Bien vivante la fête de la classe !

par Bernard Stéphan  -  30 Septembre 2016, 11:04  -  #Tradition collective

Des fêtes de la classe en 6 (en 2016) dans les Monts du Lyonnais.
Des fêtes de la classe en 6 (en 2016) dans les Monts du Lyonnais.
Des fêtes de la classe en 6 (en 2016) dans les Monts du Lyonnais.

Des fêtes de la classe en 6 (en 2016) dans les Monts du Lyonnais.

... ou fête des conscrits.- (réactualisé en septembre 2016)  Ancienne fête de jeunesse, la fête des conscrits ou fête de la classe, est toujours très vivante dans l’est du Massif central. La fin de la conscription n’a pas fait disparaître cette célébration festive des générations. 
 Fête des conscrits, elle subsiste dans l’est du Massif central (dans une partie du Forez, en Roannais, en Velay, dans le Vivarais et sur les marges du massif, en Beaujolais et dans les Monts du Lyonnais ainsi que dans les villages du Mont Pilat). La fête des conscrits ou des classes est un héritage forgé au XIXè siècle, au moment du départ des conscrits, ceux qui ont 20 ans, pour le service militaire. En plein XIXè siècle, la conscription, avant son universalité, était soumise à un tirage au sort des jeunes ayant 20 ans dans l’année. « Pour le tirage, les conscrits se rendaient au chef-lieu de canton en cortège, endimanchés, portant des bouquets  et des rubans, ils étaient abreuvés par leurs amis et connaissances, arboraient au chapeau le numéro tiré, avaient pendant ces vingt-quatre ou quarante-huit heures, selon la distance à parcourir, un droit aux libertés et licences qui caractérisent toutes les périodes de marge en tant que rites d’étape. » (*)


La suppression du tirage au sort avec l’instauration du service militaire obligatoire pour tous les jeunes hommes n’a pas supprimé la fête des conscrits. C’est la classe de l’année qui mène la danse festive accompagnée par la classe dite du balai, celle des 19 ans qui viendront l’année suivante. A chaque classe de garçons correspond une classe de filles participant elles aussi aux festivités.
Aujourd’hui la fête des classes met en scène à peu près toutes les générations dans les bourgs du Forez et du Roannais. Cette année la classe 6 réunit tous les conscrits des années en 6. La génération des 20 ans (1996) est accompagnée par toutes les classes en 6 précédentes. On voit dans certains bourgs de très vieux classards ; pour les conscrits de la 3 en 1993, à Saint-Symphorien-sur-Coise dans les Monts du Lyonnais, le doyen était un classard  de 90 ans (classe 1923).


La fête de la classe est souvent précédée quelques jours auparavant par la remise des cocardes que chaque classard va arborer. La grande journée (toujours un dimanche) est marquée par le défilé (ou déferlante). Cette déferlante est ouverte par la clique-fanfare, les majorettes et suivent les différentes classes, alignées, avançant par vagues, garçons, filles, etc. En principe les garçons portent le costume traditionnel, chapeau claque ou un canotier, smoking noir, chemise blanche. Les membres de chaque classe s’identifient d’un foulard à la couleur de la décade de conscrits faisant l’objet d’une remise officielle des couleurs. Ces dernières années les classards ont souvent pris l'habitude de costumes très colorées, souvent loufoques et il arrive même qu'on se rapproche d'un défilé carnavalesque. 
Les classards passent souvent par l’église pour la messe, le monument aux morts et la mairie pour l’apéritif.  Et c’est le banquet (interminable) et le bal; lui aussi très abreuvé. Chaque commune adapte le rituel tout en conservant le défilé. A Tence (Haute-Loire), le défilé des classes en 3 (2013) a été marqué par une parade de chars sur lesquels étaient juchés conscrits et conscrites des décades en 3.
La  fête des classes est la fête traditionnelle de jeunesse la plus vivace aujourd’hui, les anciennes tournées de quêtes et les vieux charivaris ont quasiment tous disparu. En 2013 à Saint-Laurent-Chamousset (Monts du Lyonnais) on a dénombré 145 conscrits de la « 3» pour la déferlante dans les rues du village.
Ce rituel marque l’entrée de chaque classe dans la chaîne des générations. La fête des conscrits est à observer comme un véritable rite d’intégration ou, selon la formulation d'Arnold Van Gennep, « un rite de passage ». Le service militaire avait ce rôle. La fête de la classe en a conservé le sens.


(*)  Dans Le Floklore Français, par Arnold Van Gennep. Tome 1 : du berceau à la tombe. Collection Bouquins, Robert Laffont.








 

Bien vivante la fête de la classe !