cette famille des phénomènes qui ne se produisent que la nuit de noël, il y a cette légende à Saint-Sulpice-le-Guétois, dans la Creuse, où dit-on, à l'emplacement d'un ancien château fort, une cloche de la plus haute tour s'est enfoncée dans la terre. Cette cloche sonne chaque année à minuit précise le 24 décembre.

6.- Et il y a la figure de l'homme silencieux, du soldat silencieux, du cavalier silencieux, de cette étrange silhouette qui passe...

Oui, c'est très étrange cette vision qui est anecdotique car ce n'est pas une légende structurée en soit. Mais elle apparaît dans la tradition orale dans de très nombreuses régions. J'ai noté les dires du doyen de mon village quand j'avais une dizaine d'années. Lui-même avait alors autour de 90 ans. Il se souvenait du retour d'une messe de minuit au bourg de Pontours, sur la rive gauche de la Dordogne, dans les dernières années du XIXè siècle. Je retranscris approximativement ses dires ainsi: « On marchait dans la nuit au falot après la messe de minuit. Fallait qu'on traverse tous ces bois et qu'on remonte le chemin d'une escoursière de la combe. On suivait la route empierrée, il y avait un beau clair de lune, et un froid, un froid !... Tout d’un coup on a vu venir de vers nous un cavalier et son cheval. C'était un hussard. On n'entendait rien, le cheval faisait aucun bruit comme s'il touchait pas terre. Il est passé devant nous, moi, ma pauvre soeur et ma pauvre mère. On s'est retourné, sur la route il y avait un sac plein de paille. On a eu bien peur, on est parti bien vite dans la combe. »
On retrouve la figure de l'homme silencieux chez Laisnel de la Salle en
Berry lorsqu'il évoque la distribution de la provende aux bêtes, la nuit de Noël: « Lorsque, durant cette espèce de réveillon, on est obligé d'envoyer le bétail boire au dehors, assez souvent, à leur retour de l'abreuvoir, les aumailles se trouvent accompagnées d'un bouvier inconnu, tombé on ne sait d'où. Ce mystérieux personnage a l'air de passer là par hasard, il s'empresse auprès des bêtes et fait le bon valet. Gardez-vous toutefois de le laisser mettre les pieds dans l'étable, car ce serviteur modèle, vous l'avez sans doute deviné, est Georgeon en personne, c'est-à-dire le Diable. » Dans d'autres terroirs c'est la silhouette de l'homme en noir qui passe , au clair de lune, sur la place du village, il ne laisse ni bruit derrière lui, ni trace. Cet homme silencieux est souvent un soldat. Et on trouve dans prsque toutes les régions de al vieille Europe, mais aussi en Amérique du nord, la scène de la chasse volante, ou chasse fantastique, ou en Haute-Auvergne le Grand Veneur du Cantal, ou la Chasse du Roi Hérode, ou la Chasse à Rigaud en Limousin. C'est l'incarnation du grand vent, des nuées ou même de l'orage qui cacherait une chasse avec cavaliers, meute et suiveurs, traversant la nuit dans un effroyable vacarme.


7.- Y a-t-il des constantes qui renvoient à des comportements sociaux ?

Dans tous ces contes et légendes il y a des peurs. La peur de l'errance, c'est le thème des lavandières, de la chasse fantastique condamné à une traque pour l'éternité,  la peur du personnage inconnu, de celui qui vient d'ailleurs, de l'étranger, c'est  la silhouette de l'homme silencieux qui surgit d'on ne sait où, ou celle de l'homme en noir dans les villages d'Auvergne, ou celle du soldat sur son cheval, la peur de l'argent facile, c'est le rêve du trésor, l'argent trop facilement gagné c'est suspect dans la société rurale. C'est finalement une tradition qui trahit les angoisses de la communauté rurale qui colporte ces usages en les transbahutant au fil du temps. Et elles vont perdurer tant qu'il n'y aura pas d'autres moyens de communication que l'oralité, que le colportage durant les veillées, probablement jusqu'au début du XXè siècle et même jusqu'au milieu du XXè siècle tant que la télévision n'aura pas tué ces rendez-vous nocturnes communautaires. Cette oralité s'exprimait avec force au moment de Noël qui est un grand rendez-vous calendaire qui fixe le temps comme Pâques ou comme la Saint-Jean d'été. Noël est un repère fort qui réunit les communautés et les familles, il sera suivi par le Jour de l'An qu'on appelait le Premier de l'An en Périgord, où il y  avait un échange de dons dans les familles, les étrennes, et un échange de voeux entre voisins qui pouvait être symboliquement conclu par la dégustation du vin nouveau dans le Sancerrois en Berry, sur les pentes viticoles d'Auvergne ou par un verre de liqueur de genièvre en Périgord ou par une collation de cochonailles en Auvergne. C'était donc bien un temps de réaffirmation des liens, des solidarités  des communautés villageoises et familiales. Et dans le même temps la tradition orale mettait en exergue les peurs pour mieux les conjurer par le repère fort offert par la ritualisation sociale du temps de Noël et du Premier de l'An.

 

 

 

 

 

 

 

Le temps du blé de Noël dans le Forez                                                                                                                                      

L'écrivain Henri Pourrat a d'une certaine manière rendu hommage à ces traditions de Noël avec son recueil intitulé Le Blé de Noël. Titre par allusion à une coutume qui existait dans les villages des Monts du Forez dans ce coin oriental de l'Auvergne. A l'approche de Noël les enfants disposaient dans une coupelle, avec un peu d'eau, des grains de blé à germer. Un usage qui en plein hiver renvoie à la renaissance de la nature et à l'espoir de la récolte de froment de l'année future. Rituel à relier à la tradition de la sainte Barbe (4 décembre) propre à la Provence où on faisait germer du blé dans des coupelles pour annoncer la fécondité.

Cette coupelle de blé en herbe était un élément du décor domestique de la période de l'Avent de Noël  et de la fin de l'année. Arnold Van Gennep cite cet usage également pratiqué en Livradois, non avec du blé, mais avec des lentilles. Dans la tradition du Forez le blé déposé dans la coupelle début décembre devait être en herbe le Jour de l'An pour venir décorer la table du repas de l'an neuf.            

Chants: témoignage dans Jacquou le Croquant

Dans son roman Jacquou Le Croquant mais aussi dans les autres grands romans champêtres, Eugène Le Roy, a utilisé de nombreuses scènes qui empruntent à la vie sociale du Périgord rural du XIXè siècle. C'est ainsi qu'il fait chanter à son héros et à un groupe d'adolescents qui se rendent à la messe de minuit, un chant dont un extrait du texte est le suivant: "Nous sommes arrivés / A la porte des riches / Dame donne-nous le guillaniaou/ Nous sommes vingt ou trente/ Bons à prendre femme." A l'évidence nous sommes bien plus proches d'une aubade à une jeune fille à marier digne des chants des conscrits qu'à un cantilène de noël. Dans le même sens, l'abbé Georges Rocal, collecteur d'usages dans le Périgord vert, a observé que le chant le guillanou qui est un chant courtisan, s'est déplacé sur le calendrier et se chante en guise d'aubades aux jeunes filles, en mai.

 

L'album des crèches du village de Landogne (Puy-de-Dôme)
L'album des crèches du village de Landogne (Puy-de-Dôme)
L'album des crèches du village de Landogne (Puy-de-Dôme)
L'album des crèches du village de Landogne (Puy-de-Dôme)
L'album des crèches du village de Landogne (Puy-de-Dôme)
L'album des crèches du village de Landogne (Puy-de-Dôme)
L'album des crèches du village de Landogne (Puy-de-Dôme)
L'album des crèches du village de Landogne (Puy-de-Dôme)

L'album des crèches du village de Landogne (Puy-de-Dôme)

Quelques unes des crèches du village de Landogne pour Noël 2016
Quelques unes des crèches du village de Landogne pour Noël 2016
Quelques unes des crèches du village de Landogne pour Noël 2016
Quelques unes des crèches du village de Landogne pour Noël 2016
Quelques unes des crèches du village de Landogne pour Noël 2016
Quelques unes des crèches du village de Landogne pour Noël 2016
Quelques unes des crèches du village de Landogne pour Noël 2016
Quelques unes des crèches du village de Landogne pour Noël 2016

Quelques unes des crèches du village de Landogne pour Noël 2016

Crèche dans l'église Saint-Léger à Ségur-le-Château en Corrèze (en 2016).
Crèche dans l'église Saint-Léger à Ségur-le-Château en Corrèze (en 2016).

Crèche dans l'église Saint-Léger à Ségur-le-Château en Corrèze (en 2016).

Noël et l'An neuf en Périgord, Auvergne, Berry Limousin
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Aredius44 04/01/2017 19:14

Bonjour,

Je n'étais pas passé ici depuis un moment. Merci pour vos articles.
Je vous souhaite...
https://saintyrieixlaperche.wordpress.com/2017/01/01/bona-annada-2017-avec-des-roses/

Au reveire