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Periberry

Ethnologie, Berry, Périgord, Auvergne, Bergerac, Dordogne, Loire, tradition orale, mémoire paysanne, recherche sur le paysage, randonnées pédestres en Auvergne et Pyrénées, contes et légendes, Histoire.

Les feux figots pour chasser l'hiver

Les fougards... Un feu en plein hiver qui fait écho au feu de la saint-Jean du début de l'été.

Les fougards... Un feu en plein hiver qui fait écho au feu de la saint-Jean du début de l'été.

 

(article réactualisée en janvier 2017) En Auvergne les fougards, fougots, fougats, figots, figôts, ils sont la variante montagnarde des brandons, feux de joie traditionnels qui viennent réchauffer l’hiver et conjurer les longues nuits, en février ou mars. On les appelle aussi les feux de la saint-Jean d’hiver.

Leur nom serait une déformation du mot fagot dont le bois rassemblé est nécessaire pour dresser le bûcher allumé à la nuit, temps fort de cette fête traditionnelle et communautaire que l’on trouve encore aujourd’hui, très vivace, dans une partir du Massif central, en Livradois-Forez, en pays Thiernois, dans le Forez, en Velay et en Haute-Ardèche. C’est un usage qui emprunte à la tradition des brandons plus largement répandue ailleurs en France notamment dans le Berry et le Val de Loire.

Historiquement, ce rassemblement festif hivernal était fixé au premier dimanche de Carême, dit dimanche des Brandons. On parle alors des « feux de mars » qui sont des feux de conjuration du vieil hiver et des feux d’espérance annonçant le printemps. Les feux des brandons, parce que les participants brûlaient aussi mauvaises herbes, ronces et friches, avaient jadis un rôle prophylactique.

Dans le Forez, ces feux s’allumaient pour Mardi Gras, ils étaient donc bien fixés sur la date de Carnaval et en prenaient le relief festif et facétieux. On les trouve dans la Loire où ils prennent le nom de ralli ou railli.

Le fougard est souvent un prétexte social.  C’est ainsi que l’écrivain auvergnat Henri Pourrat a raconté que le feu était allumé en l’honneur des mariés de l’année. Ces feux à caractère social, marquant l’accueil de nouveaux dans la communauté ou le changement de statut  de membres de la communauté (pour les mariés de l’année par exemple) perdurent. Ainsi en 2012, le bûcher de la commune de Vollore-Montagne (Puy-de-Dôme) a été allumé en l’honneur des nouveaux habitants de la commune, des nouveaux nés et des mariés de l’année. Dans les communes du pays Thiernois, le bûcher des fagots (qui prend la forme d’une ancienne meule de blé) est organisé autour d’un mat appelé ici «  la bannière », un grand sapin coupé en forêt par les hommes du village, rapporté le matin même, on lui conserve son houppier et on fixe au plus haut, sous ce houppier, une pancarte en forme de cœur sur laquelle est rédigée la formule suivante : «honneur aux jeunes mariés, aux nouveaux résidents ». C’est une variante du mai d’honneur planté dans les villages du Limousin ou du Rouergue (mais aussi dans tout le Sud-Ouest occitan), pour célébrer notamment les nouveaux élus.

En ce mois de mars 2016 le feu figôt a été allumé sur la commune de Saint-Clément (Allier) dans la Montagne Bourbonnaise pour faire honneur à une jeune couple venu de la ville de Vichy pour s'installer dans cette campagne. Le journal La Montagne du mercredi 9 mars 2016, édition de Vichy, a ainsi raconté un épisode de ce feu figôt: "C'est à la nuit tombante que le couple de jeunes mariés, brandons tricolores en mains, a mis le feu au trophée. Dans les minutes qui ont suivi, l'embrasement a été complet tandis qu'éclataient les cris de joie des invités, et qu'explosaient les pétards. Le figôt consumé, les jeunes mariés ont satisfait à la tradition en sautant par-dessus les braises encore rougeoyantes, gage de bonheur pour la vie entière. Bientôt suivis par plusieurs invités."

A Saint-Romain d’Ay (Ardèche) le feu appelé fougot est animé de pétards, feux de Bengale et présence des enfants grimés et déguisés. On n’oublie pas que tout cela vient aussi, un peu de Carnaval.  Même si la date varie selon l’humeur des habitants et de la météo. C’est ainsi qu’à Escoutoux, en pays Thiernois, en 2015 , le fougard a été allumé au plus près de la Chandeleur pour partager les crêpes ensemble et les guenilles, beignets typiques de l’ouest des Bois Noirs. Pour cette saint-Jean d’hiver, quand le brasier flambe, on partage des friandises souvent préparées collectivement. C’est le temps des crêpes et des beignets. Dans certaines communes les plats tiennent aux corps, c’est ainsi qu’à Saint-Rémy d’Ay, en 2014, les participants ont partagé la soupe aux choux des chasseurs avant de croquer les bugnes et de boire le vin chaud. A Maringues (Puy-de-Dôme) on croque les bignottes, beignets de Carnaval qui se consomment croustillants.

On trouve une activité encore vivace avec la variante des feux des brandons au nord du Massif central, dans la bordure entre Bourbonnais (les figots) et le sud du Berry. Là aussi les feux cérémoniels s’accompagnent de la dégustation de « licheries » ; beignets et crêpes.

La revue illustrée À travers le Monde de 1895 raconte les figots dans les villages du Bourbonnais à la fin du XIXè siècle. Avec un rituel de fin de  cérémonie disparu aujourd’hui. : « Le lendemain, quand les cendres sont refroidies, on fait traverser l’emplacement du figot par le bétail du voisinage pour le purifier et le préserver des maladies. »

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