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Les feux de la Saint-Jean en Périgord, Auvergne et Berry.

par Bernard Stéphan 14 Juin 2020, 10:25 Traditions rurales

Les mots de la Saint-Jean.- (actualisé en juin 2020) Il s'agit des mots de la Saint-Jean, la Saint-Jean d’été le 24 juin, qui dans les sociétés rurales traditionnelles marquait symboliquement l’entrée dans les travaux d’été par une fête rituelle. C’est la nuit du feu, lo fue ou fuc en gascon ou fuè en sud Dordogne.

 Je passe sur le bûcher et le lieu choisi pour le dresser. Il devait se voir de loin et permettre aux feux, dans la nuit, de se répondre d’un village l’autre. Il y avait comme un écho des feux.

Le feu devait luzir, du verbe luzir, briller dans la nuit. Un des temps forts ritualisé autour du feu était l’échaudage des herbes de la Saint-Jean. Les herbes de la Saint-Jean culide (du verbe culir) , étaient cueillies à l’aube ou la veille, elles étaient apportées près du brasier et chauffées aux flammes.

L'allumeur et le rite de l'âge

De nombreuses enquêtes de terrain ont montré divers rituels d'allumage du feu, jadis. Un exemple vient de La Châtre dans le Berry. Il a été rapportée par le folkloriste Laisnel de Lassalle. Celui-ci a "distingué entre les campagnes et les bourgs; dans les premières, c'était le plus avancé en âge qui mettait le jeu à la jônée; dans les bourgs, c'était M. le Curé ou M. Le Maire." Autre rite de l'âge, rapporté dans Le Folklore Français de Van Gennep, "dans le Puy-de-Dôme c'est une jeune mariée depuis peu qui allume le bûcher, après qu'on est allé la chercher en cortège solennel (…)"  En Creuse l'usage de l'allumage par un enfant est souvent rapporté. Avec une concurrence des familles, car l'enfant choisit était censé porter bonheur à sa famille pour l'année qui vient.

Les herbes de la Saint-Jean

L'auteur périgourdin Georges Rocal dans ses Vieilles coutumes situe la cueillette « à la première pointe de l’aube vers une heure et demi le matin du 23 juin ». Il donne des variantes. C’est ainsi que dans certaines paroisses on ramassait cinq herbes, dans d’autres c’était vingt-quatre herbes différentes. L’armoise figure toujours dans la collection. Variante d’un terroir à l’autre, les herbes de la saint Jean sont dans ce coin du Périgord la camomille, le fenouil, le tilleul, l’armoise, le mille-pertuis, le bouillon blanc, l’oseille sauvage, l’arnica, etc. De toutes ces plantes ont faisait des bouquets que l’on échaudait et enfumait à la chaleur du feu et que l’on suspendait dans les granges, les étables, les poulaillers, les clapiers, avec de supposées vertus sanitaires et prophylactiques. J’ai par ailleurs observé l’intégration du noyer dans ces plantes, ce n’est pas un herbe à proprement parlé, mais son usage est multiple.

Les croix de la Saint-Jean

Un usage plus élaboré autour des fleurs et plantes de la Saint-Jean était la réalisation de croix de la Saint-Jean, bouquets en forme de croix. Celles-ci, une fois bénites, étaient fixées aux portes  des granges, des  étables et des maisons. Elles étaient investies d'un pouvoir pour écarter les dangers de la foudre et des épizooties.

Le saute-feu

Plusieurs enquêteurs évoquent les danses des groupes de jeunesse autour du feu et le saute feu lorsque le brasier décline. C’est à celui qui sera le meilleur sautaïre, celui qui sautera sans toucher braises ou tisons. On parlait aussi d’un sautarel pour un enfant qui aimait sauter. Le feu ayant un caractère magique ou hygiénique, le sauter promettait une belle année. En Périgord Noir les maîtresses de maison emportaient un tisoun, (tison) elles le déposaient dans l’âtre, il finirait de  brûler là paré de quelques vertus ou frappé de quelques superstitions. Il y a une force magique du tison de la Saint-Jean au solstice d’été qui renvoie à la force magique de la bûche de Noël au solstice d’hiver. Dans la région de Ribérac à l'ouest de la Dordogne, ce tison était supposé préserver les maisons contre les dangers de la foudre.

Les maïas du Périgord noir … et les bouquets creusois

Il était un usage spécifique au Périgord noir, autour de Sarlat,  rapporté par Georges Rocal dans son livre sur le vieilles coutumes du Périgord. La veille de la Saint-Jean les paysans du sarladais ornaient les murs extérieurs de leurs maisons et des bâtiments de ferme de rameaux verts, c'était la maïa. Une relique de mai. En effet, il était d'usage au mois de mai de pavoiser les maisons de branches fournies en feuillage vert ainsi que les lieux publics où se déroulaient des festivités. Le verbe occitan maïar signifie faire les fêtes de mai et du Printemps.

Dans la Creuse, le matin de la Saint-Jean, il était d'usage dans le pays de La Souterraine de décorer les portes des maisons et des étables de bouquets composés de glaïeuls, de lierre terrestre et de fleurs et branches de sureau. Ces bouquets avaient une réputation quasi magique de protéger contre les dangers de la foudre.

La fête de la louée

Le feu de la Saint-Jean dans son acception rurale n’était pas seulement un moment festif, mais il faut le percevoir comme un rituel social fort. Il intervient avant les grands travaux d’été qui, jusqu’à la grande mécanisation des campagnes, débutaient après le solstice (moissons, battages). Le feu  de la Saint-Jean a longtemps été concomitant de la fête de la louée d’été, la louade dite aussi louage. Temps fort du recrutement des valets,  commis, domestiques, faucheurs, bergers, vachers,  de la longue période d’été. Si la Saint-Jean a été aujourd’hui requalifiée en loisir festif d’un soir des beaux jours, elle a longtemps été un temps fort des relations sociales dans la société rurale. 

Le feu de la saint-Jean a longtemps été un rite social de retrouvailles des communautés paysannes  avant les grands travaux d'été.
Le feu de la saint-Jean a longtemps été un rite social de retrouvailles des communautés paysannes  avant les grands travaux d'été.

Le feu de la saint-Jean a longtemps été un rite social de retrouvailles des communautés paysannes avant les grands travaux d'été.

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